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Voici un excellent article sur les réseaux sociaux en Chine, publié par Céline, expatriée-blogueuse de Chine depuis 2004.
Par Mulder

Depuis quelques semaines je vois fleurir de nombreux articles au sujet des réseaux sociaux en Chine. Est-ce le redoublement d’intérêt pour ceux-ci en Occident avec le récent lancement de Google+ ou bien un réel développement de ceux-ci et attrait auprès des étrangers ici ? Je ne sais pas très bien, mais, étant comme qui dirait “du métier” je me dois d’en faire à mon tour un petit billet.

Surtout que, mine de rien, j’ai un point de vue assez intéressant. Si si !

Car les réseaux sociaux en Chine, ce n’est pas que les réseaux sociaux utilisés en masse par les Chinois. Pour moi cela recouvre 3 grands aspects :

  • Bien sûr les réseaux sociaux utilisés par les Chinois en Chine
  • Mais aussi, ce qu’il en est pour les étrangers en Chine
  • Et les réseaux chinois qui cherchent à s’exporter

 

Les réseaux sociaux des Chinois en Chine

Tout d’abord, et oui : les chinois utilisent bien eux-aussi des réseaux sociaux. Non seulement ils les utilisent, mais ils se les sont vraiment appropriés et adaptés à leur usage d’Internet.

Comme pour tout ce qui forme le Web chinois, ici nos grands noms occidentaux ne valent pas grand chose. Tout comme Baidu et Taobao ont su faire un pied de nez à Google et eBay; ou encore Youku et Tudou à YouTube ; QQ Renren Kaixin en font autant à MSN et Facebook.

Réseaux sociaux en Chine

(c) yaycaffeine

 

Twitter aussi à son pendant chinois, le dénommé Sina Weibo 新浪微博 (littéralement, le micro-blogging de Sina, ça c’est original !). Un vrai phénomène du Web qui rencontrer un succès grandissant auprès des netizens chinois.

Tous ces grands noms bénéficient bien entendu du fameux Great Firewall chinois (lire plus de détails ci-dessous), qui repousse aux frontières de la Chine la compétition du reste du monde. Ainsi ils peuvent se servir royalement sur le gros gâteau des internautes chinois. Et c’est effectivement un gros gâteau : on vient de dépasser les 500 millions d’internautes en Chine ! Rendez-vous compte : autant d’utilisateurs d’Internet en Chine que d’utilisateurs de Facebook dans le monde !

Des intérêts politiques derrière le Great Firewall, mais certainement aussi des intérêts économiques ! Ce n’est pas vraiment mon sujet, mais ça va mieux en le disant. Passons !

 

Un Social Web historique, avec ses propres caractéristiques

Ce qui est sûr c’est que Infographie Social media Chinala composante sociale du Web en Chine n’est pas en reste. Bien au contraire. Selon Sam Flemming, expert du sujet et fondateur de CiC, société spécialisée sur l’étude des réseaux sociaux en Chine, la Chine aurait “le paysage des réseaux sociaux le plus complexe, le plus fragmenté mais aussi le plus développé du monde“, avec ses aspects typiquement Chinois. Pour l’illustrer, il publie d’ailleurs une infographie intéressante qui a le mérite de mettre en perspective le développement de la population Internet chinoise et de ses habitudes depuis les 15 dernières années.

Merci d’ailleurs à Olivier qui l’a portée à ma connaissance dans son blog, même si on était pas d’accord sur l’histoire de la création du Great Firewall ; )

Dans cette infographie, je zoome en particulier sur 2 diagrammes retraçant l’évolution de l’Internet “Social” en Chine, qui montrent tout d’abord que c’est loin d’être un phénomène récent et autour de quelles activités il se structurent.

