Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog




par Philippe Mesmer

(English text follows)

Pour la rédaction de l'article à lire ici, plusieurs interviews ont été réalisées. Il s'agit de mères de famille inquiètes pour la santé de leurs enfants depuis le début de la crise nucléaire de Fukushima.

Le sourire espiègle et la mine avenante, Kozue Nogami habite dans l'arrondissement de Shinagawa. Mariée à un photographe, elle a une petite fille en âge d'aller à l'école primaire:

"Après la catastrophe, je suis allée à Shizuoka où je suis resté jusqu'à la reprise des cours. Depuis, je m'informe beaucoup plus. Avant, je lisais les journaux et regardais la télé. Maintenant, je suis ce qui se dit sur Twitter et internet. Je cherche toujours à en savoir plus. J'achète des produits de l'ouest du Japon, ou de l'étranger. Je choisis la viande américaine ou canadienne. Je me méfie de la viande australienne car il y avait beaucoup de mines d'uranium là-bas. Je ne vais plus au restaurant. Mon budget alimentaire a augmenté de 15 000 yens par mois.

J'ai voulu que ma fille aille à l'école avec une gourde d'eau. Quand j'en ai parlé à la réunion des parents d'élèves, il n'y a pas eu de réaction. J'ai même eu le sentiment que je posais un problème. J'ai insisté au point d'être littéralement convoqué par le proviseur. Ce jour-là, il y avait aussi son adjoint et la maîtresse de ma fille. Ils m'ont affirmé que le gouvernement estimait qu'il n'y avait pas de problème et donc que je n'avais pas à m'inquiéter. J'ai évoqué le niveaux de contamination. Je n'ai pas eu de réponse. Finalement, j'ai reçu une lettre autorisant la gourde. Mais ma fille est un peu gênée car elle est la seule dans ce cas.

Aujourd'hui encore, j'aimerais déménagé, mais il y a le travail de mon mari et le prêt de la maison.

Je n'ai aucune confiance dans le gouvernement ni dans les médias qui reprennent ce que disent les autorités, sans faire leur travail d'enquête. Et puis je ne comprends pas pourquoi Tepco ose encore faire payer l'électricité."

Satsuki habite dans l'arrondissement d'Ota, à Tokyo. Déterminée, séduisante, elle aussi aimerait bien déménager mais le travail de son époux et un prêt immobilier l'en empêchent. Sa fille va à l'école primaire.

"J'achète l'alimentation sur les sites comme Rakuten ou Oisix. Mon budget alimentaire a doublé. Je ne vais plus dans les parcs avec ma fille et, quand on sort, je l'oblige à mettre un masque. Elle emporte son eau et son bento (plateau-repas) tous les jours à l'école. Je lui ai interdit la piscine cet été, car celle de l'école est découverte. J'ai même pris une assurance spéciale pour elle pour la couverture cancer. Les autres me trouvent un peu bizarre mais je pense que beaucoup de mères font des efforts à la maison.

Au début, le proviseur était contre le bento mais il a cédé en juillet. J'ai appris que dans une école de Magome, un proviseur a donné son accord pour les bento, à condition que le contenu soit le même que celui des repas de la cantine.

J'ai l'impression que les produits du Tohoku (zone dévastée) sont utilisés en priorité à la cantine pour soutenir la reconstruction.

Dans l'école de ma fille, des mesures de radiation ont été effectuées fin octobre, pour la première fois. Ils ont découvert un "hotspot" et l'ont interdit d'accès. Le problème est que deux semaines avant, les enfants y avaient passé la journée pour la Fête du sport."

Sachiko Sato, représentante du "Réseau de Fukushima pour sauver les enfants des radiations" pratique l'agriculture organique dans la préfecture de Fukushima. Elle a choisi de rester dans son exploitations mais a éloigné ses enfants.

"Après l'accident de Tchernobyl, j'ai changé mon style d'agriculture. J'utilise les techniques anciennes de manière à fonctionner sans pétrole, sans énergie nucléaire ni produits importés.

