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La perte du triple A pourrait coûter 150 000 emplois à la France. © REUTERS. La perte du triple A pourrait coûter 150 000 emplois à la France. © REUTERS.

Pour la France, la menace de perdre le sacro-saint AAA se précise. Les notes des agences ont des conséquences bien réelles sur la croissance et l'emploi. Chiffrage de la facture en cas de rétrogradation.

Nouveau coup de chaud sur les marchés : la puissante agence de notation Standard & Poor’s a annoncé qu’elle pourrait abaisser la note de la France de deux crans. D'autres pays, comme l'Allemagne, l'Autriche, et le Luxembourg ont également été placés sous surveillance négative.

Le monde des marchés, dans lequel les agences attribuent des notes aux dettes des pays, peut paraître lointain et quasi-abstrait. Pourtant, la perte du AAA, la meilleure note possible, aurait des conséquences "sonnantes et trébuchantes" sur l'économie française.

1. Des taux d’emprunt qui montent, qui montent...

Le taux d’emprunt à dix ans de la France avait déjà grimpé après l’annonce, à la mi-octobre, du fait que l'agence Moody's se donnait trois mois pour réévaluer la perspective de la note de la France. Le taux appliqué à la France pour emprunter à 10 ans était alors passé de 2,54% début octobre à 3,17%. Il est aujourd’hui de 3,2%.

"Le métier des marchés, c’est d’anticiper. Ils anticipent la dégradation de la note de la France depuis plusieurs mois. On paie déjà 3,7%, ce qui est bien supérieur au taux payé par l’Allemagne", décrypte Henri Sterdyniak, directeur du département économie de la mondialisation de l'OFCE.

Que la note de la France soit effectivement dégradée ou non, le pays a donc déjà commencé à payer les conséquences de l'inquiétude des marchés. Le coût de sa dette s'est renchéri.

La perte du triple A viendrait toutefois aggraver une situation déjà bien dégradée. "La France peut dériver vers des taux de 6 ou 7% comme l'Espagne", explique Henri Sterdyniak.

2. 150 000 emplois menacés... à condition que les taux se maintiennent

Or, chaque point de hausse du taux auquel la France se finance sur les marchés représente pour l'État des sommes colossales à débourser : un point de plus équivaut environ à 2 milliards d'euros.

Si elle doit payer des taux d'intérêt plus élevés tout en continuant à réduire son déficit, la France devra couper à nouveau dans les dépenses publiques. "On rentre dans une spirale infernale, catastrophique sur le plan économique et social", déplore Henri Sterdyniak.

"Deux points supplémentaires sur le taux d’emprunt à dix ans nous coûteraient 0,6 points de PIB, c’est à dire 150 000 emplois, calcule-t-il. Cela augmenterait fortement les chances que la croissance soit négative l’année prochaine".

Cependant, chaque année, la France ne doit refinancer qu'environ 12% de sa dette : elle rembourse les obligations qui arrivent à terme et émet de nouvelles dettes pour les remplacer. Pour les titres qu'elle rembourse, elle ne paie pas les taux d'intérêt qui viennent de rentrer en vigueur mais ceux qui avaient été fixés au moment de leur émission.

"L'impact des l'évolution des taux d'intérêt est donc très graduel, explique Frédérik Ducrozet, économiste de marché pour Crédit Agricole CIB. On ne peut calculer cet impact des taux sur le PIB que s'ils restent au-dessus des 3,5% pendant au moins 3 ans". Selon l'économiste, "dans la plupart des scénarios réalistes, le taux français va plutôt se stabiliser autour de 3,7%, voire baisser l'an prochain", et non s'envoler au-dessus de 5%.

3. Les décisions de l'UE peuvent inverser la tendance

En outre, pour attribuer leurs notes, les agences ne se fondent pas seulement sur des indicateurs économiques mais aussi sur le contexte politique dans le pays évalué. Une certaine stabilité associée à un grand volontarisme de la part des dirigeants les incitent à accorder de bonnes notes.

"Si l’Union européenne se décide à prendre des mesures fortes, les taux français peuvent redescendre en-dessous des 3%, estime Henri Sterdyniak. La question est avant tout politique : l’Europe est-elle capable de mener une politique cohérente?".

À l'inverse, si l'Europe continue à donner une image de confusion et de division, les taux continueront à grimper et la facture pour chacun de ses membres à s'alourdir.

Tag(s) : #ECONOMIE - FINANCE

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