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Par Boureima HAMAPar Boureima HAMA

NIAMEY, 13 oct 2011 (AFP) - Massif forestier créé il y a près de 50 ans comme un rempart contre l'avancée du Sahel, la "ceinture verte" qui entoure Niamey, la capitale du Niger, agonise lentement, victime de l'urbanisation sauvage.
Quelques coups de hache ont raison de tel arbre cinquantenaire, qui tombe à terre avec fracas: "Des arbres comme celui-ci, j'en ai abattu des dizaines ici. Je vends le bois pour survivre", raconte à l'AFP Ali Moumouni, un paysan de Ouallam, une zone déshéritée au nord de Niamey.
Quelques mètres plus loin, sous le regard de femmes et d'enfants assis à l'ombre, des hommes munis de coupe-coupe défrichent un terrain pour y construire des cases.
"Les récoltes ont été mauvaises cette année, nous sommes venus nous installer", quittant la campagne à l'est de la capitale, déclare l'un d'eux, Adamou Foumo, s'exprimant en djerma, une langue du pays.
Le projet de "ceinture verte" a été lancé en 1965, cinq ans après l'indépendance de cette ex-colonie française. Il s'est achevé en 1993 et a coûté plus de trois milliards FCFA (4,5 M EUR), essentiellement sur financement étranger, selon le ministère de l'Environnement.
"L'idée, c'était de dresser un mur d'arbres autour de la ville contre la poussière et l'avancée du désert", explique à l'AFP un ancien responsable du projet. "C'est fait: Niamey s'est entouré d'est en ouest d'une haie verte de 25 km de long pour un kilomètre de large".
Cependant, ce "poumon vert" connaît depuis plusieurs années un déclin dramatique. Il a perdu près de la moitié de sa superficie, chutant de plus de 2.000 hectares à seulement 1.000 aujourd'hui.
"Les maux de la +ceinture verte+ ont commencé lorsque des centaines de ruraux fuyant la sévère famine de 1984 s'y sont s'intallés", se souvient Hama Moussa, un ex-gardien du site.
"Irak", "Koweït" ou encore "Petit Paris" sont les noms de quartiers improvisés où se sont établies depuis lors des centaines de familles, dans des cases en paille ou des abris de fortune.
En 2008, les autorités avaient déployé bulldozers et forces de l'ordre pour chasser quelque 2.000 squatters mais, sans lendemain, cette initiative n'a pas changé la donne.

Stations d'essence, villas cossues
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"Sous la pression du déboisement excessif, la +ceinture verte+ risque de disparaître", alerte Abdoulaye Maïzama, un responsable des Eaux et forêts.
"Pour survivre, les gens coupent sans discernement les arbres pour faire des toits de maisons et vendre le reste en ville", s'indigne Salifou Gourouza, un riverain.
Une loi de 2004 qui punit les contrevenants de trois mois à deux ans de prison ne suffit pas à enrayer le phénomène.
Les paysans ne sont pas seuls en cause. Parkings pour camions-citernes, stations d'essence, villas cossues ou encore mosquées, dans ce pays à majorité musulman, ont surgi dans le périmètre même de la "ceinture".
Régulièrement, la presse privée accuse la municipalité de vendre à de riches hommes d'affaires des lopins de terre théoriquement inconstructibles.
D'après une récente enquête officielle, la "ceinture verte" est aussi devenue une décharge sauvage à ciel ouvert. Enfin, qu'ils soient criminels ou accidentels, les incendies ravagent des centaines d'hectares, selon les pompiers de Niamey.
"Faute d'argent, les gardes forestiers n'arrivent plus à mener des patrouilles de surveillance", déplore un fonctionnaire du ministère.
Le pouvoir s'efforce toutefois de démontrer qu'il n'oublie pas sa "ceinture". Le 3 août dernier, comme pour les trois précédents anniversaires de l'indépendance, des milliers d'arbres ont été plantés, cette fois en présence du tout nouveau président, Mahamadou Issoufou.
bh/tmo/ple

 Source AFP via Intranet.paris.msf.org

Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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