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Six mois se sont écoulés depuis la défaite électorale du sarkozysme. D’un côté, salariés et citoyens engagés se démènent face à la crise, aux licenciements, au mal logement, aux impératifs écologiques, à la xénophobie montante, et esquissent des solutions. De l’autre, le nouveau gouvernement semble déjà à bout de souffle, incapable de vision à long terme.

 


 

Voilà presque cinq mois qu’une majorité de gauche a été élue dans notre pays. Cinq mois, c’est à la fois court et long. Cinq mois au chômage, c’est long. Cinq mois au RSA, c’est encore plus long. Cinq mois à vivre et travailler dans l’expectative d’un plan social ou face à la fermeture programmée de son usine. Cinq mois à se débattre avec ses dépenses, ses priorités – aller chez le dentiste, inviter des amis à dîner ou inscrire la plus grande au cours de danse ? –, quand il manque 200 ou 300 euros pour boucler le budget familial mensuel. Cinq mois à attendre, dans un hôtel meublé, un logement un minimum convenable [1]. Cinq mois à survivre, comme deux millions de personnes, avec l’équivalent de 645 euros pas mois.

Cinq mois à bosser, avec ses collègues, à un projet de coopérative pour sauver la boîte et ses emplois, lâchés par un investisseur trop gourmand. Cinq mois à se débattre, au bureau ou sur sa chaîne de production, avec des objectifs intenables imposés par un management déconnecté. Cinq mois à se demander si nos 41 années de cotisations retraite, passées sur un site industriel, ne nous ont pas finalement refilé le cancer. Cinq mois à cultiver des jardins potagers ou à auto-construire des maisons en bois pour prouver qu’un bout de landes, au sud de la Bretagne, vaut bien mieux qu’une piste de bitume (cinq mois d’efforts ruinés en quelques heures pour un projet mégalomane). Pour tous ces gens – et ils sont nombreux – cinq mois, c’est long. Très long.

Compte à rebours

Pour un gouvernement, cinq mois, c’est court, trop court. Cinq mois à démentir le midi, ce que l’on a esquissé le matin (mettre en débat la suppression des 35h par exemple). Cinq mois à se demander comment faire payer une dette à une population qui ne l’a pas contractée. Cinq mois à élaborer un projet de loi, sur le logement social ou la précarité énergétique, qui sera recalé au Parlement – faute d’avoir écouté ses partenaires à gauche – ou censuré par le Conseil constitutionnel – faute d’avoir respecté la procédure parlementaire.

Cinq mois à se demander le matin si l’on twittera ou l’on ne twittera pas sur telle ou telle stérile polémique. Cinq mois à envoyer des médiateurs ici, des auditeurs là, qui rédigeront des rapports qu’on ne lira pas. Cinq mois à batailler avec tel collègue ministre pour savoir qui communiquera à quel moment. Cinq mois à commenter le commentaire sur la petite phrase du voisin. Cinq mois à consulter pour finalement ne contenter que des intérêts particuliers. Cinq mois, ou presque, à attendre un rapport qui ne propose rien d’autre que ce que s’évertue à mettre en œuvre le patronat depuis trois décennies. Pour tous ces gens – et ils ne sont pas si nombreux – cinq mois cela semble finalement court, très court.

« Moi, président de la République… »

Et ils se font rattraper par le temps, le temps long. Car ce n’est pas en proclamant une éthique de la méthode et de la fonction – « Moi, président de la République… » – que l’on ralentit le compte a rebours qui s’est enclenché. Et dont on ne sait sur quels bouleversements – politiques, écologiques, économiques, sociaux – il va s’arrêter. Ni quand.

En attendant, celles et ceux qui trouvent le temps long commencent à se réveiller : journée d’action européenne contre l’austérité le 14 novembre, soutenue en France – c’est une surprise – par la plupart des syndicats ; manifestation de réoccupation de Notre-Dame-des-Landes le 17 novembre, où le coûteux projet d’un nouvel aéroport illustre parfaitement la vision à contretemps qui domine à Matignon (baisse du trafic aérien intérieur conjugué à la baisse du pouvoir d’achat conjugué au pic pétrolier…) ; manifestation des chômeurs et précaires le 1er décembre, dans un contexte où le nombre de sans emplois dépasse les 3 millions de personnes en France, et s’approche des 20 millions dans la zone euro.

On pourrait s’attendre à ce qu’un gouvernement de gauche, dans un contexte de crises sans précédent, ayant tiré les leçons de sa dernière raclée électorale nationale (le 21 avril 2002, vous vous souvenez ?) s’appuie sur ceux qui trouvent le temps long. Pour s’enrichir de leurs réalités, propositions, idées et imaginations – ce qui ne semble pas être le fort des cabinets ministériels – afin de transformer l’expectative en espérance. Un obstacle de taille demeure : quelqu’un a-t-il aperçu un ministre de gauche au gouvernement ?

Ivan du Roy

(@IvanduRoy sur Twitter)

 

source

 

 

Notes

[1] 690 000 personnes n’ont pas de domicile personnel.

 

 

 

 

Tag(s) : #POLITIQUE

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