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Deux affaires survenues en Virginie-Occidentale révèlent les carences de la politique environnementale. Le lobby du charbon continue de s’opposer à des normes plus sévères contre le changement climatique.


 

 

Plus de 22% des rivières et cours d’eau du sud de la Virginie-Occidentale sont pollués du fait des mines de charbon à ciel ouvert, selon une récente étude universitaire

Un réservoir percé de la société Freedom Industries a laissé s’échapper plus de 38.000 litres de produits chimiques toxiques le 9 janvier dernier dans le fleuve Elk, en Virginie-Occidentale. En conséquence, quelque 300.000 personnes ont été privées d’eau pendant plusieurs jours, le précieux liquide étant pollué au MCHM, un hydrocarbure servant à laver le charbon. Pour aider la population à faire face à la crise, des milliers de bouteilles ont été distribuées.

La réaction de l’Etat de Virginie-Occidentale s’est avérée molle et la société responsable de la catastrophe est restée aux abonnés absents. La pollution a sapé la confiance des habitants dans leurs autorités. Plus d’un mois après la fuite, nombreux sont les résidents qui refusent toujours de consommer l’eau du robinet malgré la levée de l’interdiction de la consommer. Pour eux, le message est d’autant plus confus que l’interdiction s’applique toujours aux femmes enceintes.

Et puis, le jour même où une responsable du Centre pour le contrôle des maladies et la prévention (CDC) annonçait que la population pouvait se baigner et boire l’eau du robinet, deux écoles de Charleston, la capitale de l’Etat, ont décidé de fermer, après avoir détecté l’odeur de réglisse caractéristique du produit chimique incriminé. Une enseignante s’est évanouie et une élève s’est plainte de brûlures aux yeux.
 
La confrontation entre les responsables de l’Etat et la population s’est exacerbée lors de réunions publiques auxquelles a notamment participé Erin Brockovich, héraut de la défense de l’environnement que Julia Roberts a incarnée dans un film à succès portant son nom. Le CDC a beau juger les concentrations de MCHM dans l’eau insuffisantes pour causer des risques de cancer ou de malformations des fœtus, ni la science, ni la conviction des autorités ne semblent à même de combattre le scepticisme ambiant.

Pour ne rien arranger, une autre catastrophe écologique s’est produite non loin de là. 378.000 litres de boue de charbon se sont échappés le 11 février d’un réservoir de la société Patriot Coal, à l’est de l’Etat de Virginie-Occidentale, polluant le Fields Creek, un affluant du fleuve Kanawha. Un représentant de l’Agence de protection de l’environnement s’est empressé de préciser qu’il n’y avait aucun risque. Mais un tel message peine à passer.

Ces désastres écologiques révèlent de graves lacunes en matière de régulation, ainsi que des relations incestueuses entre les politiques et le lobby d’un secteur du charbon qui ne pèse pourtant plus que 4% de la main-d’œuvre dans cet Etat du Sud.

La Virginie-Occidentale, qui a longtemps tiré profit de ses mines, est réputée pour sa franche opposition à l’application de normes environnementales plus sévères. Elle peut à cet égard compter sur le sénateur démocrate Joe Manchin, qui a gagné, entre 2011 et 2012, près de 1,5 million de dollars grâce à sa société de courtage de charbon. Il est le premier à Washington à tirer à boulets rouges sur l’Agence fédérale de protection de l’environnement (EPA), l’ennemi public numéro un depuis que le président Barack Obama en a fait un instrument musclé de sa politique environnementale.

Le sénateur démocrate est d’autant plus nerveux que la directrice de l’EPA, Gina McCarthy, une femme tenace peu encline à se laisser impressionner par la meute des conservateurs climatosceptiques du Congrès, est en train d’élaborer les nouvelles normes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des futures centrales à charbon. Or, ces installations, deux fois plus polluantes que les centrales à gaz, ont produit en 2013 plus de 37% de l’électricité aux Etats-Unis.

La société Freedom Industries a toujours réussi à slalomer entre les lacunes des législations fédérales et locales. Les services étatiques se sont souvent renvoyé la balle. Les lois de Virginie-Occidentale imposent des inspections pour les installations de production mais non de stockage. Le 10 février, une délégation de la Chambre des représentants s’est rendue à Charleston pour tenter d’apaiser les esprits, mais aussi pour poser des questions qui demeurent sans réponse. Si les autorités et services étaient tous représentés, le président de Freedom Industries, Gary Southern, n’a pas jugé bon de venir témoigner. Or, peu après la catastrophe, il s’est empressé de mettre sa société en faillite, se protégeant ainsi d’une plainte devant la justice. Il prépare déjà la création d’une nouvelle entreprise.

L’exemple de la Virginie-Occidentale n’est pas unique. En Caroline du Nord, la troisième plus grande fuite de polluants de l’Etat s’est produite sur le site de la major de l’énergie Duke, à Ashville et Charlotte. L’équivalent de 73 piscines olympiques de cendres de charbon mélangées à des eaux contaminées s’est déversé dans le fleuve Dan. Sous la pression des médias, l’Etat de Caroline du Nord, qui avait pris sur lui de négocier directement avec Duke pour lui demander une maigre indemnisation de 99.000 dollars, a dû renoncer à un accord jugé scandaleux. Pour en comprendre la logique, il suffit de remonter à la campagne électorale de 2008. Le gouverneur de l’Etat, Pat McCrory, avait bénéficié d’un apport de fonds de 1,1 million de dollars de la part de Duke et de ses hauts responsables.

Le Temps

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Tag(s) : #USA

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