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Les exportations d'armes : nouvelle priorité d’Angela Merkel


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Eric Talmadge/AP/SIPA

 

Pour soutenir la machine à exporter allemande, Angela Merkel mise désormais sur l'industrie de l'armement. Dans un document envoyé à Bruxelles, la Chancelière demande que les "intérêts économiques" soient pris en compte au même titre que les «considérations de politique de sécurité". Alors même que plusieurs grands "marchands de canons" sont suspectés de corruption en Grèce.

Quel État vend d’abord des armes à un dictateur avant de voler au secours de ses victimes ?

La question volontairement provocante signée du Abendblatt (20 octobre), le journal du soir d’Hambourg, mettait clairement en cause la politique étrangère allemande en Libye. Mardi 8 novembre, Der Spiegel, révélait qu'Angela Merkel s'efforce de faciliter les exportations d'armes allemandes.

L’hebdomadaire au million de lecteurs a rendu publique une note de la chancelière allemande à la Commission européenne:

Les efforts pour prévenir la prolifération et l’accumulation d’armements ne doivent pas entraver ou gêner le commerce légal, particulièrement dans les relations économiques avec les nouvelles puissances régionales

D’après ses informations du Spiegel, "les exportations d’armes sont devenues l’un des axes de l’administration Merkel" pour soutenir la machine à exporter. Après que l’Allemagne a progressivement coupé ses budgets militaires - notamment dans le cadre du plan d’austérité de 2010 - les marchands d'armes sont contraints de chercher des débouchés ailleurs. Et la Chancelière semble décidée à ne pas laisser tomber cette filière au combien lucrative.

Le client est roi

L’année 2010, marquée par de nombreux conflits armés dans le monde, a vu les dépenses mondiales en armement atteindre 1 114 milliards d’euros. Une augmentation de 56% par rapport à l’année 2000. Un marché juteux sur lequel Berlin réalise une progression canon: entre 2005 et 2010, les ventes d’armes en provenance d’Allemagne ont atteint 15 milliards d’euros, soit le double des cinq précédentes années.

D’après le rapport 2010 de l'Institut international de recherche pour la paix (SIPRI), l’Allemagne grimpe désormais sur la troisième marche des pays exportateurs de chars, sous-marins et autres munitions.


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Les principaux pays exportateurs d'armes, en 2010.

Si jusqu’en 2010, les exportations d’armes allemandes étaient destinés à des pays considérés comme "respectables", un accord portant sur la vente de 270 tanks allemands à l’Arabie Saoudite fait tâche. Ce contrat de 5 milliards d'euros, signé en juillet dernier, n'a pas été confirmé par les autorités allemandes. Ni infirmé.

Même s’il est considéré comme un pays allié des occidentaux au Moyen-Orient, le royaume saoudien était toujours classé, l'an passé, en 160ème position des pays démocratiques, par le journal britannique The Economist. Autrement-dit, dans la catégorie "Régimes autoritaires".

L’Arabie Saoudite a par ailleurs été reconnu coupable d’avoir envoyé 2 000 hommes et une division de tanks au Bahreïn et réprimé dans le sang les manifestations hostiles au Roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa, en mars 2011.

La diplomatie des contrats

La décision d’autoriser les ventes d’armes à l’Arabie Saoudite, prise en catimini par Angela Merkel et le Conseil fédéral de sécurité le 27 juin dernier, est un virage historique: jusqu’ici l’Allemagne s’interdisait toute exportation d’armes vers les "régions en crise".

En février 2011 déjà, le voyage en Inde de Karl Theodor Zu Guttenberg, alors ministre de la Défense, avait suscité l’émoi d’une partie de la classe politique allemande. Il était alors question de 126 hélicoptères de combat Eurofighters pour un total de 7,3 milliards d’euros. Un contrat qui n’a pas encore été signé, New Delhi testant également les Rafales du français Dassault.

Alors que l’Inde entretient des relations tendues avec son voisin Pakistanais, la co-présidente des Verts en Allemagne, Claudia Roth avait dénoncé "une sortie incontrôlée des principes allemands en matière d’exportation d’armes" et s’inquiétait que

le fringant Guttenberg lance une course à l’armement (…) dans une région hautement instable.

Le voyage du ministre des Affaires étrangères de l’époque avait pour but de rééquiper l’armée de l’air indienne, il était alors question de 126 Eurofighters pour un prix de 7,3 Mds d’euros. Un contrat qui n’a pas encore été signé, l’Inde testant également les Rafales du français Dassault.

Touché coulé

Ces dernières semaines, les groupes d’armements ou de technologie militaires, d'ordinaire si discrets, ont pâti d'une publicité dont ils se seraient volontiers passés.

Le parquet de Munich, qui a ouvert une enquête, portant sur un contrat passé avec la Grèce d’un montant total de 3 milliards d’euros pour la fabrication sous licence de quatre submersibles allemands. Ferrostaal et HDW, filiale du géant ThyssenKrupp, auraient versé 83 millions d’euros de dessous-de-table pour remporter cet appel d’offre. Thyssenkrupp cherche désormais à quitter le navire et, toujours selon les informations du Spiegel, souhaite mettre fin "dès que possible" à son assiociation avec Ferrostaal.

Ce cas ne serait pas unique. Athènes avait, en effet, pris l’habitude de dépenser bon an, mal an, 3 à 4 milliards d’euros en achats d’armement. De 2004 à 2008, près du tiers de ses commandes étaient passées à des entreprises allemandes. Après avoir fermé les yeux pendant des années, la justice grecque a enquêté sur plusieurs affaires impliquant des groupes allemands et elle a vite découvert que des paiements douteux avaient été effectués vers des paradis fiscaux comme Chypre, le Libéria ou l’Autriche.

Du matériel de surveillance vendu à la Syrie

L’hebdomadaire Der Spiegel a ainsi révélé qu’un intermédiaire grec aurait reçu 60 millions de dollars à Nevis et dans les îles vierges britanniques pour son travail de "consultant" auprès de Krauss-Maffei Wegmann (KMW) au moment même où la compagnie allemande décrochait à Athènes une commande de 170 tanks pour un montant proche de 1,7 milliard d’euros. Le rapport de cause à effet est vite fait…

Autre groupe mise en cause cette semaine, l’entreprise informatique Utimaco: cette société spécialisée dans la protection et la sécurité des données est soupçonnée d’avoir livré du matériel de surveillance à la Syrie. La société dément avoir directement fournit ses services au régime de Damas, mais confirme en avoir vendu à l'entreprise italienne Area qui, elle, aurait offert ses services à Bachar al-Assad.

Marc Meillassoux (Berlin)

Source : myeurop.info via "wikistrike"

Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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