Infographics Social Media in China Evolution

Infographics Social Media China Penetration

 

Ceux qui manipulent le Web chinois depuis quelques années retrouveront sans surprise la présence historique et persistante des forums, les fameux BBS, qui sont pour moi à l’origine du fort taux de “créateurs” de contenu parmi les internautes chinois, et de cette culture très forte parmi les chinois de se renseigner sur les moindres choses via Internet sur les nombreux BBS et autre Baidu Baike et Baidu Zhidao. En tout cas beaucoup plus qu’en France il me semble, où bien je vis depuis trop longtemps en Chine ? Peut-être pour contrer, consciemment ou pas, ce manque d’information et de canaux d’expression sous la chappe du parti et du gouvernement chinois ? (mais je m’égare..).

 

Je surfe donc je joue, et je partage tout !

Cette analyse se recoupe assez bien d’ailleurs avec une autre, un peu plus ancienne (2009) donnant un panorama des réseaux sociaux en Chine. Cette présentation mets en évidence que l’Internaute chinois cherche avant tout à se divertir (”Entertainment”). Il regarde donc beaucoup de vidéo et passe de nombreuses heures à jouer en ligne. Et les réseaux sociaux chinois le sachant bien, ont développé les activités de jeux sur leurs plateformes. Kaixin en est un très bon exemple. Comme le souligne cette présentation, si plus personne n’est surpris de voir que les sites chinois commencent presque systématiquement par copier les succès occidentaux, très vite ils les font évoluer pour correspondre aux attentes du netizen local.

Reseaux Sociaux Chine Communaute IntegreeAutre intérêt de cette étude est de mettre l’accent sur la forte intégration de ces réseaux. Le moindre phénomène du Web chinois se répand à des millions d’internautes en un temps record. Tout va plus vite et plus fort en Chine, c’est pareil pour le relai des événements viraux du Web. Et s’il y en a qui l’ont très bien compris, ce sont les marques, qui organisent ainsi des jeux sponsorisés sur les réseaux sociaux, et lancent des campagnes virales, à succès ou pas !

 

 

 

 

L’achat groupé : le Tuangou avant Groupon

Ce qui constitue la grande originalité de l’Internet social chinois et en tout cas au moins une forme d’innovation qu’il n’a pas eu à recopier de l’Occident, c’est le concept de l’achat en groupe, appelé ici “tuangou” 团狗.

La formule de l’achat en groupe pour obtenir un meilleur prix s’est fortement développée vers 2008 : enfin c’est la première fois que j’en ai entendu parlé par mes collègues. J’avais un peu du mal à comprendre d’ailleurs, c’était la première fois que j’entendais ça. Bien sûr, au début c’était offline, mais ce fut très vite porté sur le Web.

Du coup, non, je ne crois pas que Groupon ait la primeur de l’idée, peut-être celle d’en faire un business model du Net, et encore c’est pas sûr. Toujours est-il qu’ici, aujourd’hui c’est vraiment une manière répandue d’acheter. Mes collègues réservent les terrains de badminton sur des sites de tuangou. Le plus connu d’entre-eux étant je crois lashou.com 拉手网. Pas étonnant que ce concept marche très fort ici, avec une telle dynamique des réseaux sociaux. Groupon vient d’ailleurs de s’installer, ce n’est pas pour rien, mais il a du fil à retordre avec tous les concurrents féroces et aguerris qu’il va rencontrer.

 

La Chine se met au micro-blogging

Infographie Microblogging Chine par DigimindL’un des derniers phénomènes en date sur l’Internet social chinois c’est Sina Weibo dont je parlais plus haut, et le micro-blogging en général. Les twitter chinois n’auront bientôt plus rien à envier à leur homologue américain, si ce n’est l’auto-censure pratiquée pour réussir à perdurer à l’inverse des premières tentatives qui avaient dû fermer.

Le micro-blogging permet en particulier de créer une passerelle entre le monde du Web et celui du mobile pour la création de contenu. Et quand on connaît la pénétration du mobile et son rôle social phénoménal en Chine, on ne peut pas être surpris du taux d’adoption du micro-blogging en Chine.

