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Alors que le Sénat français vient d’adopter une loi sur l’agriculture qui laisse la part belle au productivisme agricole, les Etats-Unis ont adopté en mars une nouvelle loi de programmation agricole, le « Farm Bill ». Elle réduit les avantages accordées aux grandes cultures agro-industrielles et ouvre franchement la porte à l’agriculture bioloqique.

 

 

Certes l’agriculture industrielle et le recours massif aux OGM ne sont pas remis en question. Mais, pour la première fois depuis le début du XX° siècle, les cultures de fruits et de légumes, et surtout le bio en général, sont à la fête. Les environnementalistes américains, peu enclins à se déclarer contents, ne cachent pas leur satisfaction. Tout en rouspétant que ça aurait pu être mieux…

Des cadeaux, le secteur du bio en a reçu son compte, on va détailler cela plus loin. Mais il y a surtout, dans ce « Farm Bill » (loi sur l’agriculture), l’abandon des traditionnelles subventions gouvernementales aux seuls céréaliers. Cet ancien système garantissait à ces derniers un prix minimum pour leur récolte, indépendamment de la quantité plantée ou du cours des produits sur le marché mondial.

 

Les Républicains, à droite de l’échiquier politique, accusaient ce programme de fausser le marché libre. Les Démocrates lui reprochaient de pousser les fermiers à cultiver des produits inutiles ou mauvais pour la santé.

Il aura fallu presque trois ans à tout ce monde, rodé au sabotage politique depuis l’élection d’Obama, pour s’entendre sur un système de remplacement des subventions, négocié avec la participation des grandes associations environnementales et de santé publique.

Les sommes colossales qui étaient dévolues aux subventions vont servir à aider les fermiers – tous, même les producteurs de fruits, de légumes, de poules, de lapins, d’écrevisses… – à souscrire des assurances contre les intempéries, les mauvaises récoltes, les variations des cours du marché, ces assurances étant garanties par l’Etat.

Les lobbies écologistes – le mot n’a rien de honteux là-bas – ont été associés aux négociations menées par le Congrès. Avec le soutien du secrétaire d’Etat à l’Agriculture, Tom Vilsnack, qui avait pris son poste en 2009 en claironnant qu’il voulait que « les fermiers préservent la nature », ils ont obtenu que l’accès aux assurances soit conditionné à de bonnes pratiques agricoles.

Voici comment la National Wildlife Federation (Fédération nationale pour la vie sauvage) se félicitait en mars de l’adoption du Farm Bill : « On peut applaudir la clause qui permet l’accès aux assurances gouvernementales aux seuls fermiers respectant des règles précises de travail du sol, de protection des zones humides et des zones vulnérables comme les prairies. Cette clause va contribuer à protéger des millions d’hectares contre l’assèchement, l’érosion, et la dégradation des ressources en eau. » Plus généralement, la loi régule plus sévèrement l’usage des produits phytosanitaires.

« C’est une victoire exceptionnelle », confirme Aviva Glaser, spécialiste des politiques agricoles à la National Wildlife Federation. « Il aurait été impossible d’obtenir cela il y a encore quelques années. » Evidemment, les environnementalistes auraient voulu davantage, par exemple que les plans de protection des prairies naturelles s’appliquent à l’échelle des Etats-Unis, et non dans quelques Etats seulement. « Le Farm Bill n’est pas idéal, mais c’est quand même un sacré progrès pour la préservation de la nature », ajoute Glaser.

Les producteurs de bio, regroupés dans une myriade d’associations plus ou moins militantes, partiellement fédérées sur le plan national au sein de la National Sustainable Agriculture Coalition, ont en janvier accueilli avec réserve le Farm Bill : « La loi contient du bon et du moins bon. Elle prévoit l’investissement de 1,2 milliards de dollars sur cinq ans dans des programmes innovants destinés aux jeunes agriculteurs, à la production locale, à l’agriculture biologique, au développement rural, et à des cultures jusqu’à présent restées dans les limbes [fruits et légumes, ndlr].

