Par Cécile Chevré (La Quotidienne de MoneyWeek) – Mardi 4 octobre 2011

 

« La zone euro n’a pas encore pris de décision sur la Grèce », titre Le Figaro ce matin. Les réunions se suivent… et se ressemblent.

Les Etats de la zone euro ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur le versement de la nouvelle tranche d’aide (8 milliards d’euros) à la Grèce – comme d’habitude.
Ils ont cependant assuré que la Grèce ne ferait pas défaut – comme d’habitude. Et, évidemment, les marchés ne les ont pas crus – comme d’habitude.

J’avais commencé cette Quotidienne avec une idée en tête : pousser un bon coup de gueule contre nos dirigeants incapables de se mettre d’accord pour essayer de sauver la zone euro – je ne me fais même plus d’illusion sur la Grèce. Et en faisant des recherches, en lisant la presse, je me suis rendue compte que la situation était bien pire que je pensais. Nous sommes dans une phase de gestion d’une nouvelle phase de la Crise. Une phase encore plus dangereuse et globalisée.

Voici pourquoi :

1. La contagion européenne est incontrôlable
La crise européenne est hors de contrôle. Premièrement parce que les Européens ne semblent pas vraiment décidés à payer le prix qu’implique un véritable choix politique… quel qu’il soit. Sortie de la zone euro des pays les plus faibles ou mise en place d’une union budgétaire ou financière, la zone euro est confrontée à des décisions importantes qui nécessiteront des efforts financiers et politiques importants, de tous.

Pour cela, il faudrait déjà que les Européens, mais aussi les analystes et commentaires, cessent de nous faire croire que nous sommes dans une crise de liquidités. Et abandonnent cette idée stupide d’augmenter la force de frappe du Fonds européen de stabilité financière (FESF). (…) une telle solution impliquerait encore plus de dettes. Or le problème, c’est justement la dette.

 

Une telle solution ne ferait qu’empirer une situation déjà explosive. La contagion atteint les Etats-Unis (…) les banques américaines plongent, plombées par leurs actifs européens.

 

Là est le maillon faible : les banques. Les banques européennes sont dans la tourmente depuis juillet et les banques américaines sont à leur tour emportées. L’imbrication des établissements bancaires au niveau mondial et la présence dans leur bilan de produits dérivés, de CDS et autres produits toxiques rendent la contagion inévitable.

2. N’oublions pas les Etats-Unis
Les investisseurs fuient l’euro… et se réfugient dans les bras grands ouverts du dollar. Pourquoi ? Parce que l’euro semble bien plus dangereux que le dollar. En ce moment.
Les marchés ont un cerveau de la taille d’un petit pois. Ils ne peuvent avoir qu’une préoccupation en tête. En ce moment, c’est l’Europe, ce qui leur fait oublier que la récession menace les Etats-Unis. Pourquoi menace d’ailleurs. La récession est installée aux Etats-Unis.

Je vous renvoie à un récent article d’Eberhardt Unger, Richesse et pauvreté aux Etats-Unis : « En juin 2011, ils étaient 45,18 millions d’Américains à bénéficier de ces aides pour subsister contre 26 millions fin 2006. Fin 2010, 49,90 millions de citoyens américains étaient sans sécurité sociale, soit 16,3% de la population, dont 7,31 millions d’enfants ou adolescents de moins de 18 ans ». « Le ‘US Census Bureau’ a publié le 13 septembre dernier de nouveaux chiffres sur la pauvreté aux Etats-Unis. Le taux officiel de pauvreté a atteint 15,1% en 2010 contre 14,3% en 2009, soit le plus haut niveau depuis 1993. En 2010, 46,18 millions d’Américains ont vécu sous le seuil de pauvreté, un niveau jamais atteint depuis le début de cette statistique, il y a 52 ans ».

Ajoutons à cela que le gouvernement américain et la Fed n’ont absolument pas pris conscience que la politique de taux zéro et d’assouplissement monétaire (QE 1 et 2) menée depuis le début de la crise est en train non seulement de détruire le dollar mais aussi de noyer le pays sous son propre endettement.

Si les marchés sont maintenant obnubilés par l’Europe, je suis prête à tenir le pari qu’ils s’intéresseront très bientôt de nouveau à la dette américaine et à son dollar maigrichon.

3. La fin du découplage ?
Depuis 2009, les marchés émergents font figure de sauveurs de l’économie mondiale, surtout la Chine d’ailleurs. Sauf que…

- Les marchés émergents sont ceux qui ont le plus soufferts ces derniers mois.
- L’Amérique latine lève le pied.
- La Chine pourrait connaître un fort ralentissement. Nous vous en parlions il y a quelques jours dans La Quotidienne, de plus en plus d’analyses anticipent une importante chute de la croissance chinoise, qui pourrait tomber autour de 4% en 2014.

L’empire du Milieu est pris en tenaille entre sa forte inflation et sa volonté de relancer sa croissance. Celle-ci commence à ressentir les effets de la crise européenne – l’Europe est son principal partenaire commercial. Or la lutte contre l’inflation nécessite un maintien des taux à un niveau élevé. Conclusion, la croissance chinoise a reculé au second trimestre. Nous sommes encore loin de l’atterrissage brutal mais les émergents ne sont peut-être pas le parfait relai de croissance dont tout le monde rêvait.
(…)
Vous l’aurez compris, l’automne s’annonce vraiment très difficile pour l’économie mondiale.