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Des associations et des marques proposent d'aider les plus démunis à s'équiper pour l'école.

 

Confiants, les parents d'élèves et les enseignants en ces temps de rentrée ? Si l'inquiétude se mesurait au nombre de contrats d'assurance souscrits, et aux garanties que ceux-ci proposent, la réponse serait sans doute nuancée.

La Matmut a enrichi son offre scolaire, lancée fin juin, d'une couverture... contre le racket.

 

Le petit sketch du duo d'humoristes Chevallier et Laspalès, complices de l'assureur, diffusé sur les ondes de Radio France, a fait mouche semble-t-il. "Tu sais qu'il y a du racket à l'école ?

- Pour jouer au tennis ?

- Non, du racket, des vols quoi !

- Ah... Des vols avec agression..."

 

A la veille du 4 septembre, déjà 15 000 contrats avaient été signés.


"Une réponse concrète à une situation de plus en plus fréquente", affirme Dominique Filsjean, directeur groupe au sein de la direction générale adjointe production de la Matmut, qui se défend de tenir un discours alarmiste.

"L'assurance scolaire n'est pas obligatoire, mais vivement conseillée aux parents, rappelle-t-il. Nous couvrons le vol avec agression - vêtements, cartables, fournitures... -, le racket y compris sur le trajet de l'école, et proposons une assistance psychologique, voire des cours à domicile." Coût du contrat : 21 euros par élève. "De la maternelle à 20 ans, précise M. Filsjean. Pas besoin d'agression physique : des pressions verbales sur l'enfant permettent la mise en jeu de la garantie."

Une offre nouvelle ? La MAE, numéro un de l'assurance scolaire, a inclus ce type de couverture dans toutes ses formules - dès 9,90 euros par an - depuis... 2001. Pour Cyrille Chartier-Kastler, du cabinet de conseil Facts & Figures, le racket fait néanmoins "partie des offres émergentes d'assurance". "La garantie racket, en soi, fait sens, explique-t-il, mais il faut que l'enfant ose se confier à ses parents, puis que la famille ose porter plainte. Cette "officialisation" de l'agression n'est pas toujours simple dans les quartiers dits sensibles."


"LA BONNE QUESTION : COMMENT APAISER LE CLIMAT SCOLAIRE ?"

Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE, la principale fédération de parents d'élèves, ne nie pas que ce type d'offre répond sans doute à une attente. "La prise en compte de la violence à l'école, des effets - parfois terribles - des petites agressions quotidiennes subies par certains élèves est plutôt une bonne chose, reconnaît-il. Mais il faut se poser la bonne question : comment apaiser le climat scolaire ? Pointer le problème de manière crue ne suffit pas."

Craint-on une recrudescence des phénomènes de harcèlement, dont le racket fait partie ? "Statistiquement, on est plus ou moins au même niveau depuis les années 1990", rappelle Eric Debarbieux. Ce professeur à l'université Paris-Est Créteil, président de l'Observatoire international de la violence à l'école, a piloté le rapport tout juste remis au ministère de l'éducation sur "le climat scolaire". "Les enquêtes les plus récentes, en 2010 et 2011, ont rappelé que les problèmes se concentrent sur 10 % des élèves en élémentaire comme au collège, dit-il. Et que pour 5 à 6 % d'entre eux, le harcèlement est sévère, l'école pouvant être vécue comme un cauchemar. Mais la grande majorité des élèves s'y sentent bien." Pas de quoi s'alarmer, donc, mais pas de quoi se réjouir non plus.


"UN PROFESSEUR DU PUBLIC SUR DEUX PROTÉGÉ EN CAS D'AGRESSION OU D'ACCIDENT"

Du côté des professeurs et des personnels, on semble aussi préférer prendre les devants : l'Offre métier de l'éducation (OME) proposée depuis 2008 par la MAIF, assureur historique des enseignants, en partenariat avec la Fédération des Autonomes de solidarité laïque, a recueilli en quatre ans... 460 000 adhérents. Leur profil ? "Des professeurs du primaire, de collège et de lycée, auxquels s'ajoutent des personnels de direction, des conseillers principaux d'éducation, des documentalistes..., liste Dominique Thys, vice-président de la MAIF. Au total, nous protégeons un professeur du public sur deux, en cas d'agression ou d'accident, qu'il soit victime ou responsable."

Coût de la couverture des risques professionnels : 39 euros. Mais de quels risques parle-t-on ? "En élémentaire, ce sont plutôt des conflits enseignants-parents", explique Roger Crucq, président des Autonomes de solidarité laïque, association créée en 1903 pour la défense des intérêts des enseignants. "Au collège, c'est plus la relation professeur-élève qui peut poser problème, parfois aussi la relation entre collègues." Ces conflits entre enseignants sont, selon M. Crucq, en "légère" augmentation : ils représentaient 6,7 % des 5 052 dossiers traités par les Autonomes de solidarité laïques en 2010-2011, contre 5,9 % en 2009-2010. Autres risques : ceux pesant sur les chefs d'établissement et les directeurs, qui "représentent 6 % de nos adhérents, mais sont concernés par 20 % des dossiers", pointe M. Crucq.

En quatre ans, au total, 8 900 accidents corporels ont été enregistrés, 12 000 dossiers de protection juridique - dont 4 100 pour insultes et menaces -, et 4 500 dossiers en responsabilité civile. "On a dû traiter 25 000 dossiers, mais en désamorcer tout autant, souligne M. Thys. Le métier me semble certes exposé. L'est-il de plus en plus ? Je n'ai pas la réponse.""Ce qui est certain, ajoute M. Crucq, c'est que l'école n'est pas un sanctuaire et, dans une société où l'on fait de plus en plus appel à la justice, elle n'échappe pas au mouvement."

Du côté des profs, on met en avant que s'assurer est une pratique ancienne. Qu'elle n'atteste en rien d'une peur d'enseigner. "La vraie parade contre les conflits dans les établissements reste le collectif, la cohésion des équipes, rappelle Bruno Mer, du SNES-FSU, majoritaire dans le second degré, et cette cohésion a été fragilisée par la dégradation des conditions de travail."

Christian Chevalier, du SE-UNSA, salue la création des 500 assistants de prévention et de sécurité (APS), qui devraient être déployés dans les établissements après la Toussaint. 500 adultes supplémentaires pour apaiser, dans les établissements les plus exposés au phénomène de violence, le climat scolaire : la mesure doit faire ses preuves.

Mattea Battaglia  source

Tag(s) : #VIE QUOTIDIENNE

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