La loi conditionne les assurances sur les récoltes à des normes de préservation de l’environnement, et nous prémunit contre toutes sortes de compétitions injustes. Mais en dépit de ces avancées certaines, la loi échoue à réformer les avantages accordés aux grosses exploitations. »


Quelle est donc la situation du bio dans le paysage américain ?

Le 21 mars dernier, le quotidien en ligne Farm Futures, qui suit l’actualité économique du secteur agricole, dressait l’état des lieux de l’année 2011, à partir d’un rapport du secrétariat d’Etat à l’Agriculture (USDA) :

  • 1 million 255 000 hectares de terres cultivées certifiées bio
  • 931 000 hectares de pâturages certifiés bio

La surface des terres cultivées en bio, souligne le site, ne permet pas une bonne évaluation comparative de la valeur relative des produits, dans la mesure où fruits et légumes ne nécessitent pas autant de surface que les céréales. « Un exemple : en 2011 les fruits et légumes ont représenté 43 % des ventes de bio aux Etats-Unis, mais seulement 16 % des terres cultivées en bio. »

Les terres cultivées en bio représentent en gros 0,7 % de la surface agricole globale. Un infime pourcentage des produits américains emblématiques – 0,3 % du maïs, 0,2 % du soja, 0,6 % du blé – sont cultivés en bio.

La consommation de bio est cependant en hausse constante aux Etats-Unis. Elle entraine une hausse régulière du nombre d’exploitants agricoles qui décident de se convertir au bio ou de s’installer en bio. Rien qu’en 2013, 763 exploitants supplémentaires ont obtenu la certification – une augmentation de 4,2 % par rapport à l’année précédente. Selon la USDA, l’industrie agroalimentaire compte désormais 18 513 fermes et entreprises certifiées bio, un accroissement de 245 % par rapport à 2002.

Le Farm Bill ne pouvait faire abstraction du poids croissant du bio dans les modes de vie américains. Le ministre Tom Vilsnack le rappelait le 20 mars : « Avec des ventes au détail estimées à 35 milliards de dollars l’an dernier, l’industrie du bio représente une opportunité économique exceptionnelle pour les fermiers, les éleveurs et les communautés rurales. »

La National Sustainable Agriculture Coalition salue les avancées apportées par le Farm Bill : « L’agriculture bio est correctement servie par la nouvelle loi. Le programme de certification va recevoir 11,5 millions de dollars par an – contre 5 millions auparavant – ce qui permettra de couvrir les coûts annuels des fermiers. Les fonds pour la recherche scientifique sur le bio sont maintenus au niveau de 20 millions par an. »

Des dotations auxquelles s’ajouteront quelques dizaines de millions destinés à l’amélioration des technologies, la collecte de statistiques, à la commercialisation et à l’accès aux assurances.

Finalement, y a-t-il des laissés-pour-compte dans ce Farm Bill, ou bien a-t-il été tricoté pour satisfaire tout le monde ? Le magazine à la mode Modern Farmer, très apprécié par la communauté bio et éthique, identifie quelques perdants :

  •  Les usines à lait géantes : comme les gros céréaliers, elles perdent leurs subventions et sont soumises au nouveau système d’assurances conditionnées à des pratiques correctes. Les petites exploitations accueillant moins de 200 vaches – la plupart bio, de fait – sont favorisées.
  •  Les conditionneurs de viande : ils sont désormais obligés d’indiquer l’origine géographique des bêtes sur l’emballage. Rien à voir avec les détails exigés en France, mais il s’agit d’un progrès considérable, qui va limiter le trafic d’animaux importés et de viandes mélangées.
  •  Les défavorisés, les pauvres, les nécessiteux de l’Amérique, qui touchent des bons alimentaires (food stamps) avec lesquels ils peuvent se fournir en alimentation dans les supermarchés et marchés fermiers, ainsi qu’acheter des graines pour leur potager.

Le Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP), qui existe depuis 1939, placé sous la responsabilité de la USDA, se voit amputé de 8 milliards de dollars sur les dix prochaines années. Le SNAP représente tout de même 80 % du Farm Bill total, lequel représente un total de 956 milliards de dollars à dépenser sur cinq ans.

Reporterre

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