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Il y a une quinzaine de jours, un minimum de 6 fuites avaient été constatées au niveau d’immenses citernes de stockage de déchets hautement radioactifs stockés depuis 1943 sur le site-poubelle nucléaire de Hanford, à l’extrême Nord-Ouest des Etats-Unis. D’après le Huffington Post d’hier, une commission de sécurité nucléaire a maintenant révélé que lesdites citernes pouvaient également exploser suite à des accumulations d’hydrogène, une menace continue pesant sur tout effluent radioactif.

La poubelle des atomistes du projet Manhattan est devenue celle du retraitement de combustible

Le site de Hanford avait été développé dès 1943 pour fabriquer le Plutonium nécessaire à la création de l’arsenal nucléaire des USA alors que l’Uranium était quant à lui isolé sur le site de Oak Ridge, à l’autre bout du pays. Le procédé d’isolation chimique et de raffinage du Plutonium étant extrêmement polluant et radiopolluant, les résidus hautement toxiques et radioactifs issus de cette fabrication furent – à défaut de meilleure réponse et vu le contexte “à marche forcée” de l’époque 1 – stockés de manière “provisoire” dans 177 immenses réservoirs localisées dans la zone “200” du site ; ces citernes renferment au total environ 50 millions de gallons (200 millions de tonnes) tonnes d’effluents toxiques et radioactifs.

Des réservoirs enterrés et qui s’enfonceraient peu à peu, histoire de compliquer un peu plus la dépollution / décontamination

Cette ferme de tanks est en outre enterrée plusieurs mètres sous terre et, de plus, les réservoirs se seraient a priori enfoncés plus profondément dans le sol au fil des années, deux phénomènes rendant très délicat une intervention satisfaisante. Bref, un beau merdier nucléaire.

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(1) La partie supérieure des réservoirs est située environ 5 m sous le sol (PNNL)

Environ 1/3 de ces réservoirs auraient déjà relâché plus de 40 millions de tonnes d’effluents

Selon l’association Hanford Challenge, entre 1 et 10 millions de tonnes d’effluents radioactifs et toxiques se seraient déjà échappées de réservoirs qui n’avaient jamais été conçus à l’origine pour contenir ces déchets aussi longtemps. Des sources internes et anonymes à Hanford auraient notamment révélé que le réservoir BX-102 aurait à lui seul relâché 20 tonnes d’Uranium dans la nappe aquifère.

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(2) Au minimum 20 tonnes d’Uranium dans la nature, d’après des lanceurs d’alerte (Hanford Challenge)

Un des principaux dépotoir nucléaire mondial situé au cœur d’un parc naturel !

Le site nucléaire de Hanford ne se contente pas d’être peut-être le plus gros dépotoir nucléaire mondial, il est en outre fort intelligemment situé au cœur du Parc National de Saddle Mountain, une réserve naturelle dédiée à la sauvegarde et à la protection de la vie sauvage. Encore merci au Général Groves, responsable du projet Manhattan, pour cette localisation fort pertinente ainsi que pour tout le reste.

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(3) Le dépotoir nucléaire de Hanford est situé au cœur de la réserve de vie sauvage de Saddle Mountain

Mayak, 1957 : une explosion d’hydrogène au sein d’un réservoir de stockage d’effluents radioactifs

La catastrophe nucléaire (niveau 6 INES) ayant frappé le combinat nucléaire de Mayak 2 (Oural, Russie) en 1957 a été provoquée par l’explosion d’un réservoir de stockage à la suite d’une panne du système de refroidissement et de ventilation indispensable pour extraire les gaz de fermentation mais surtout l’hydrogène formé par la radiolyse 3 permanente de l’eau soumise à la radioactivité.

Les Soviétiques avaient en effet décidé dans le milieu des années 1950 de stopper les rejets des effluents toxiques et radiotoxiques qu’ils injectaient depuis 1948 directement dans le cours de la rivière Techa 4 pour les stocker d’abord dans un lac proche puis dans des réservoirs de 300 m3… enterrés 8 m sous terre.

