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Crédit: Campagne de recrutement 2012 / Agence du service civique

 

 

Le service civique a deux ans. Même s'il séduit de plus en plus de jeunes, la mixité sociale - principal objectif annoncé - est encore loin d’être atteinte. Le dispositif est-il vraiment pertinent?

Dernier invité dans la campagne présidentielle, le service civique. Chaque candidat y va de sa proposition, soulignant le succès du dispositif, en place depuis deux ans: un permis de conduire avantageux voire gratuit pour tous les jeunes engagés, des effectifs revus à la hausse...

Alors, simples promesses électorales pour s'attirer les faveurs d'un électorat jeune ou réelle volonté de soutenir le service civique? Expérimenté depuis 2010 avec toujours plus de volontaires, des défis restent à relever. Stephen Cazade, directeur de l’association Unis-Cité, note pour nous ce premier bilan, tel un professeur devant une copie: "Résultats plutôt bons mais peut mieux faire".

> Mais au fait le service civique, c'est quoi?

Depuis la loi du 10 mars 2010, tous les jeunes de 16 à 25 ans peuvent s’engager de 6 à 12 mois, au sein d’une association ou d’une collectivité publique agréées par l'Agence du service civique (3000 ont obtenu l'agrément) pour une mission d’intérêt général indemnisée. Objectif: remplacer le service militaire, supprimé en 1996, et répondre aux besoins des associations et des collectivités locales, en manque d'effectifs.

En 2005 déjà, alors que les banlieues s'embrasent, Jacques Chirac, à l'époque président, créé le Service civil volontaire (SCV). Mais les chiffres ne suivent pas et en 2010, le service évolue une nouvelle fois sous l’impulsion de Martin Hirsch, alors Haut commissaire aux solidarités actives.

L'idée est directement inspirée du concept américain City Year, qui permet aux jeunes de prendre une année sabbatique et de s'engager au service de la communauté. L'association Unis-Cité l'a repris à son compte depuis 1994.

> Le service civique: un succès?

Depuis son lancement, près de 22.000 volontaires ont effectué un service civique (6000 en 2010 et 15.000 en 2011) selon l'Agence du service civique. Des chiffres en-dessous des prévisions pour la première année (10.000 jeunes étaient alors attendus) mais qui n'ont cessé depuis d'augmenter.

Le profil de ces jeunes: principalement des filles (57%), avec un niveau supérieur au baccalauréat (41% contre 24% sans diplôme). En 2011, seuls 18% des volontaires proviennent des zones urbaines sensibles ou des zones d’éducation prioritaires.

"C'est une vraie réussite, au-delà même de ce que l'on espérait, s'enthousiasme Stephen Cazade. Mais il faut encore mettre plus de moyens pour informer." D’où les affiches dans le métro et les spots publicitaires diffusés depuis début janvier...


Campagne d'affichage mars 2012, Agence du service civique

 

Le plus gros reste à faire: instaurer une véritable culture du service civique.

> L'objectif de mixité sociale a-t-il été atteint?

Favoriser la mixité sociale était l'un des objectifs annoncés à la création du service civique. Mais deux ans après, ce n'est pas encore gagné! Pour Maud Simonet, sociologue au CNRS et spécialiste du bénévolat et volontariat en France et aux Etats-Unis, la difficulté réside dans le "statut hybride du service civique qui s'adresse à différentes jeunesses, aux conditions de vie éloignées".

Ainsi, les non-diplômés restent sous-représentés. C'est une réalité, estime le directeur d’Unis-Cité, mais "il faut faire vivre ce brassage, favoriser la rencontre des jeunes lors de missions et ne pas voir aux Restos du coeur, l’infra-bac éplucher les patates et le jeune diplômé servir…"

> Qu'en pensent les jeunes?

A 20 ans et sans diplôme, Elias Lefdou avoue "avoir gagné en confiance" grâce au service civique. "J’ai décroché en Première. Je me cherchais." Après une réorientation, puis un essai à la boucherie familiale, Elias a entendu parlé d'une réunion d'information sur le service civique à la maison de quartier, à Dijon. Depuis, il sensibilise les habitants des quartiers aux éco-gestes et rend visite à des personnes âgées avec d’autres jeunes.

Adrien Cornec, 24 ans, avait lui juste envie de "faire un break" dans ses études et de partir à l’étranger. Il a terminé son service civique il y a presque un an, en Haïti. "Les missions ont évolué au fil du temps. Il aurait peut-être fallu mieux les préparer en amont... Certains jeunes ont d'ailleurs abandonné en cours de route." Grâce au programme, il a trouvé sa voie et suit depuis un master en droits de l'Homme.

