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Ragemag enregistre un renfort de poids en la personne du « fameux blogueur anonyme » Juan Sarkofrance. Celui qui a, durant cinq longues années, croqué quotidiennement le quinquennat de Nicolas Sarkozy sur le site de Marianne, nous livre son premier papier sur le mode « y-a-t-il un pilote dans l’avion » de la communication présidentielle ? 


Ne nous voilons pas la face. La communication de la majorité présidentielle souffre.

Elle n’est pas efficace.

L’UMP a beau jeu d’accuser le gouvernement d’amateurisme. Même la presse de gauche s’y est mise, après le dernier couac de Jean-Marc Ayrault. Cela n’a pas grand chose à voir avec le fond de l’action, mais c’est sans doute davantage qu’un simple problème de communication.

 

1. Une certaine presse n’a fait aucun cadeau à l’équipe Hollande. Elle n’avait pas à en faire. Intoxiquée par 10 années d’agitation sarkozyenne, dont 5 ans d’omniprésidence, elle s’est jetée sur le nouvel impétrant comme un vautour sur sa proie. Il faut rappeler à ces éditocrates leurs présupposés idéologiques, leur aveuglement passé, leurs silences d’aujourd’hui, leurs futilités systémiques. Ce n’est pas suffisant. D’autres médias, à gauche, cherchent à justifier ou témoigner de leur esprit critique. Libération titre sur les Apprentis. Mediapart multiplie les charges contre Manuel Valls ou d’autres symboles. Le journaliste Bruno Dive, sur son blog, s’inquiète de ces attaques de l’intérieur.


2. La majorité présidentielle est mal tenue. Observez les écologistes. À peine élus, ils jouent les « aiguillons ». Merveilleux, fantastique, parfait. Jean-Vincent Placé a récemment (encore) taclé Arnaud Montebourg. Pascal Durand, sympathique secrétaire national d’EELV, a renchéri sur l’arrogance des grands élus socialistes. Et ? Les Français n’en ont rien à fiche…

 

3. La polémique des Pigeons fut d’une absurdité inégalée. Qui gouverne la com’ ? Quelques entrepreneurs mobilisent sur le Net en criant au sacrifice et en maquillant grossièrement les mesures projetées sur l’imposition des revenus du capital. Le gouvernement tarde à parler, et le « compromis » finalement annoncé, aussi modeste, déclenche l’ire de sa gauche.

 

4. Le projet de loi de finances fut mal vendu. Le fameux argument du « 9 Français sur 10 ne seront pas touchés » était mauvais. C’est la Grande Crise. On sait bien qu’il faut faire des efforts, que tout le monde sera touché. Mais cet axe de com’ est inefficace et inutile : ce n’est tant pas l’éventail des ménages concernés qui importe que la répartition et l’intensité des efforts. Pire, cette communication a occulté un véritable acquis du PLF2013, le rééquilibrage de la fiscalité des revenus du capital.

 

5. Les vacances du président étaient normales, inutile d’en rajouter. Il créchait dans un château républicain et non la villa de luxe de sa compagne qui n’en avait pas. Mais mes symboles ont leur limite. De toutes façons, le tweet-gate du mois de juin était encore dans toutes les mémoires. Joli (et injuste) fail de communication présidentielle.

Les lois mal préparées, mal ficelées, retoquées ou auto-détricotées s’appelaient la taxe carbone, le bouclier fiscal, ou la défiscalisation des intérêts d’emprunts immobiliers.

6. Le projet de loi de finances contient quelques petits symboles négatifs alors qu’il présente un réel et inégalé effort de rééquilibrage de la fiscalité sur les plus hauts revenus et ceux du capital : la non-intégration des œuvres d’art dans l’ISF, par exemple, est une erreur… symbolique. Fondamentalement, la mesure n’aurait pas changé la face du monde. Le PLF 2013 comprend d’autres mesures sacrément plus révolutionnaires – osons le terme – que cette chose-là. Mais l’abandon fait tâche. Mais il n’y eut personne, dans le dispositif élyséen ou gouvernemental, pour venir déminer la chose.

