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8 jours, 7 nuits, que les Indignés français squattent la Grande Arche de la Défense, à côté de Paris. Alors que leur lutte semblait perdue d’avance, environ 400 personnes s’y sont retrouvés, vendredi 11 novembre.

Les Indignés à la Défense

par Anaëlle Verzaux

Grande Arche, la Défense. Tours gigantesques, Areva, SFR, GDF-Suez, Coeur Défense, Technip, surplombent ce coeur des affaires, orné de vastes toiles blanches, à l’image d’un navire froid. A la dérive. C’est la crise. « Mais, s’exclame une quarantenaire indignée, de quelle crise parle-t-on ? ». Pour les quelques 400 personnes [1] réunies là en arc de cercle autour d’un micro, la crise du système capitalisme est intrinsèque au système lui-même, qu’il faut changer, pacifiquement. « Les petits coeurs roses collés sur nos dos, ce sont nos armes », entend-on. Mais sans concession.

Gérald, un informaticien, est venu le matin, apporter de la soupe aux campeurs. « Toute réforme du système est inutile. Ca fait plaisir de voir un mouvement qui part de la base. C’est grâce à des assemblées populaires comme celle-là qu’on pourra changer les choses ». Gérald a deux jeunes enfants. « C’est dur de leur dire qu’il faut bien travailler à l’école, quand il n’y a pas de boulot, ni d’avenir ».

Les Indignés français commencent à s’organiser. Step by step. Pourtant, les jours précédents furent très pénibles. Sept jours et six nuits durant, seuls des convois de CRS, aussi nombreux que les campeurs, répondaient à leur appel. Pas une tente ne pouvait se monter sans se faire démolir, même les couvertures étaient arrachées. L’accès à l’eau chaude a été coupé. Jeudi soir, 80 indignés s’endormaient dans le froid, épuisés, par la fatigue d’une résistance vaine, apparemment.

La brume envahit le parvis. Mais les Indignés sont toujours assemblés. Tour à tour, certains prennent la parole. Les autres activent leurs bras, crient parfois, en signe d’approbation ou pas.

« Le mouvement des indignés, c’est un processus de prise de conscience qui passe d’une communauté démocratique à l’autre. De ville à ville, de peuple à peuple, on va s’unir, on va faire une assemblée populaire mondiale et on va changer le monde ! C’est la mission de notre génération ».

« Je voudrais rendre hommage aux Espagnols, aux Grecs, aux Tunisiens, aux Libyens, aux Syriens. Et aux Marocains, qui proposent de manifester le 29 novembre, devant toutes les ambassades marocaines du monde, contre leur régime insupportable ».

« On paie toujours pour les 1% de riches, c’est toujours nous, les 99 %, qui payons pour les 1 %, voilà j’en ai marre ! ».

Un intermittent du spectacle se lève : « Résistance. C’est un beau mot. Pour une évolution, il faut une révolution. Pour un éveil, il faut un réveil. En ce jour du 11 novembre, j’ai une pensée particulière pour tous nos vieux résistants, les Mutins de la Première Guerre Mondiale et les autres. Merci aux Indignés du monde entier, qui s’inscrivant dans cette continuité, se sont levés. Nous allons mettre fin à cette Ve République, créer une VIe République. Nous allons mettre fin à cette Constitution ! » Il se retire sous les ovations de la foule.

Une femme rappelle ensuite que lundi 14 novembre, « on attend le rendu du jugement de onze indignés, qui avaient été interpellés pour dégradation de biens publics ». Puis elle donne rendez-vous à 9 heures, devant le Palais de Justice de Paris.

François, 24 ans, roux, la tête couverte d’une casquette de marin, dort là depuis lundi. Il se fait applaudir, bégaie un peu. « Quand j’ai vu tout ce monde arriver, je n’ai pas pu retenir mes larmes. Merci et courage ! » Puis François rend hommage à Mayotte, aux Comores, qui vivent « l’enfer ». Et chante en créole, à la résistance.

Ca part un peu dans tous les sens. Comme en Espagne, chacun a rangé son drapeau dans la poche. Pas de partis politiques, sinon « on se ferait récupérer », explique une indignée espagnole aux cheveux oranges.

Pourquoi le mouvement ne prend pas davantage en France ? Gérald a son explication : « Ici, on a encore un minimum de tremplins, la situation n’est pas encore aussi catastrophique qu’en Grèce, en Espagne, en Italie ou aux Etats-unis ». Une jeune femme prend le micro : « J’ai l’impression qu’il manque quelque chose au mouvement en France. Il faut impulser des luttes, faire de grandes grèves, comme aux Etats-unis. On pourrait, à terme, faire une grève mondiale ! » Fanfare d’applaudissements.

Cours de step improvisé

Step by step… En attendant la prochaine assemblée populaire, un groupe propose d’improviser un cours de step, sur les marches de la Défense. Une trentaine de personnes suit les mouvements d’un homme leader ès gymnastique. Allez, en musique ! Et tous se mettent à chanter : « A droite, à gauche, même combat ! ». Les CRS s’avancent, en courant. Les sportifs cachent peut-être des armes à feu ! La lutte reste un sport de combat.

[1] 400 personnes selon l’AFP, 1000 au total, selon les Indignés

source: bakchich.info

Tag(s) : #Crise de l'Euro

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