Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Régis Soubrouillard - Marianne | Dimanche 28 Août 2011 à 16:01

La fête n'est pas finie que les premiers effets de la gueule de bois se font sentir. Selon Libération, les principaux gouverneurs militaires de la Nouvelle Libye seraient des anciens du Groupe Islamiste Combattant Libyen. Les historiens écriront-ils que la libération de la Libye fut le résultat d'une alliance de fait entre l'OTAN et les islamistes ? Les services occidentaux s'interrogent sur leurs liens persistants avec la nébuleuse terroriste.



938124-1112825.jpg
Abdul Hakim el-Hasadi, membre d'Al Qaïda a combattu en Afghanistan avant de rejoindre l'insurrection libyenne. Il est le gouverneur militaire de Derna.

Tripoli aux mains d'Al-Qaïda ? A l'heure où les foules en liesse fêtent la fin de 42 ans de dictature, alors que les diplomaties occidentales se félicitent de ce retournement soudain de situation -sans avoir l'air d'y toucher-, poser la question c'est évidemment s'ériger en rabat-joie indésirable.

On soupçonnait l'existence de liens entre les insurgés et l'organisation terroriste. Selon les informations du quotidienLibération un des chefs militaires rebelles, aujourd’hui gouverneur militaire de Tripoli serait un ancien djihadiste. Connu de la CIA sous le nom d'Abou Abdallah Al-Sadek, « il est l'un des fondateurs et même l'émir du Groupe islamique combattant libyen (GICL), une petite formation ultraradicale qui, dans les années précédant le 11 septembre, possédait, au moins deux camps d'entraînement secrets en Afghanistan », rapporte le journal.

Dans les années 2000, le GICL est le représentant exclusif d’Al Qaïda en Libye. « Une grande partie de ses militants tentera de renverser le régime de Kadhafi pour lui substituer un Etat islamique. Des actions terroristes ont ainsi eu lieu à l'intérieur du pays. Les services de sécurité libyens ont, notamment, réussi à déjouer une tentative d'attentat dirigée contre le colonel, avant que ce dernier n'entame une lutte sans merci contre le Gicl et, chose impensable auparavant, des liens ont été noués avec les services de renseignement occidentaux pour lutter contre la nébuleuse Al Qaîda initiée par Ben Laden » écrivait le journal algérienl’Expression en 2007 dans un article sur la progression d’Al Qaïda dans le Maghreb et notamment son implantation en Libye.

Arrêté et interrogé par la CIA à Bangkok en 2003, Abou Abdallah Al-Sadek est livré au régime Libyen et enfermé par le régime de Kadhafi. Ironie de l’histoire, le leader du Groupe combattant islamique libyen (GCIL) et deux de ses principaux lieutenants feront partie des 214 militants emprisonnés libérés par la Libye en mars 2010 dans le cadre d’un programme « de dialogue et de réconciliation » mis en place par Saif Al Islam, le fils de Kadhafi. La réconciliation aura été de courte durée. Un an plus tard, il rejoint l’insurrection. On n'en sait guère plus sur ses liens présumés avec les mouvements islamistes.

LES ISLAMISTES, COMPOSANTE INCONTOURNABLE DE LA RECONSTRUCTION

Fin juillet, le New-York Times rapportait que les « services de renseignement américains, européens et arabes étaient inquiets de l'influence que les anciens du GICL pourraient exercer en Libye après le départ de Kadhafi. Les services tentent d’évaluer leur influence et les liens persistants avec Al-Qaïda ».

La question que la plupart des diplomaties occidentales aimeraient va néanmoins rapidement devenir inévitable comme l’explique dans La Croix le chercheur Kader Abderrahim: « On n’imagine pas les Occidentaux négocier avec les islamistes, fort peu mis en avant par le CNT, mais pourtant une composante incontournable et la seule crédible auprès de la population, car ils incarnent historiquement l’opposition. Or une part d’entre eux nourrit l’islamisme le plus radical. On retrouvait le GICL libyen dans toutes les cellules d’Al Qaida, celui-ci était très présent sur le terrain en Irak en 2003 au moment de l’invasion américaine ».

La plupart des postes de commandement militaires de la Nouvelle Libye (Tripoli, Benghazi, Derna, CNT) seraient ainsi aux mains d'anciens du GICL. Armés jusqu'aux dents. Modérés ? radicaux ? repentis jusqu'où et jusqu'à quand ?

Ancien directeur de la sécurité à la DGSE, Alain Chouet avoue néanmoins une certaine surprise de voir que « les journalistes ne s’étonnent pas que les rebelles ne crient pas « Vive la liberté » quand ils entrent dans une ville mais « Allah Akbar ». Tout le monde a l’air de trouver ça normal. Cette révolution a commencé à Tobrouk à 15 kilomètres de la frontière égyptienne avec des gens qui d’un seul coup ont sorti des canons et des mitrailleuses. Ils ne les avaient pas cachés sous leur lit pendant 40 ans. Quelqu’un leur a fourni. Suivez mon regard…Quand Kadhafi disait « c'est Al Qaïda qui est contre moi », il en rajoutait évidemment des tonnes, mais sur le fond, il n'avait pas tout à fait tort. C'est quelque chose qu'il va falloir assumer ».
source : Marianne
 
Tag(s) : #AIR DU TEMPS

Partager cet article