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Réponse à la récente interview de Philippe Chalmin publiée dans Atlantico. Non seulement une essence à deux euros le litre ne devrait pas décourager les Français de prendre leur voiture, mais en plus ce prix pourrait encore augmenter...

 

Thomas Porcher

 

Thomas Porcher est Docteur en économie, professeur en marché des matières premières à l'ESG-MS et chargé de cours à l'université Paris-Descartes.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages notamment "l'indécence précède l'essence" ed. Max Milo sortie le 9 février 2012.

 

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A lire sur ce même sujet :
Sans Plomb à deux euros : "L’ère de l’essence pas chère est terminée"

 

Atlantico : Ce mardi quelques stations parisiennes ont franchi le tarif jusque-là très abstrait des deux euros le litre de sans plomb. Allons-nous vers un point de non retour qui freinera la consommation des Français?

Thomas Porcher : Malheureusement non, car pour beaucoup de Français le fait de consommer ou non de l’essence ne relève pas d’un choix mais d’une dépense contrainte c'est-à-dire qu’ils sont obligés d’utiliser leur voiture pour aller travailler et qu’ils ne bénéficient pas d’infrastructures de transports suffisantes.

Certes les habitants de Paris ou de grandes villes vont pendant un certain temps diminuer leur consommation en utilisant moins leur voiture ou en privilégiant les transports en commun. Mais en réalité, en France, très peu de personnes ont la chance de pouvoir se passer complètement de leur voiture d’où les réactions à chaque hausse des prix.

Si les Français passent ce cap et que les deux euros deviennent une réalité courante, jusqu'où cette tension sur les prix sera soutenable. Peut-on imaginer des consommateurs attachés à l'essence alors quelle franchit un nouveau palier à 2.50 voire 3 euros?

Oui, car le prix de l’essence, comme le prix des autres biens, est d’abord un prix psychologique qui affecte uniquement le comportement des consommateurs sur le court terme. Rapidement, ce prix, même s’il est reconnu comme trop cher, n’affecte plus la consommation.

Prenons l’exemple du prix d’une place de cinéma : tout le monde s’accorde à dire que le prix de la place est trop cher surtout si on la compare au prix qu’elle était il y a 10 ans. Pourtant malgré ce prix élevé, 2011 est une année record en termes d’entrées dans les salles de cinéma en France. Le même phénomène arrivera avec l’essence, les prix d’aujourd’hui étaient impossibles à imaginer il y a 10 ans, il y a eu la barre des 1,5 euro, il y a la barre des deux euros et si personne ne fait rien, il y aura celle des 2,5 euros, 3 euros ...

Entre t-on définitivement dans une nouvelle ère de la consommation d'essence ?

Sans une volonté des pouvoirs publics notamment sur la création d’une nouvelle composition des prix de l’essence qui repartagerait mieux la taxe entre le consommateur et le pétrolier et entre le consommateur actif et passif, il n’y aura aucun changement sur les modes de consommation.

Il y a à peine dix ans quand le prix du pétrole était à 25 dollars, beaucoup nous disait qu’un prix du pétrole élevé permettrait de changer la consommation et encouragerait la transition vers d’autres énergies. Aujourd’hui, le prix est à plus de 120 dollars (93 euros) et rien n’a vraiment changé…

 

L'arnaque du prix de l'essence

 

Tag(s) : #VIE QUOTIDIENNE

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