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Par Emilie Lévêque

Après un léger rebond au troisième trimestre, l'activité devrait de nouveau stagner à la fin de l'année, selon l'Insee. L'objectif de 1,7% de hausse du PIB en 2011 est atteignable, mais l'acquis de croissance pour 2012 ne sera que de 0,2%.

 

Le ministre de l'Economie et des Finances François Baroin a présenté mercredi 28 septembre en conseil des ministresle budget de l'Etat pour 2012.

Le ministre de l'Economie et des Finances François Baroin a présenté mercredi 28 septembre en conseil des ministresle budget de l'Etat pour 2012.

REUTERS/Charles Platiau

La plupart des conjoncturistes, ainsi que le gouvernement fin août, avaient déjà revu à la baisse leurs perspectives de croissance pour 2011. L'Insee vient de faire de même. Dans sa note de conjoncture publiée ce jeudi, l'Institut national de la statistique ne table plus que sur 1,7% de hausse du PIB cette année, contre 2,1% en juin dernier. Il faut dire qu'après la panne enregistrée au deuxième trimestre, l'horizon de la croissance tricolore s'est considérablement assombri.

L'année avait pourtant bien commencé, avec un PIB en hausse de 0,9% au premier trimestre. Mais cette accélération de la croissance n'était que technique, due à la reconstitution des stocks des entreprises et aux effets décalés de la prime à la casse. Le coup d'arrêt du printemps était donc prévisible. Il a été amplifié par le séisme au Japon, qui a pesé sur la production industrielle mondiale, et la flambée des prix des matières premières (pétrole, céréales, métaux, etc.).

Le caractère temporaire de ces chocs (la production industrielle japonaise a quasiment retrouvé son niveau d'avant le séisme et le choc d'inflation s'estompe, les prix du pétrole se stabilisant sous les 100 dollars) laissait toutefois espérer des perspectives de rebond au second semestre. Les événements de l'été ont mis à mal un tel scénario. Le feuilleton catastrophe aux Etats-Unis sur le relèvement du plafond légal de la dette, la perte du triple A américain et l'incapacité de la zone euro à régler la crise de la dette grecque ont fait plonger les marchés financiers, depuis le mois de juillet, dans une panique comparable à celle consécutive à la faillite de Lehman Brothers.

Dégradation du climat des affaires

En Europe, les conditions de financement de plusieurs Etats (la Grèce, l'Espagne, le Portugal, l'Italie et même la France) se sont sensiblement dégradées. Aux Etats-Unis, les doutes sur la capacité de rebond de l'économie se sont accentués. Ces incertitudes ont entrainé une montée des tensions sur le marché interbancaire en zone euro. Ce qui affecte les perspectives économiques pour la fin de l'année. "Ces chocs se sont transmis à l'économie réelle", a commenté lors d'une conférence de presse Sandrine Duchêne, chef du département de la conjoncture à l'Insee.

Le climat des affaires en France enregistre un net recul depuis le mois de juin, dans tous les secteurs économiques (industrie, commerce et services). L'activité dans l'industrie manufacturière a atteint en septembre son plus faible niveau depuis juillet 2009. Selon une enquête réalisée en septembre par la CCIP, 60% des chefs d'entreprises envisagent de reporter voire de renoncer à leurs projets d'investissements à cause de la crise financière. L'Insee prévoit un taux d'investissement des entreprises de 0,3% au troisième trimestre puis de 0,1% au quatrième.

Il ne faudra pas non plus compter sur le commerce extérieur pour tirer la croissance. En raison de la faiblesse de la demande adressée à France, notamment celle en provenance de ses voisins européens asphyxiés par les plans de rigueur, les exportations tricolores ne progresseront que de 0,3% au second semestre selon l'Insee. Les importations, elles, seront plus dynamiques. Le commerce extérieur pèsera donc négativement sur le PIB.

Soutien fragile de la consommation

La consommation des ménages restera donc le seul soutien à l'activité. Et encore, un soutien bien fragile. Après avoir chuté de 0,7% au deuxième trimestre, contrecoup de la fin de la prime à la casse, la consommation devrait rebondir au second semestre (+0,5% au troisième trimestre et +0,3% au quatrième selon l'Insee). Mais pas suffisamment pour compenser le recul du printemps. Les perspectives financières des ménages ne sont en effet guère encourageantes.

En dépit d'une hausse sensible des salaires nominaux (+2,8%), le pouvoir d'achat des ménages sera rogné par l'inflation et la hausse des impôts liée à la suppression de niches fiscales dans le cadre du plan de rigueur. Alors que le revenu disponible brut des ménages devrait progresser de 3,5% cette année, le pouvoir d'achat n'augmenterait, selon l'Insee, que de 1,3%. En outre, le taux chômage devrait légèrement remonter, à 9,2% fin 2011 après 9,1% en juin, en raison du ralentissement de l'activité et des créations d'emploi. Le taux d'épargne des ménages devrait donc rester au niveau élevé de 16,5%.

Au final, le PIB tricolore devrait rebondir légèrement au troisième trimestre (+0,3%) puis stagner (0%) au quatrième, selon les prévisions de l'Insee. Et ça, c'est le scénario rose. Si la crise financière se traduit par un durcissement des conditions de financement des entreprises et des particuliers - ce qui n'est pas encore le cas -, une récession n'est pas à exclure. Au mieux donc, la France abordera 2012 avec un acquis de croissance de... 0,2%! Difficile dans ce cas, voire même impossible, d'atteindre l'objectif de 1,75% de croissance du gouvernement. La plupart des experts interrogés par L'Expansion.com ne tablent plus, en moyenne, que sur une hausse du PIB de 0,8% l'an prochain. Autant dire que les efforts budgétaires pour réduire le déficit public vont devoir être sérieusement accentués.

 

Source : L'expansion / Lexpress

Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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