Très paradoxalement, si les Soviétiques n’avaient pas décidé de cesser leurs rejets sauvages dans la nature, la catastrophe de Mayak n’aurait jamais dispersé aussi brutalement ses quelques 70 PBq de radioactivité (dont 4 PBq de Sr-90, la principale menace radioactive), des rejets concentrés qui auraient provoqué une estimation de 200 décès directement liés à la radioactivité, un millier de personnes touchées par le “mal des rayons”, la contamination de 500.000 personnes 5 et l’évacuation de 10.000 habitants.

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(4) La trainée radioactive dispersée en 1957 par les rejets de l’accident de Mayak (wiki)

Selon la commission de sécurité des installations nucléaires militaires, le scénario de l’accident de Mayak peut se reproduire à Hanford

Si les causes de l’accident de Mayak se reproduisaient au niveau des citernes enterrées sur le site de Hanford, les conséquences seraient probablement similaires : explosion d’une ou de plusieurs citernes, dispersion à haute altitude des effluents et retombées radioactives sur une zone s’étendant sur plus de 100 km et située, au moins partiellement, au niveau d’une réserve naturelle.

La commission (militaire) qui surveille les sites de déchets a affirmé à l’automne 2012 que des mesures supplémentaires de ventilation et de surveillance des installations de Hanford devaient être décidées afin de réduire les possibilités d’accident et notamment d’explosion des citernes contenant les effluents radioactifs. Il s’agit de renforcer l’esprit de sécurité globale du site, a affirmé la commission au Sénateur Ron Wyden, qui s’est emparé du dossier au titre de sa présidence de la commission sénatoriale sur l’énergie et les ressources naturelles des USA.

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(5) Le Sénateur Byden entend relancer le dossier de Hanford, aussi enterré que ses réservoirs

AREVA intervient – évidemment – sur le chantier d’Hanford

Notre spécialiste national des détritus nucléaires a évidemment placé symboliquement quelques pions au niveau de ce chantier de décontamination colossal qui a été initié depuis 1989 mais qui dans les faits, n’a pratiquement pas progressé du fait des nombreuses difficultés techniques rencontrées ; il s’agissait principalement à l’époque (1943) d’aller vitrifier au plus vite des populations Japonaises innocentes tout en testant ses nouveaux jouets atomiques et tout le monde, atomistes en tête, se fichait alors comme d’une guigne du fait que ces maudits engins et leur fabrication allaient poser autant de problèmes à leurs descendants.

Le chantier n’a donc que très peu progressé, aux dernières nouvelles seuls 2% des déchets radioactifs de Hanford ont été traités en 20 années, du fait de ces nombreux défis techniques auquel se sont ensuite greffés des soucis récurrents de financement et d’augmentation des devis initiaux et – dernier point mais non le moindre – des conditions de travail sur le chantier de décontamination extrêmement pénibles et contaminantes. Sans blague ?

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(6) A ce train-là, le merdier de Hanford ne sera pas décontaminé avant 1000 ans ! (HC)


Sources :

Hanford Nuclear Waste Tanks Could Explode, Agency Warns – Huffington Post, 2413

Des fuites radioactives sur le site nucléaire d’Hanford – Le Figaro, 22213

USA: fuites sur au moins six citernes de stockage de produits nucléaires – Romandie, 23213

La face cachée d’Hiroshima – Film de Kenichi Watanabe, 87 minutes, son français

Tank Waste – Hanford Challenge, 2013

Cleanup Progress – Hanford Challenge, 2013

Le complexe nucléaire de Mayak et le désastre radiologique de l’Oural, une catastrophe occultée – Mémoire de Master d’histoire de G. Vilanova, 2007 (lecture vivement recommandée !)


(7)

  1. Les USA avaient pour principal objectif militaire – une fois la situation en Europe stabilisée – la réalisation la plus rapide possible de plusieurs bombes atomiques utilisables sur le Japon afin de renforcer leur domination géostratégique vis-à-vis de Staline 
  2. Mayak : “le phare” en Russe 
  3. Décomposition chimique de l’eau H2O en H + OH sous l’effet de la radioactivité 
  4. Une estimation de 78 millions de M3 d’effluents radioactifs auraient ainsi été directement rejetés dans la nature 
  5. Chiffre reprenant la contamination initiale de la rivière Techa par le complexe de Mayak

 

 

source

Tag(s) : #USA

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