 

7. La France de 2012 a manqué de pédagogie. C’est peut-être et sans doute l’unique concession que nous ferons aux Sarko-fans : nous n’avons pas eu le temps de faire la pédagogie nécessaire, à droite comme à gauche, sur la crise et le redressement. Une campagne présidentielle ne s’y prête pas, et c’est bien paradoxal. Les énergies sont mobilisées au combat, pas à l’explication.

 

8. Certains ministres sont trop autonomes, ou tombent trop facilement dans des pièges. Vincent Peillon répondait à une question sur le canabis sans prendre gare à la polémique. Sur le fond, il n’y avait aucune matière à polémique (le ministre réagissait, sans proposer autre chose qu’on réfléchisse aux effets de la pénalisation du cannabis). Mais il aurait dû se méfier. Des journalistes (certains, pas tous) sont affamés de buzz rapide. Et Copé allait forcément enfoncer le clou.

 

9. On pourrait se consoler avec quelques souvenirs de l’ancien monarque de Sarkofrance. Nos ministres s’appelaient Bernard Laporte (il n’est pas le père de qui vous savez), Fadela Amara (le plan anti-glandouille dans les banlieues), Rachida Dati (la fellation), Christian Blanc (les cigares), Alain Joyandet (le bois précieux pour ses bateaux), Brice Hortefeux (les Auvergnats), Christine Lagarde (la baisse de l’augmentation). Les couacs étaient légions et nous nous en amusions. Les lois mal préparées, mal ficelées, retoquées ou auto-détricotées s’appelaient la taxe carbone (retoquée en 2009), le bouclier fiscal (renforcé en 2007, supprimé en 2011), ou la défiscalisation des intérêts d’emprunts immobiliers (votée en 2007, transformée en 2010, supprimée en 2011).

Mais il y a le bruit, le bruit qui domine le reste, le bruit qui n’est pas maîtrisé.

10. Les arguments de riposte sont pourtant là. Prenez la prétendue polémique sur le rapport Gallois. Les sachant répètent partout dans les médias que ce rapport – que personne n’a lu – serait enterré. Mercredi dernier, la porte-parole Najat Vallaud-Belkacem fut évidemment questionnée. Et elle tacla fort justement: « Je vais vous poser une question: est-ce que vous avez lu le rapport Gallois ? » « Euh… non » bafouille le journaliste. « Ces fuites faisaient partie du rapport Gallois… » Puis la porte-parole enchaîna sur la méthode (évaluer, discuter) et la « trajectoire » (ce rapport est une étape).

 

11. La bourde qui vient d’en haut ? Mercredi matin, Jean-Marc Ayrault déclare trop prématurément que le Conseil Constitutionnel a retoqué la loi Duflot sur le logement social parce que la procédure aurait été trop rapide. Sa porte-parole ne peut empêcher un sourire en évoquant cette anticipation. Quelques éditocrates ne cessent de propager cette rumeur depuis lundi. Ayrault « anticipe » donc. Sur le fond, on s’en fiche. C’est même cocasse. On retiendra que l’UMP aura bien joué son rôle d’obstruction contre l’une des premières lois sociales du gouvernement Ayrault. Quand le Ghota protège ses ghettos… tout est possible.

 

12. Sur le fond, le gouvernement… gouverne. Il faut savoir distinguer le bruit du reste: traité européen, collectif budgétaire estival (7 milliards d’euros d’économies), projet de loi de finances (33 milliards), emplois d’avenir, réforme de l’école publique, recrutement d’enseignants, etc. L’observation du mandat donne déjà certains résultats.

Mais il y a le bruit, le bruit qui domine le reste, le bruit qui n’est pas maîtrisé.

 

Photo Mathieu Delmestre : Solfé Communications

 

Tag(s) : #POLITIQUE

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