Ci-contre, une infographie (un peu petite, désolée) envoyée “gentiment” par Digimind, qui croyait sûrement démarcher une entreprise intéressée. Elle servira au moins ici. On y lit qu’en seulement 2 ans, Sina Weibo a réussi à regrouper déjà 140 millions de membres, et surtout qu’il grossit plus vite que Twitter. Twitter a encore de la marge devant lui pour rester le leader mondial. Mais si un jour il cherche à s’aventurer sur le marché chinois, le petit oiseau bleu pourrait bien devoir ravaler quelques tweets et se faire clouer le bec par une vague de weibos rouges.

Ici en tout cas, Sina weibo est sur toutes les langues de l’écosystème Web local. Je vois aussi régulièrement de la pub pour le réseau social sur les bus de Shanghai. Pas sûre que twitter en soit là même aux Etats-Unis.

La bataille pour ce marché chinois Internet qui fait tant fantasmer s’annonce rude, et ce ne sera sûrement pas pour rien. Les entreprises, les marques vont bien naturellement chercher à en tirer profit. A surveiller comment le phénomène va être repris et faire évoluer les pratiques ici.

 

 

Utiliser les réseaux sociaux quand on est étranger en Chine

Mais quand on est étranger en Chine, à moins que sa propre profession soit dans le Web ou qu’on veuille vraiment se pencher sur le sujet avec un bon bagage de chinois, les réseaux sociaux chinois nous rebutent, passé le cap de la curiosité. Tout simplement parce que nos amis à nous, ils sont de chaque côté de la frontière et que faire venir les uns sur les réseaux sociaux des autres, c’est mission impossible. Alors on passe quand même le plus clair de notre temps sur les réseaux non-chinois, sur lesquels d’ailleurs, nos amis chinois les plus persévérants et ouverts arrivent parfois à se frayer un chemin.

Oui oui, j’ai eu mon compte Kaixin, par curiosité et pour être en contact avec des amis chinois qui l’utilisaient. Mais tout comme QQ, ça a duré un temps et j’ai fini par supprimer le compte, dans un soucis de purge et de recentrage de “ma vie online” nous dirons.

Internet Blocked in ChinaMais pour aller sur un Facebook ou Twitter depuis la Chine, il faut en vouloir. Ces dernières années, c’est bloqué 100% du temps par le fameux Great Firewall, quand auparavant ça ne bloquait qu’aux périodes sensibles pour la Chine. Mais aujourd’hui, pour peu que vous travailliez en relation avec l’occident, que vous exerciez dans le Web, ou simplement, que vous vouliez vous tenir au courant de ce que deviennent vos proches du pays, il est presque impensable de se passer complètement de tous ces outils. Facebook, Twitter, Youtube, ou même tout simplement Google : quel étranger en Chine n’utilise pas fréquemment l’un de ces sites ?


Pourquoi c’est bloqué ?

Le Great Firewall, c’est comme un giga filtre d’Internet placé autour des frontières de la Chine, et qui empêche les internautes de Chine de naviguer sur des sites étrangers “sensibles” au yeux du gouvernement chinois. Auparavant, celui-ci ne bloquait que les sites “incommodants” pour le parti. Je ne vais pas en faire la liste ici, pas franchement envie de me faire bloquer ou repérer !

Oui mais voilà, ça c’était avant, à l’époque du Web 1.0, quand le contenu de chaque site était édité relativement lentement par un webmaster, que l’usage du Web n’était pas si répandu.
Entre-temps, au cours des 5 dernières années, nous sommes passés à l’ère du Web 2.0 : le web de plus en plus édité par les internautes, donc moins contrôlable et ayant vu l’émergence de giga-plateformes ultra populaires dans le monde comme Facebook, YouTube, etc…
Et l’internaute, s’y exprime. Surtout quand quelque chose ne va bien et qu’il faut alerter les autres. Les premiers effets ont été ressentis par la Chine en 2008 lors des événements au Tibet. Depuis, plus de Facebook, plus de Youtube, plus rien… Tout site fondamentalement UGC (User Generated Content = dont le contenu est créé par les utilisateurs du site et non uniquement par son webmaster) échappant au contrôle du parti est bloqué, comprenez les réseaux sociaux hors de Chine.

