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Au départ, ils n'étaient qu'une poignée d'activistes à manifester contre les excès de la finance. Mais le mouvement, loin de faiblir, s'étend.Jusqu'où ? 

 

  Les indignés de Wall Street

Un manifestant arrêté dans la 12e rue à New York en septembre.© Jefferson Siegel / Sipa

 

 

 

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Après le Printemps arabe, l'Automne yankee ? Depuis presque trois semaines, des manifestants campent dans un square près de Wall Street, à New York, pour protester contre l'emprise des banques et du grand capital et la situation économique inquiétante. "Nous sommes les 99 % de la population qui ne tolérons plus la rapacité et la corruption des 1 % restants. Nous nous servons des tactiques révolutionnaires du Printemps arabe pour arriver à nos fins et nous encourageons l'usage de la non-violence", explique le site du mouvement OccupyWallSt.org.

 

Tout a commencé en juillet par un appel d'Adbusters, un magazine canadien anticonsumériste, qui poste sur son site un appel à manifester contre Wall Street et les banques qui ont renoué avec des bénéfices obscènes et les pratiques douteuses après avoir profité du renflouement public. Dans la foulée, un groupe new-yorkais organise une manifestation le 17 septembre devant Wall Street. Leur objectif est d'occuper la rue, mais la police les repousse : ils vont s'installer dans Zuccotti Park, un petit square non loin de là, qu'ils rebaptisent "square de la Liberté" en référence à la célèbre place du Caire.

Pas de revendications claires

 

Depuis ils occupent le coin et leur nombre ne cesse de grandir. Au départ, ils étaient entre 100 et 300, mais ce week-end plusieurs milliers sont venus défiler et le mouvement de rébellion fait tache d'huile dans tout le pays : Boston, Chicago... La plupart sont jeunes, beaucoup d'étudiants et de chômeurs. Ils viennent grossir l'habituelle foule d'altermondialistes et de vieux hippies. L'occupation du square a d'ailleurs une atmosphère festive à la Mai 68 avec des joueurs de guitare et des gens qui chantent. Hier, ils ont défilé déguisés en "capitalistes zombies", en costume-cravate et maquillés de blanc, en train de mastiquer de faux billets de banque.

 

Malgré ses dires, le mouvement Occupy Wall Street n'a qu'un lointain rapport avec les révoltes arabes. Et pas seulement parce que les manifestants de New York ne risquent pas leur peau. Certes, beaucoup de ses membres sont jeunes, désenchantés et leur coalition n'a pas de leader. Mais ils n'ont pas de revendications claires. C'est une collection de frustrations diverses. Frustration contre le système capitaliste et les grands groupes qui ont trop de pouvoir et limitent le droit des syndicats, révolte contre les patrons de banques et leurs bonus "exorbitants", contre les entreprises qui ont "empoisonné la chaîne alimentaire par négligence" et surtout anxiété face au manque d'emplois. "Où sont les emplois ?" clame une pancarte ; "Le capitalisme est le crime organisé", affirme une autre ; "Fermez la Fed", demande une troisième ; "Robin des bois avait raison"... "Ma priorité, dit une dame blonde, est qu'on augmente les impôts des plus hauts revenus. Je suis folle de rage que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres."

700 arrestations

 

À l'image des campeurs de Madrid ou Tel Aviv dont ils s'inspirent, ces "indignés" américains n'ont pas de chef, mais sont en revanche très organisés. Au centre du square, ils ont installé une cantine où est distribuée la nourriture donnée par les sympathisants de tout le pays. Il y a aussi une bibliothèque, un petit centre de soins, des psys pour traiter les chômeurs au bout du rouleau. Il y a même une boîte à lettres installée dans un magasin proche, qui reçoit des lettres de supporteurs et des paquets. Certains ont envoyé des piles, des brosses à dents, des ananas frais... Ils ont aussi créé leur propre journal, l'Occupied Wall Street Journal, lancé par deux journalistes qui ont levé 12 000 dollars, disent-ils, grâce à Internet. Mais les manifestants sont surtout très organisés pour diffuser leur message. Au milieu du square, ils ont installé un centre média où sont posés plusieurs ordinateurs qui relaient les évènements par vidéo live, chat, blogs, Facebook, Twitter...

 

Les rassemblements ont été à peu près pacifiques jusqu'au week-end dernier. 700 militants ont en effet été arrêtés pour avoir bloqué la circulation sur le pont de Brooklyn, refusant de prendre le passage pour les piétons malgré les mises en garde de la police. Dans le même temps se sont tenues des manifs à Chicago, Boston, Los Angeles et dans d'autres villes. Du coup, après avoir longtemps ignoré le mouvement, dont ils ne savent pas très bien quoi penser, tous les médias se mettent à en parler. Susan Sarandon et Michael Moore sont venus faire un tour et le financier milliardaire George Soros a déclaré sa sympathie aux militants.

Tea party de gauche ?

 

Ce qui n'empêche pas les critiques. Le magazine de gauche Mother Jones reproche l'absence de message clair et la très faible mobilisation. "Jusqu'ici, c'est plus un mouvement de rêveurs que de classes moyennes qui ont du mal à joindre les deux bouts." Et c'est vrai que même avec 2 000 manifestants, cela reste confidentiel à l'échelle d'un pays de 312 millions d'habitants.

 

Certains y voient une sorte de Tea Party de gauche. Comme le mouvement populiste d'extrême droite, ils sont en colère, se battent contre la corruption et le pouvoir des banques. Mais même si la manif entame sa troisième semaine - un quasi-exploit dans un pays qui descend rarement dans la rue - on est encore loin de l'organisation et de l'influence du Tea Party.

 

En attendant, ils n'ont pas l'intention d'arrêter. Mercredi les syndicats devraient les rejoindre à la fin de leur défilé. "On va rester aussi longtemps que l'on pourra", assure Kira Moyers-Sims, 19 ans. Dorian Warren, professeur de Science politique à l'université Columbia, estime que le mouvement a des chances de continuer à grandir. "L'opinion publique est mécontente. Huit Américains sur dix ne sont pas satisfaits de la direction que prend le pays." Combien de temps peuvent-ils tenir ? "Attendez que la température tombe à 10 °C et tout s'arrêtera", répond, fataliste, un manifestant

 

Source : Le Point.fr

 

Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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