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Les billets de banques sont-ils un héritage encombrant du passé ? Non seulement ils facilitent tous les trafics, mais en plus, selon certains économistes, ils seraient un obstacle à la politique monétaire des banques centrales. Il serait temps de les abandonner pour passer à la monnaie électronique.

Le premier argument n’est pas neuf, mais ne concerne pas tous les billets. Régulièrement, les banques centrales sont accusées de mettre sur le marché des grosses coupures dont la principale utilité serait de pouvoir circuler facilement dans des mallettes et de permettre le financement de toutes sortes d’activités illégales.

A la naissance de la monnaie unique, la création du billet mauve de 500 euros a fait l’objet de vives controverses; il a été expliqué à l’époque qu’il était nécessaire de prévoir une aussi grosse coupure pour faire oublier aux Allemands la perte du billet de 1.000 marks. Plus récemment encore, les députés européens ont remis en cause l’existence de ce billet de 500 euros –parfois surnommé billet Ben Laden– et celle du billet jaune de 200 euros, les deux étant censés faciliter la fraude.

291 milliards en coupures de 500 euros

Ces billets servent effectivement assez peu aux transactions quotidiennes. Dans ses classements, la BCE distingue d’ailleurs deux catégories: les coupures de thésaurisation (500 euros, 200 euros et 100 euros) et les coupures de transaction (50 euros, 20 euros, 10 euros et 5 euros).

Sur un total de 948 milliards d’euros de billets en circulation en avril, les coupures de thésaurisation représentent plus de la moitié, près de 518 milliards, et le billet mauve si décrié représente à lui seul plus de 291 milliards (30% du total), presque autant que le billet de 50 euros (342 milliards); c’est beaucoup pour un billet dont la plupart d’entre nous n’ont jamais vu la couleur.

De fait, il occupe une bonne place parmi les plus grosses coupures en circulation dans le monde. Il existe bien un billet de 10.000 dollars de Singapour, qui vaut aux taux de change actuels plus de 5.880 euros et un billet de 1.000 francs suisses (environ 820 euros), mais le billet de 500 euros est celui qui compte le plus dans les grandes devises, les Etats-Unis ayant cessé depuis 1946 d’émettre des billets d’une valeur supérieure à 100 dollars. C’est de surcroît un billet libellé dans une monnaie stable, dont la valeur externe (par rapport aux autres monnaies) n’a guère été affectée par la crise dite de l’euro. Il est donc justifié qu’il soit utilisé aux côtés du billet vert dans les trafics de toute sorte.

Un obstacle aux taux négatifs

Mais cet argument contre les grosses coupures n’est plus le seul. Les économistes, à la lueur des derniers événements monétaires, viennent d’en ajouter un autre: l’existence même des billets est une gêne pour les banques centrales.

Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international, a publié un article sur ce thème dans la presse internationale (dont Les Echos, sous le titre «Inflation: la non-solution des 4%»). Et en France, Patrick Artus, chef économiste de Natixis, publiait le même jour une étude sous le titre encore plus explicite: «Il faut supprimer les billets».

Dans les deux cas, l’idée de base est la même: dans les périodes comme celles que nous vivons, notamment en Europe, les banques centrales devraient pouvoir utiliser les taux d’intérêt négatifs, mais elles ne peuvent pas vraiment utiliser ce dispositif à cause des billets. Cela demande quelques explications.
Ne pas laisser l’argent dormir

La déflation, rappelons-le, est un mouvement continu et généralisé de baisse des prix. On peut avoir une baisse de l’indice des prix parce que le prix du pétrole baisse ou parce que les récoles ont été abondantes et que les prix des produits agricoles baissent; c’est une mauvaise nouvelle pour les producteurs des produits concernés, mais ce n’en est pas une pour le reste de l’économie.


Si vous gardez un billet de 100 € pendant un an, vous n'aurez ni 101 € ni 99 €, vous aurez 100 €

En revanche, une vraie déflation est une très mauvaise nouvelle car elle a un impact négatif sur l’ensemble de l’économie. Elle entraîne un ralentissement de l’activité parce que personne ne prend plus la moindre initiative: pourquoi acheter aujourd’hui quelque chose que je pourrais payer moins cher demain et encore moins cher après-demain? Plus je reste à dormir sur mon argent, plus je m’enrichis.