Le gouvernement ne prend aucune mesure contre les risques sanitaires nés des faibles niveaux de radiation. Il affirme que les risques pour la santé sont suffisamment bas. En réalité, il essaye d'utiliser les deux millions d'habitants de la préfecture de Fukushima comme cobayes pour réunir des données. Les autorités affirment d'ailleurs qu'il n'y a pas assez d'informations pour les expositions à des niveaux de radiation inférieurs à 100 millisieverts.

A mes yeux, Fukushima est comme un champ de bataille, même si on ne peut pas voir les radiations. C'est un champ de bataille entre ceux qui ont la folie de penser qu’ils peuvent dominer la nature et ceux qui la chérissent. C'est un champ de bataille où la puissance de l'Etat a volé l'avenir de nos enfants. Nous ne pouvons sauver nos enfants en mettant la priorité sur la rentabilité économique."

Mothers words at a time of nuclear crisis...

There are some words from mothers interviewed for a story published in Le Monde, on women fight against authorities silences, on radiation.

Kozue Nogami is living in Tokyo Shinagawa ward. Married to a photographer, she has a 7 years daughter:

"After March 11, I went to Shizuoka, where I stayed until school restarted. Since then, I try to get as much as possible information on nuclear crisis, especially from Twitter and internet.

I buy products from Western Japan or from abroad. I always chose American or Canadian meat, not the Australian one because there used to uranium mines here. I don't go dining outside anymore. My monthly food expenses grew by around 15 000 yen.

I wanted my daughter to bring its own mineral water to school. When I talked about it during the PTA meeting, there was no reaction: I felt I raised an unexpected problem. For several months, I insisted and one day, I have been asked to come to principal's office. Here, he, his assistant and my daughter's teacher insisted government was saying there is no problem, so I shouldn't worry. I answered by telling radiation levels but didn't get any answer. Eventually, several months later, I received a letter authorizing my daughter coming with her own water. The problem is that my daughter is the only one bringing water. She feels a little bit ashamed and hides it.

Basically, I would like to move. The problem is my husband's job and our house's loan.

I don't trust government neither medias, which use to play authorities PR without any investigation. And I don't understand why Tepco continues making us pay power."

Satsuki (Who prefers to remain anonymous) is living in Ota ward, also in Tokyo. Charming and vocal, she also would like to move somewhere, but she stays because of her husband's job. Her daughter is a primary student.

"I buy food on website like Rakuten or Oisix. My expenses for food doubled. I don't go anymore to public parks with my daughter and I want her to wear a mask when she goes outside. She brings mineral water and bento to school. This summer, I forbid her to go to pool because it is outside. I also insured her against cancer. Other mothers find me a little bit strange but I think lots of them are doing efforts at home, even if they do nothing in the public area.

At the beginning, the principal was against bento. He eventually accepted it in July. I learned that, in a Magome' school, the principal accepted it but he asked mothers to prepare the same meal than the one served at school.

Regarding school meals, I feel Tohoku products are prioritized to support reconstruction.

At my daughter's school, radiation measures have been made at the end of October, for the first time since March. They discovered a "hotspot" and banned access to the place. Problem is two weeks before, this place was used during Sports festival."

Sachiko Sato is a representative of the Fukushima Network for Saving Children from Radiation. She has been practicing organic agriculture for 30 years in Kamata, Fukushima prefecture, and has decided to stay after nuclear accident, even if nuclear plant is at 35 km from her home. She sends her children far from that place.

"After Chernobyl accident, I changed my life style using Old day Practices and wisdom handed down from generation so that we could survive without oil, nuclear power and imported foods.

The government doesn't take any action for the upcoming health damage caused by low level radiation saying probability of health damage is low enough. On the contrary, it is trying to use 2 million Fukushima people as guinea pigs to collect data, saying that there is not enough data for radiation exposure below 100 millisieverts.

To my eyes, the scenery of radiation contaminated Fukushima is just like a battle field, even though I can't see the radiation itself. It is a battlefield between people who foolishly behave as if they could conquer nature and people who cherish nature.

It is a battlefield to take away the future of children by the state power. There shouldn't leave any children in the battlefield. We can't save our children with an ideology that puts economy first."

***


source: mesmer.blog.lemonde.fr

Tag(s) : #SANTE

Partager cet article