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Quatre mois après avoir dégradé les trois principales banques françaises, Moody's a mis en garde Morgan Stanley, Bank of America et Citigroup sur la possibilité d'un nouveau déclassement de leur note à Baa2.

 

Reuters

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Au moment où on le croyait tiré d'affaire, le secteur bancaire américain pourrait entrer dans une nouvelle phase de turbulences. Quelques mois après avoir dégradé les banques allemandes et françaises, Moody's a prévenu, ces derniers jours, trois des principales banques américaines, Bank of America (BofA), Citigroup et Morgan Stanley, de la possibilité d'un sévère déclassement à la mi-mai. L'examen de Moody's portera sur les notes financières de 17 grandes institutions financières globales. Parmi les établissements concernés, les 3 banques américaines sont particulièrement visées avec une réduction probable de leurs notes au niveau Baa2, à deux crans seulement de la catégorie spéculative. La menace est éminemment sérieuse pour Morgan Stanley, dont la note serait abaissée de 3 crans d'un coup.

« Nos clients ont tendance à être plus sophistiqués dans leurs analyses et ne se fondent pas seulement sur le ‘‘rating'' d'une seule agence », a nuancé, ce week-end, un porte-parole de Citigroup, en minimisant les conséquences d'une telle décision. Mais pour la seule des grandes banques américaines à avoir été déjà recalée au dernier « round » des « stress tests » de la Réserve fédérale (Fed), à la mi-mars, un tel déclassement pourrait avoir des effets significatifs sur son accès au marché des financements court terme. D'ores et déjà, Citigroup a indiqué qu'un déclassement effectif de 2 crans de sa note A3 à Baa2 va l'obliger à relever de 5,4 milliards de dollars le niveau de ses collatéraux additionnels, contre 6,5 milliards de dollars pour Morgan Stanley. De son côté, BofA évalue à 4,5 milliards le niveau de liquidités et collatéraux additionnels nécessaire sur ses contrats de dérivés. Mais elle précise avoir déjà mobilisé 2,9 milliards dans cette optique.

« Morphine monétaire »

Aux yeux des analystes, dans le cas de BofA et de Citigroup, les effets d'un déclassement devraient être atténués par le fait que la plupart de leurs transactions sur taux d'intérêt ou devises sont opérées à travers des filiales bénéficiant de « ratings » supérieurs. De son côté, Morgan Stanley souligne qu'un déclassement n'affecterait que 8 % du volume de ses contrats sur le marché de gré à gré (« over the counter »). Mais, selon le « New York Times », cela n'a pas empêché le PDG de Morgan Stanley, James Gorman, de rencontrer récemment, à plusieurs reprises, les responsables de Moody's pour tenter de limiter l'impact d'un tel déclassement. « Quand vous regardez les caractéristiques du secteur - la concurrence, la surcapacité et le manque de revenus récurrents -, il devient difficile de considérer que l'on ne se situe pas dans le cadre de la catégorie Baa », estime Peter Nerby, de Moody's.

L'avertissement de l'agence de notation intervient au lendemain du coup de semonce surprise du président de la Réserve fédérale de Dallas, Richard Fisher, sur le pouvoir oligopolistique renforcé des grandes banques de Wall Street, qui seraient devenu accro à la « morphine monétaire ». Selon un récent rapport de la Fed de Dallas publié en milieu de semaine dernière, « la politique monétaire ne peut pas être effective quand une part majeure du système bancaire reste sous-capitalisée ». « Le secteur financier américain ne va plus générer le niveau de crédit qu'il avait l'habitude de créer ; cela veut dire que sa dimension va devoir fondre », insiste Peter Fisher, managing director de BlackRock et ancien dirigeant de la Fed de New York, persuadé que la contraction du secteur bancaire est désormais une tendance de fond incontournable.

Pierre de GASQUETPIERRE DE GASQUET (NEW YORK)

source via "incapable de se taire"

Tag(s) : #ECONOMIE - FINANCE

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