Quant à Martin Dieux, 23 ans, il est actuellement en Tunisie avec le programme Développement sans frontières, où il aide les jeunes associations, créées après la révolution, à se structurer et à développer leurs projets. Pour lui, le service civique est une bonne opportunité pour compléter sa formation des métiers de l’humanitaire à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). Mais il met en garde: l'expatriation peut être difficile pour des jeunes sans expérience, tout droit sortis du lycée. "Il ne faut pas envoyer des gens pour envoyer des gens."

> 550 euros par mois, c'est moins que l'indemnité chômage!

Certains reprochent au service civique d'être un programme peu rémunérateur: environ 550 euros par mois. "C’est moins que l’indemnité du Pôle emploi que je touchais quand je cherchais du travail", remarque Camille Chagot, titulaire d’un master et en service civique avec l’Association au service de l’action humanitaire (ASAH). Faute de trouver un emploi, elle s’est repliée, "par dépit" dit-elle, sur le service civique "surtout attirée par la mission proposée". Elle est depuis retournée vivre chez ses parents et effectue un trajet de 50 minutes deux fois par jour. Pour elle, "le dispositif est à la base plutôt destiné aux jeunes perdus dans leur cursus scolaire et non aux diplômés, sans boulot", comme elle.

Stephen Cazade reconnaît les difficultés rencontrées par les jeunes. "Bien évidemment, le service civique ne résout pas le problème du logement, notamment en Ile-de-France où il faut ajouter le prix des transports. C’est une réalité pour les jeunes, parfois bien avant de s'engager."

> Super-bénévolat ou sous-emploi?

Cette exploitation des jeunes, des diplômés "bon marché" pour les structures, est une dérive potentielle du dispositif. La sociologue Maud Simonet nous explique ainsi que pour les plus favorisés soutenus par leurs parents, effectuer un service civique équivaut à du "super-bénévolat" et de "l'argent de poche" alors que pour d'autres, on parle de véritables "salaires" et de "sous-emploi".

Se pose alors la question du statut du service civique. La loi du 10 mars 2010 instaure une indemnité directement versée par l’Etat et complétée par les structures d'accueil. "Ces formes de travail, financées par les pouvoirs publics, dans un contexte de réduction des dépenses, ne reviennent pas cher", explique la sociologue. Une circulaire, diffusée en mars dernier, met d'ailleurs l'accent sur les missions à développer au sein de la police et de la gendarmerie. "On cherche à économiser des emplois publics et à développer ces emplois précaires au risque de les substituer."

Dans les associations, où près de 74% des missions sont réalisées, le risque est le même. Cela revient parfois même moins cher de prendre un jeune en service civique plutôt qu’en stage. La substitution à un emploi est un vrai risque.

> "Plus de jeunes engagés = moins de chômage"

Le service civique est-il alors la solution? Certains politiques, lors du passage de la loi en 2010, étaient plutôt critiques et favorables à la mise en place d'emplois jeunes. Le service civique serait l'ultime cache-misère trouvé par le gouvernement face à l'échec de ses politiques de l'emploi.

"Il y a un objectif caché évident: en touchant 10% d’une classe d’âge, ces 10% ne seront pas comptabilisés dans les chiffres du chômage", relève Maud Simonet. Pas sûr, alors, qu'il soit pertinent d'augmenter les effectifs du service civique, comme certains candidats l'annoncent déjà, alors que d'importantes dérives subsistent dans sa mise en place.

> 2012: l'année du service civique obligatoire?

Après l'expérimentation, c'est donc l'heure de la confirmation pour le service civique. Quelques avancées ont déjà été constatées, comme la valorisation - quoique timide - du service dans les cursus universitaires. La course aux chiffres, elle, ne fait que commencer. Le gouvernement vise 25.000 volontaires pour cette année et 75.000 d’ici 2014, soit 10% d’une classe d’âge. Pour atteindre ces chiffres, le budget a été revu à la hausse, à hauteur de 134 millions d'euros, après un recul en 2011. Pas évident en temps de crise!

"C'est plutôt positif pour l'instant, mais on veut vraiment que ce soit respecté et qu'on ne revienne pas sur ces chiffres quelque soit le nouveau président, estime Stephen Cazade. On apprend aux jeunes à s'engager et à respecter l'engagement. Il faudrait que l'Etat montre l'exemple."

2012 sera donc une année charnière. Peut-être celle d'un service civique obligatoire, comme certains le souhaitent. Mais volontariat peut-il rimer avec obligation? Et surtout, quel budget envisager? Le débat est relancé.

Crédit: Campagne de recrutement 2012 / Agence du service civique

source: Youphil.com

Tag(s) : #ACTUALITES

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