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La prise en charge de la malnutrition aiguë sévère a connu une révolution ces dix dernières années, avec un développement à grande échelle. Mais des obstacles subsistent, notamment financiers.

On estime que 20 millions d’enfants souffrent d’un épisode de malnutrition aiguë sévère, contribuant pour un tiers de la mortalité infantile. La prise en charge de la malnutrition reste pourtant le parent pauvre de la santé publique au niveau des initiatives mondiales. Dans un rapport paru en 2009, la Banque mondiale indiquait que la lutte contre ce fléau nécessitait 10 milliards de dollars par an. Aujourd’hui, l’investissement se compte plutôt en millions. Le passage à l’échelle du traitement reste limité malgré de nouvelles initiatives. Pourtant, une révolution s’est produite dans la stratégie de prise en charge.

Jusqu’à la fin des années 1990, le traitement de la malnutrition sévère s’effectuait en milieu hospitalier. L’enfant restait environ trois à quatre semaines hospitalisé avec un accompagnant, le plus souvent sa mère. Cela pesait énormément sur les foyers, la mère ne pouvant plus assurer les travaux des champs ou bien la charge de famille.

Les taux d’abandon et donc d’échec du traitement étaient élevés. De plus, les capacités d’accueil des hôpitaux et les ressources humaines qualifiées étaient limitées et ce type de prise en charge exigeait un déploiement de grande envergure consommant d’importants moyens financiers et humains.

Des traitements prêts à l'emploi

Au début des années 2000, le nutritionniste Steve Collins propose de changer cette approche. Grâce à une nouvelle génération de produits thérapeutiques prêts à l’emploi, plus de 80% des enfants atteints d’une malnutrition aiguë sévère sans complications médicales ne seraient dès lors plus hospitalisés. Ils seraient vus chaque semaine et recevraient un traitement médical et une ration de ces aliments prêts à l’emploi.

Les résultats seraient étonnants: une meilleure guérison et moins d’abandons. Avant tout, cette approche permettrait de démultiplier la couverture de traitement. Là où il était possible de traiter 1000 enfants, nous pourrions en traiter 100.000.

En 2005 au Niger, Médecins sans frontières (MSF) effectue un passage à grande échelle de ces projets pilotes: plus de 40.000 enfants seront traités de cette façon. Aujourd’hui, la prise en charge ambulatoire est le protocole de traitement utilisé par presque tous les pays sujets à de graves problèmes de malnutrition. Le Niger soigne ainsi plus de 300.000 enfants par an avec le ministère de la Santé, Unicef et les ONG partenaires.

Une aide localisée

Si le Niger a pu attaquer le problème à grande échelle, il reste encore une marge de progression importante dans d’autres gros foyers de malnutrition. Un certain nombre de difficultés demeurent. En premier lieu, Steve Collins encourageait dès le départ une prise en charge au sein des villages. Si cela est en partie le cas, la prise en charge ambulatoire repose encore aujourd’hui trop souvent sur les structures de santé périphériques. Les mères et leurs enfants doivent ainsi venir en consultation une fois par semaine.

Des progrès peuvent être réalisés dans la simplification du diagnostic et du traitement. Une piste intéressante est de le simplifier en n’utilisant plus qu’un seul outil de diagnostic: le périmètre brachial. Un débat de spécialistes a lieu en ce moment pour accorder les méthodes. Avec un diagnostic simple et utilisable dans les villages, comme c’est déjà le cas à grande échelle en Ethiopie, le traitement pourrait se faire en partie au niveau communautaire, limitant ainsi une surcharge de travail pour les dispensaires qui pourraient se concentrer sur d’autres problèmes de santé.

Travailler sur le long terme

L’accès aux soins participe aussi clairement à lutte contre la malnutrition. Les corrélations sont évidentes entre les épisodes de certaines maladies et ceux de la malnutrition aiguë. Un enfant malnutri sera plus sensible à une maladie et à l’inverse, une diarrhée, le paludisme, une rougeole pourront engendrer un épisode de malnutrition aiguë.

Les améliorations de la prévention des pathologies par un meilleur programme élargi de vaccination, et par exemple la prise en charge communautaire du paludisme rendu possible par les tests rapides et le traitement simplifié, participent à l’amélioration de la prévention de la malnutrition.

Un effort plus important en faveur de la prévention est également une piste de sortie de l’engrenage entraînant chaque année les hauts foyers de malnutrition à soigner des centaines de milliers d’enfants. Il ne faut plus traiter cela uniquement comme un phénomène de crise mais comme une pandémie à laquelle nous devons adapter des politiques et moyens de lutte sur la durée.

L’ancrage de la problématique dans la société civile (soutien aux ONG locales en complémentarité des actions gouvernementales) est un pari que nous prenons pour les années à venir. Il faut pour cela convaincre les bailleurs de fonds d’intégrer la lutte contre la malnutrition dans le développement et ne plus regarder ce phénomène à la seule lumière des crises ponctuelles.

Commerçants, producteurs: jouez le jeu

Cette prévention passera en partie par la lutte contre la pauvreté alliant l’augmentation des salaires, la régulation des prix de l’alimentation de base, les filets sociaux et l’accès aux services de base tels que l’eau potable et l’accès à la santé. Cette prévention doit aussi être faite avec une supplémentation adaptée à la petite enfance. Il est en effet difficile d’équilibrer l’alimentation à la sortie de l’allaitement maternel exclusif, d’autant plus qu’un grand nombre d’enfants souffrent déjà de malnutrition chronique.

Les produits adaptés au traitement et à la prévention de la malnutrition restent chers, fixés sur le prix des marchés alimentaires. Des recherches sont en cours pour en réduire le coût par changement des formules (entre autre la réduction du pourcentage de lait). Une solution pourrait être de réguler le marché pour cette activité en luttant contre les monopoles, de favoriser une utilisation adéquate des surplus, de subventionner les ventes et de convaincre les producteurs, commerçants mondiaux et les régulateurs de jouer le jeu.

La bataille a été gagnée pour la baisse des coûts des antirétroviraux, elle peut l’être pour les produits de supplémentation et de traitement adapté à la petite enfance.

A ce prix, les foyers résistants de la planète en malnutrition devraient progressivement régresser.

Thierry Allafort-Duverger était l'un des intervenants de la table-ronde "La nutrition, un enjeu de santé publique. L'exemple du Sahel", animée par Youphil.com, dans le cadre du forum Pansons le Monde, organisé par l'ONG Acted.

Crédits: DR

source: Youphil

Tag(s) : #SANTE

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