Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Nous surconsommons l'énergie, c'est un fait. Mais qui doit-on accuser: le consommateur ou les entreprises et industriels? Ne nous trompons pas de cible.

Le dernier manifeste de l'association Négawatt, "Réussir la transition énergétique", ainsi que tous ses précédents rapports et ceux d’autres courants écologistes, pointe du doigt le consommateur, irrépressible gaspilleur, en état permanent d’ébriété énergétique. On se trompe de combat.

Faut-il d’abord rappeler que plus de 1,4 milliard d’êtres humains sont scandaleusement privés de l’accès à l’électricité? Et que la priorité des priorités est qu’ils puissent, eux, consommer.

Que même dans les pays occidentaux, des millions de foyers survivent en précarité énergétique, c’est-à-dire en état de précarité tout court. Le reproche du gaspillage et l’exigence de réduction de la consommation (de 40%!) s’adresseraient donc aux classes moyennes que nous sommes. Qui n'y peuvent pourtant rien.

Les Martin, consommateurs-type à la loupe

Prenons la journée type d’une famille moyenne, les Martin. 7 heures, le réveil sonne et tout le monde se lève. On allume la machine à café (objet du ressentiment des technocrates de Bruxelles, n’ont-ils rien d’autre à faire?) et le grille-pain. Mr Martin prend une douche (qui a le temps de prendre un bain?): faudrait-il qu’il ne se lave qu’un jour sur deux? Puis tout le monde s’en va.

Les Martin bénéficient d’une innovation technologique presque centenaire: le thermostat. Pendant la journée, le chauffage de leur logement (dans un immeuble construit il y a vingt ans et dont ils sont locataires) tombera autour de 17 degrés.

Mr Martin est obligé de prendre sa voiture car il ne bénéficie pas de transports en commun dignes de ce nom. Mme Martin monte dans un bus qui fait beaucoup de fumée noire et le fils enfourche son scooter qui consomme peu mais est très dangereux.

Tout ce petit monde arrive ensuite dans l’univers de l’entreprise ou de l’administration, où le citoyen cède la place au subordonné. Celui qui décide des consommations s’appelle le responsable des moyens généraux ou le chef de l’immobilier. Il sait lire des factures et fait ce qu’il peut, au gré des toujours plus maigres allocations budgétaires, pour remplacer les installations vétustes.

Retour au bercail: on allume quelques ampoules, la machine à laver (faudrait-il porter ses vêtements sales?), la cuisinière (faudrait-il mieux manger froid?), puis la télévision (beaucoup d’écrans plats consomment plus que les anciens postes cathodiques, mais les Martin n’y sont pour rien). Dodo et le chauffage se remet automatiquement en position heures creuses.

Les millions de Martin, à qui on a déjà inculqué les réflexes anti-gaspillage lors des chocs pétroliers des années 70 (nos mères nous ont toutes appris à "éteindre la lumière quand on sort de la pièce"), n’ont plus aucune marge de manœuvre pour changer le monde par la consommation. A moins de valoriser la non-activité (chômage, maladie, retraite, vieillesse diminuent effectivement les consommations).

Ne pas oublier les industriels

Non, les consommateurs, dont le pouvoir d’achat ne cesse d’être comprimé, ne sont pas la bonne cible. Arrêtons de les pénaliser et de les culpabiliser, sous prétexte de vouloir les éduquer.

Mais n’attendons pas que le réchauffement climatique diminue les besoins de chauffage (notre hiver, anormalement doux jusqu’ici, n’est-il pas une bénédiction pour la planète?). Les solutions se trouvent en amont, du côté de la production et des industriels: à eux de faire preuve d’efficacité énergétique, depuis les sources d’énergie jusqu’aux appareils terminaux en passant par les réseaux de distribution.

Ne dispersons pas les maigres forces des défenseurs sincères d’un développement soutenable dans des batailles de second ordre. Le développement durable est un problème d’offre, pas de demande. Si l’industrie fabrique, sciemment ou par inefficacité, du poison pour la société, il faut l’interdire. Faisons de la politique.

Cet article a été initialement publié sur le blog de Philippe Laget (politique, économie, développement durable, RSE).

Crédit: alancleaver_2000/Flickr.

source:

youphil.com

Tag(s) : #NATURE - ECOLOGIE

Partager cet article