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Les États-Unis ont signé un contrat d'armement de dix milliards de dollars avec Israël, les Émirats et l'Arabie saoudite.

Un "signal clair" à Téhéran.

Le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel (au centre), est accueilli ce mardi à Jérusalem par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel (au centre), est accueilli ce mardi à Jérusalem par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. © Jim Watson / Sipa 


S'il subsiste des doutes quant à la nature exacte du programme nucléaire iranien, il est un fait certain : la menace agitée par Téhéran et amplifiée par Tel-Aviv et Washington fait vendre. La récente tournée moyen-orientale du secrétaire américain à la Défense en est le dernier exemple. En visite en Israël dimanche, Chuck Hagel a annoncé la conclusion d'un contrat d'armement de dix milliards de dollars à l'État hébreu, aux Émirats arabes unis et à l'Arabie saoudite. Un "signal très clair" adressé à l'Iran, a souligné le responsable américain.

L'accord prévoit la vente à Israël de missiles antiradars conçus pour éliminer les systèmes de défense antiaériens, de nouveaux radars pour ses avions de combat, d'avions de ravitaillement en vol KC-135 et, pour la première fois, d'appareils de transport hybrides mi-avion mi-hélicoptère V-22 Osprey. "Pour l'industrie américaine de l'armement, ces ventes représentent des retombées énormes", souligne Jean-Loup Samaan, maître de conférences au département Moyen-Orient du Collège de défense de l'Otan. "Une aubaine, d'autant plus que les États-Unis éprouvaient de grandes difficultés à revendre ces avions de sauvetage."

Assistance militaire

"Dans une période de coupes dans le budget de la défense, ces ventes sont une bonne nouvelle pour le secteur américain de l'armement", note de son côté François Géré*, directeur de l'Institut français d'analyse stratégique (Ifas). En vertu de la loi américaine, les États-Unis doivent fournir une assistance militaire à l'État hébreu - actuellement portée à trois milliards de dollars annuels - pour lui assurer la suprématie dans la région. Mais les monarchies pétrolières du Golfe ne sont pas en reste. Les Émirats arabes unis devraient acquérir par le présent contrat des chasseurs F-16, et l'Arabie saoudite les derniers modèles de missiles américains. La France, qui espère toujours vendre ses avions Rafales à l'émir d'Abu Dhabi, appréciera.

"On peut toutefois se demander dans quelle mesure ces ventes sont utiles pour un scénario de guerre dans le Golfe", relève Jean-Loup Samaan. "Sur le plan opérationnel, ces pays, dont les capacités surpassent déjà celles de l'Iran, n'ont pas besoin dans l'immédiat de renforcer leurs moyens défensifs." Cela est d'autant plus vrai que, d'après les accords militaires bilatéraux liant les États-Unis à leurs alliés de la région, les Américains sont tenus d'intervenir en cas d'agression d'un de ces pays par une puissance extérieure.

Stratégie d'endiguement

Mais la possibilité de voir la République islamique se doter de la bombe fait peur. Tant en Israël, pour qui les diatribes anti-israéliennes des dirigeants iraniens sont la preuve que l'Iran n'hésitera pas à attaquer l'État hébreu dès qu'il aura l'arme atomique, qu'en Arabie saoudite, rival régional de la République islamique, qui souhaite à tout prix "couper la tête du serpent" chiite. Tous deux souhaitent avoir la garantie de Washington qu'elle ne laissera pas l'Iran devenir une puissance nucléaire.

Or, comme le souligne François Géré, "les États-Unis sont de plus en plus convaincus que le dossier du nucléaire iranien ne sera pas réglé durant l'année 2013, car les élections iraniennes ne permettront pas d'apporter de mesure concrète dans les négociations entre l'Iran et les grandes puissances". Barack Obama souhaite encore donner du temps à la diplomatie et aux sanctions, répétant que les États-Unis agiront militairement quand l'Iran sera sur le point d'assembler la bombe. Une analyse qui ne convainc pas l'État hébreu, qui estime de son côté que la République islamique ne doit pas atteindre le seuil nucléaire, ce qui laisse planer l'hypothèse d'une attaque préventive sur les sites iraniens.

Encerclement de l'Iran

Pour pallier cette éventualité, potentiellement explosive pour la région, "Washington est donc en train de mettre en place une stratégie d'endiguement de la menace iranienne, pour l'isoler tant militairement que politiquement", estime François Géré. "La vente d'armes par les États-Unis vise avant tout à rassurer leurs alliés, pour empêcher Israël de frapper, et l'Arabie saoudite de se lancer dans la course au nucléaire", fait valoir Jean-Loup Samaan. Un contrat hautement symbolique donc, d'autant plus que, d'après des sources américaines citées par l'AFP, les armes pourraient ne pas être livrées avant des mois, voire plus.

À Téhéran, l'annonce américaine a été accueillie sans surprise. "Ce genre de vente d'armes n'aura pour résultat que l'instabilité et l'insécurité dans la région", a réagi Ramin Mehmanparast, porte-parole de la diplomatie iranienne. Il est vrai que l'Iran n'a envahi aucun pays dans son histoire récente. Toutefois, la République islamique développe depuis plus de trente ans son influence régionale à travers le Hezbollah chiite au Liban, ou le Hamas palestinien à Gaza. En Syrie, pièce indispensable de l'axe Téhéran-Damas-Beyrouth, l'Iran dépêche depuis le début de la révolte anti-Bachar el-Assad ses Gardiens de la révolution (armée idéologique) pour prêter main-forte au régime syrien.

"L'acquisition de l'arme nucléaire par l'Iran pourrait lui permettre de rattraper son retard dans la compétition régionale", prévient Jean-Loup Samaan. Contrairement aux monarchies du Golfe, l'Iran n'est protégé par aucune grande puissance. La République islamique est, qui plus est, entourée d'une multitude de pays sunnites hostiles (sauf en Irak), alliés des États-Unis, où sont établies des bases américaines. "Ce contrat d'armement aggrave la situation d'infériorité conventionnelle de l'Iran", indique François Géré. "Cela ne peut que donner un argument à ceux qui estiment, à Téhéran, que l'Iran a besoin de l'arme nucléaire."

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source via Maître Confusius

 

(*) François Géré, auteur de Dictionnaire de la désinformation (éditions Armand Colin).

Tag(s) : #USA

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