La nourriture proposée sur le site lyophilise.fr peut se stocker jusqu'à 25 ans.
Tétanisés par la peur de l'avenir, les Français stockent de la nourriture en vue de faire face à une éventuelle crise dans le pays. Le secteur de la nourriture déshydratée est en plein boom.

Ils portent un nom, pas toujours assumé: celui de survivalistes. Ces personnes qui cherchent à se protéger d'une catastrophe économique ou naturelle susceptible de les placer dans une situation de survie. Le phénomène, bien connu outre-Atlantique, prend de l'ampleur en France, comme en témoignent les nombreux sites de conseils en survie qui émergent sur la toile ou encore le succès des programmes télévisés tels que «Man vs Wild». Cet engouement fait les affaires d'un secteur de niche: celui de la vente de nourriture lyophilisée ou aliments déshydratés qui se conservent de 2 à 25 ans.

Si les consommateurs de base restent issus d'un public «outdoor» (sportifs, militaires ou encore ONG), les particuliers sont de plus en plus nombreux. «Nous avons introduit des produits d'une durée de conservation de 10 ans et 25 ans il y a un peu plus d'un an, sous la pression de la demande. Nous avons vendu 85.000 de ces repas individuels destinés au stockage sur cette période», fait savoir Ariane Pehrson, fondatrice du site de vente en ligne lyophilise.fr né il y a deux ans et demi à Lorient, leader de la distribution de ces produits en France.

Malgré le coût des ces aliments - entre 4,50 et 6,50 euros le repas - ses clients n'hésitent pas à ouvrir leur portefeuille, comme cet homme qui a acheté pour 30.000 euros de provisions. «A ce prix, il a pris un an de stock confortable (petit déjeuner, plats, desserts) et un an de stocks de survie (un repas par jour)», précise la fondatrice du site. «Ces produits coûtent cher car la technique de lyophilisation est coûteuse. Mais pour les clients, c'est un investissement. Et ils préfèrent ces aliments aux conserves qui se périment vite et qui ne sont pas bonnes», ajoute-t-elle.

«Des gens pas du tout illuminés»

Le profil de ces nouveaux acheteurs est varié: «Des couples, des familles, des jeunes. Une minorité évoque la fin du monde à la fin de l'année 2012, mais la grande majorité achète au cas où il y aurait une crise grave ou une catastrophe naturelle qui paralyserait la distribution. Ce sont des gens pas du tout illuminés, très rationnels mais aussi très discrets, qui ne veulent pas forcément que le voisinage sache qu'ils stockent», remarque Ariane Pehrson, qui a vu ses ventes faire un bond après la catastrophe de Fukushima. «La France ne fait qu'entrer tardivement dans un phénomène déjà très rependu en Grande-Bretagne ou en Allemagne», explique-t-elle. «Les Français comprennent qu'ils ne peuvent pas toujours compter sur le système en cas de problème».

Pour le moment, le secteur de la nourriture de stockage en France est difficilement chiffrable car «c'est un marché tout neuf, très dispersé et très discret», selon la patronne de lyophilise.fr. Seule certitude: sa croissance est très forte. «Les particuliers qui stockent de l'alimentaire représentent aujourd'hui 40% de notre chiffre d'affaires, un nombre en constante augmentation», affirme la patronne de lyophilise.fr. Sa plateforme est actuellement la seule à regrouper les produits de plus de 15 fournisseurs différents, dont les très recherchés suisse-allemand Katadyn et la filiale britannique de l'américain Mountain House, références mondiales de la nourriture lyophilisée très longue durée. «En France, nos ventes ont doublé en un an», assure Nathalie Joubert, responsable marketing de Katadyn France. «Nous avons du mal à faire face à la demande. Les ventes augmentent de 200 à 300% chaque année», confirme Diana Morris, responsable chez Moutain House. Les concurrents (Décathlon et Au vieux Campeur notamment) restent pour l'instant tournés vers de la nourriture à conservation courte durée. En attendant une concurrence plus accrue, Ariane Pehrson se dit «confiante» dans l'avenir.