Great Firewall Comic


La solution

Alors comment faisons-nous : la solution la plus répandue consiste à passer par un VPN, qui reviendrait un peu à creuser un tunnel sous la muraille, en ayant connaissance des endroits où vous pourrez ressortir tranquille de l’autre côté. Ca nécessite un bon équipement et un complice qui aura préparé le terrain pour vous, sans quoi, vous êtes condamné à butter dans le mur.

Pendant longtemps, j’utilisais des proxies ou encore freegate (petit logiciel local qui s’y apparente), mais c’est fortement instable, et quand il faut chercher la bonne IP pendant 15 minutes à chaque fois avant de pouvoir surfer tranquille ou au beau milieu d’une session, cela devient vite fatiguant… bloquant. Au point d’ailleurs que j’avais fini par laisser tomber Facebook fut un temps.

Et puis un jour… j’ai trouvé Astrill (Ce billet n’est pas sponsorisé !). Ca me coûte quelques USD par mois, mais je peux dire que j’ai retrouvé une vie sur le web grâce à cet outil, qui ne me fait plus défaut depuis au moins 18 moins. Je vous le recommande donc chaudement. Ca change la vie et l’approche de la session internet quotidienne, et en plus ça marche sur iPhone ; )

 

Les réseaux sociaux chinois à l’étranger

Pour le plus grand des réseaux sociaux chinois, le bien dénommé QQ de Tencent, la Chine ne suffit plus. Depuis plus d’un an, le géant de la messagerie instantanée et du Web en Chine se lance à l’étranger et tente de séduire les occidentaux avec une version anglaise et internationalisée de son logiciel, sorte de MSN chinois avec un pingouin : QQ international.

Au laowai qui a déjà tenté d’utiliser QQ (même en anglais dans une version précédente), ça pourra faire sourire. QQ c’est MSN en plus kitch “tout plein de goodies et de custo à gogo, youpeeeee !”. Ca va bien 5 minutes pour papoter avec les amis chinois qui n’ont vraiment que ça, mais sans plus merci. Enfin c’est mon expérience. Je préfère de loin mon Skype sobre (si si comparé à QQ) et que mes contacts utilisent en plus !

QQ International

Bien sûr QQ compte en fait sur la diaspora chinoise autour du monde pour répandre QQ au-delà des frontières de l’empire du milieu. Je suis assez curieuse de voir ce que ça donne, en termes de taux de pénétration parmi les populations non chinoises.

Mais c’est une tendance à surveiller, je suis bien certaine que ce ne sera pas le seul géant de la toile chinoise à tenter l’incursion au-delà de la protection du Great Firewall, surtout si elle s’avère positive. Enfin l’OMC je l’espère viendra mettre son grain de sable parce que c’est bien gentil de vouloir aller essaimer ailleurs, mais si on met des bâtons dans les roues à ceux qui veulent en faire autant chez soi, c’est pas très fair-play tout ça, n’est-ce pas ?

 

Bien entendu je vois midi à ma porte. Face à ma petite lucarne sur Internet, j’aimerais surtout voir plus d’étrangers réussir à percer cette maudite muraille du Web. Mais les déboires de Google ont certainement calmer les ardeurs. Cependant on entend déjà parler de rapprochements. Baidu et Bing ont déjà avancé du côté des moteurs de recherche, tandis que du côté des réseaux sociaux Facebook s’enquiert de Sina, mais discute JV (Joint Venture) surtout avec Baidu. Les beaux jours des réseaux sociaux en Chine ne seront-ils que l’affaire des chinois : affaires à suivre !

publié par Céline

Source: blog.celine-en-chine.com

Tag(s) : #INTERNET - COMMUNICATION

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