Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Du luxe à la misère en quatre stations de métro

 

Dans des quartiers new-yorkais mitoyens, les conditions de vie radicalement différentes sont un exemple criant de la montée des inégalités aux Etats-Unis, où le fossé ne cesse de se creuser entre les riches et les pauvres, constate The Observer.

Paru dans

 

Aller sur le site de Direct Matin

 

A New York, les habitants des 14e et 16e circonscriptions électorales – qui comportent chacune près de 600 000 résidents – vivent dans des mondes radicalement opposés. La 14e circonscription électorale s’étend sur une partie de Manhattan et du Queens. S’il ne compte pas que des quartiers riches, ce district a pour centre l’Upper East Side, près de Central Park, foyer des familles fortunées de la ville. C’est là que vivent les géants de la finance dont l’inconséquence a failli conduire le pays à la ruine. Ici, les enfants grandissent dans des appartements gigantesques, vont dans les meilleures écoles privées, et leurs parents ont leurs habitudes dans les petits restaurants haut de gamme du quartier. Les vieilles familles riches de New York ont toujours considéré l’Upper East Side comme leur environnement naturel, Central Park comme leur jardin et Manhattan comme leur terrain de jeu privé.

La 16e circonscription, qui s’étend sur la partie sud du Bronx, offre un tout autre visage. Peuplée par les vagues successives d’immigrants, elle regroupe aujourd’hui essentiellement des populations hispanophones du Mexique, de République dominicaine et de Porto Rico, ainsi que des Africains-Américains. Les emplois bien payés y sont rares, les gangs, la drogue et la criminalité florissants.

En dix minutes de métro, le trajet entre ces deux circonscriptions nous fait passer d’un univers de luxe inimaginable à un monde dominé par la peur et la pauvreté.

Dans la 16e circonscription, Felix Santiago, 51 ans, a senti l’effet de la récession. Arrivé de Porto Rico il y a trente ans, il s’est installé dans le quartier, alors ravagé par les trafics de drogue et les émeutes raciales des années 1970 et 1980. Aujourd’hui il a l’impression d’assister à un nouveau déclin. “Si vous habitez dans ce quartier, c’est que vous êtes pauvre. C’est tout simplement impossible d’essayer de rejoindre la classe moyenne, ici”, explique-t-il.

Il a pourtant essayé. Il travaille comme homme à tout faire dans une église du quartier et sa fille s’est engagée chez les marines. Mais il a du mal à joindre les deux bouts. Dans le sud du Bronx, la situation ne fait qu’empirer, dit-il. “Il n’y a pas de travail. Les prix montent. Près de 40 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté. Il y a quatre fois plus de meurtres et deux fois plus de vols dans la 16e. Il y a 90 cafés Starbucks dans la 14e, un seul dans la 16e.”

Santiago travaille à quelques pâtés de maisons de quelques-unes des rues les plus dangereuses du Bronx. A 10 heures du matin la police est déjà présente et surveille un coin de rue depuis une grue mobile. Cela n’empêche pas les trafiquants de drogue de faire leurs affaires à côté, même si pour eux aussi les temps sont durs. “Les gens n’ont plus d’argent pour acheter de la drogue”, dit Santiago, ce qui explique l’explosion du nombre d’agressions par les dealers. Dans le quartier, on vend des vêtements bon marché et on accepte les bons alimentaires.

Quelques stations de métro plus loin, sur la ligne 6, il n’est pas question de bons alimentaires. Dans une agence immobilière de Madison Avenue, une maison s’est vendue à 26 millions de dollars [un peu plus de 19 millions d’euros]. On en trouve une à louer pour 58 000 dollars [43 000 euros] le mois.

Les rues de l’Upper East Side regorgent de boutiques tendance et de restaurants français. Ici aussi la récession fait des mécontents. Sam Durant est furieux. Il est propriétaire d’une bijouterie de luxe sur Madison Avenue et, maintenant que les banquiers de Wall Street reçoivent plus souvent des primes en actions qu’en liquide, ses affaires tournent au ralenti. Dans l’église St Ann du sud du Bronx, la révérende mère Martha Overall s’inquiète moins des bonus de Wall Street que de la possible fermeture du bureau de poste local. Cette poste est un employeur important du quartier, “et aussi une sorte de centre social”, explique-t-elle.

Il existe pourtant des points de contact entre ces deux mondes. Martha Overall est l’un d’entre eux. Elle vient de l’Upper East Side mais travaille avec des associations religieuses dans ce qu’elle appelle “l’autre circonscription”.

L’église St Ann accueille des bénévoles de l’Upper East Side et il existe des programmes d’échange entre écoles. Reste qu’en règle générale les habitants du sud du Bronx ne s’intéressent guère à ceux de l’Upper East Side et inversement. Chacun ses problèmes.

 

Source : Courrier International vu sur "Wikistrike"

STATISTIQUES La pauvreté aux États-Unis

Selon de toutes récentes statistiques fédérales, aux Etats-Unis 46 millions de personnes (sur une population de 311 millions) vivent dans la pauvreté, qui atteint ainsi un niveau jamais égalé. L’utilisation des bons alimentaires évoqués dans l’article a augmenté de 75 % ces quatre dernières années et concerne à présent 15 % de la population. Dans le même temps, précise

Tag(s) : #AIR DU TEMPS

Partager cet article