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Un membre allemand du directoire de la BCE a tenu des propos qui ont relancé les espoirs d'achat de dettes souveraines par la Banque centrale européenne. L'Allemagne change-t-elle de stratégie face à la Grèce et la zone euro ?

 

Jörg Asmussen, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a laissé entendre que la BCE pourrait intervenir sur les marchés.

Jörg Asmussen, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a laissé entendre que la BCE pourrait intervenir sur les marchés. Crédit Reuters

 

Jörg Asmussen, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a laissé entendre que la BCE pourrait intervenir sur les marchés. Crédit Reuters

Atlantico : Jörg Asmussen, un membre du directoire de la Banque centrale européenne et membre du SPD (le parti d'opposition à Angela Merkel en Allemagne), a déclaré dans un quotidien allemand que l'envolée des rendements obligataires des pays périphériques de la zone euro lors des derniers mois "reflète les craintes quant à la réversibilité de l'euro, et donc le risque de change » inhérent plutôt que de mauvaises politiques économiques, relançant ainsi les espoirs d'achat de dettes souveraines par la BCE. L'Allemagne serait-elle, par la voie de son représentant au sein de la BCE, plus encline à défendre la zone euro ?

Jean-François Robin : Le plus frappant dans la déclaration de Jörg Asmussen est que la vision allemande n'est pas aussi caricaturale qu'on la présente en France et qu'il y a une véritable divergence de vue au sein même de la Bundesbank (la banque centrale allemande, ndlr).

Ces propos entrent en contradiction avec ceux de Jens Weidmann - le président de la Bundesbank - qui, manifestement, ne peut pas être considéré comme le seul ambassadeur de la position allemande. Il s'agit d'un des principaux éléments à retenir.

Ce dernier est fortement opposé à l'achat de dettes souveraines par la Banque centrale européenne, là où les propos d'Asmussen laissent entendre que la BCE pourrait, dans une situation excessive, intervenir sur les marchés. Il s'agit donc d'une très bonne nouvelle puisque c'est exactement ce qu'on fait les banques centrales américaines ou anglaises pour intervenir sur les taux.

En adoptant un tel comportement, la BCE se heurterait à la Bundesbank et Angela Merkel...

La BCE est une banque centrale indépendante, un statut qui doit fonctionner dans les deux sens. Autrement dit, que les décisions et choix arrêtés par Mario Draghi satisfassent ou non l'Allemagne, son autonomie doit être assurée.

De même, en cas de désaccord au sein de l'institution, il est normal que les gouverneurs les expriment au sein du Conseil. Mais un fois qu'une décision est prise, il faut qu'elle soit partagée collégialement. A l'heure actuelle, après chaque mesure adoptée, les critiques suivent et annulent les effets bénéfiques des annonces faites. Une situation regrettable car l'unité de façade est un facteur très important pour les marchés.

Le rôle d'une banque centrale n'est pas d'acheter des titres d'Etats. Mais comme aucune autre institution ne procède à de tels achats et que la zone euro est menacée dans son existence même, il est nécessaire que la BCE puisse acheter de la dette souveraine, car nous nous privons actuellement d'un outil que d'autres zones économiques, comparables à la notre, sollicitent pour sortir de la crise.

Un assouplissement de la politique conduite par ces deux acteurs est-elle toutefois envisageable ?

Le principal problème est l'importance que l'on accorde à Jens Weidmann au sein de la BCE. Il parle autant qu'un ministre et fait souvent appel à la souveraineté en faisant référence à la démocratie et aux parlements, alors qu'une banque centrale, à l'inverse de la Chancelière qui a été élue, n'a pas à intervenir dans le débat public. Il sort clairement de son rôle. Les autres banquiers centraux ne prennent pas des positions en total décalage par rapport à celle des institutions qu'ils dirigent.

Les Allemands sont avant tout pragmatiques. Au cours de cette crise, ils ont toujours adoptée une position "dure" dans un premier temps pour parvenir à un compromis par la suite. Leur position vis-à-vis de la Grèce est donc très ferme, mais il n'est pas question de laisser tomber le pays pour autant.

Rappelons que l'Allemagne est la première économie gagnante de la zone euro que se soit en terme de faibles taux obligataires - du fait de la fuite des investisseurs des pays du Sud de l'Europe - ou de part de marché pour ses exportations. Sur ce dernier point, le véritable marché intérieur du pays est la zone euro.

Les élections allemandes peuvent-elles jouer un rôle déterminant dans l'évolution des positions allemandes (renforcement de la fermeté ou assouplissement) ?

Cette élection jouera un rôle majeur et crucial pour l'évolution de la position allemande. Si Angela Merkel est remplacée ou se trouve contrainte de gouverner avec une coalition composée du SPD et des Verts, l'approche allemande sera de facto bien plus fédéraliste qu'à l'heure actuelle. Mais n'oublions pas que la Chancelière allemande est déjà bien plus fédéraliste que ne le sont François Hollande ou Nicolas Sarkozy.

Nous sommes à un moment clé pour la zone euro. Aucun chef d'Etat ne peut se présenter à une élection en étant celui qui a fait chuter la zone euro et provoqué la pire récession depuis la crise des années 1930. Angela Merkel est la seule leader à avoir été à la barre depuis le début de cette crise, là où d'autres n'ont pas été reconduit.

Propos recueillis par Olivier Harmant
Tag(s) : #Crise de l'Euro

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