C’est précisément pour lutter contre de tels comportements et soutenir l’activité que des taux d’intérêt négatifs peuvent avoir une utilité. En temps normal, si vous avez des liquidités, vous les déposez sur un compte rémunéré à un taux d’intérêt plus ou moins élevé et, à moins que ce taux ne soit vraiment très bas, voir inférieur au rythme de hausse des prix, vous êtes incité à épargner. En revanche, avec un taux négatif, non seulement vous n’êtes pas rémunéré, mais vous perdez de l’argent, car votre banque prélève un certain pourcentage sur l’argent que vous avez déposé. Vous êtes donc incité à dépenser votre argent, à le faire tourner, et comme tout le monde est dans la même situation, l’argent se remet à circuler, l’activité repart.
La théorie d’une monnaie entièrement électronique

Seulement, comme l’explique Patrick Artus, les billets sont «rémunérés par construction à 0%». Si vous gardez pendant un an un billet de 100 euros, vous n’aurez ni 101 euros (avec un taux d’intérêt de 1%) ni 99 euros (avec un taux négatif de 1%), vous aurez toujours 100 euros, ni plus ni moins. Donc, pour les détenteurs de billets, un taux négatif n’aura aucun impact, il ne servira à rien. Et, dans certains pays, précise Patrick Artus, comme l’Italie, l’Espagne ou les Etats-Unis, les billets peuvent représenter une part élevée, jusqu’à 14% des liquidités disponibles (pour les connaisseurs, la masse monétaire dans sa définition M2, comprenant les pièces et billets, les comptes courants et les autres dépôts à court terme).

Si l’on voulait vraiment permettre aux banques centrales d’utiliser les taux négatifs, il faudrait, comme le préconise Kenneth Rogoff, «introduire progressivement le passage à une monnaie entièrement électronique».

En théorie, l’idée est séduisante, mais on peut tout de même faire quelques objections.

D’abord, même dans le système actuel, les taux négatifs existent déjà. Depuis le 11 juin 2014, les banques qui laissent leur argent en dépôt à la BCE se voient appliquer un taux de -0,1%. Pourquoi cela? Parce que la BCE constate que sa politique monétaire très stimulante n’a pas l’effet escompté.

Pour simplifier, disons que les banques d’Europe du nord ont des liquidités excédentaires, mais ne les prêtent pas aux banques du sud qui en auraient besoin et préfèrent les laisser en dépôt à la BCE. Depuis juillet 2012, ces dépôts ne rapportaient plus rien; désormais, ils auront un coût. Si tout se passe comme prévu, le comportement des banques devrait changer et l’argent devrait mieux circuler à l’intérieur de la zone euro.

Mais, très clairement, selon les deux économistes que nous avons cités, cela ne suffit pas quand la situation est vraiment grave.


Et si on étendait les taux négatifs ?


Dans ce cas, estime Patrick Artus, il faudrait pouvoir «utiliser des taux d’intérêt directeurs négatifs à n’importe quel niveau». Si l’on comprend bien, il faudrait que ces taux négatifs ne s’appliquent pas seulement aux relations entre les banques et la banque centrale, mais aussi entre les banques et leurs clients. Dans ce cas, s’il n’y avait plus de billets et si tous les dépôts étaient enregistrés sous une forme numérique, tout le monde subirait les effets des taux négatifs et serait incité à dépenser.

Mais cette vision des choses est très théorique. D’abord, cela supposerait que tous les pays aient accepté de supprimer les billets –ce qui ne sera certainement pas le cas dans un avenir prévisible–, sinon des taux négatifs sur les taux en euros serait simplement une incitation à acheter des dollars. Et il faudrait que les banques centrales réussissent à faire passer dans l’opinion l’idée de taux négatifs, donc de prélèvements sur l’épargne. Ce n’est pas gagné !


http://www.slate.fr/story/89077/billets-banque

Phil deFer a dit…

Le saviez vous?
La 1ère série de billets "Euros" comportait une lettre dans le numéro de série de chaque billet, qui indiquait la banque centrale nationale émettrice du billet: exemple: les billets commençant par la lettre "U" étaient émis par la Banque de France, c'étaient donc des "francs"... les billets commençant par "Y" étaient émis par la Banque nationale de Grèce: c'étaient donc des Drachmes... les billets commençant par "X" étaient émis par la Bundesbank, c'étaient donc des Deutschmark, etc...
Or, à partir de la nouvelle série de billets Euros, inaugurée par le nouveau billet de "5€", désormais, ne figurera plus sur le billet que des lettres codes désignant l'imprimerie où le billet aura été fabriqué... Il sera en effet désormais impossible de connaître la banque centrale nationale émettrice des nouveaux billets...
Je laisse à chacun ici, le soin d'imaginer ce vers quoi cela pourrait (ou pourra...) déboucher..

Tag(s) : #ECONOMIE - FINANCE

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