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Des résidents sinistrés de Staten Island et des volontaires se réchauffent près d'un brasero de fortune à New Dorp Beach.
Des résidents sinistrés de Staten Island et des volontaires se réchauffent près d'un brasero de fortune à New Dorp Beach. Crédits photo : John Minchillo/AP

REPORTAGE - Près de 40.000 habitants de Staten Island n'ont toujours pas pu regagner leur domicile.

NY, NY

De notre envoyée spéciale à Staten Island

Sous le bourdonnement incessant des hélicoptères de l'armée, des dizaines de victimes de Sandy affluent ce matin vers les tentes du centre des catastrophes naturelles (Fema) dressées au milieu d'un terrain vague de Staten Island. On vient au camp de Dorp Beach pour prendre un repas chaud, démêler l'écheveau des procédures administratives et chercher un peu de réconfort. Deux semaines après le passage de l'ouragan, le choc initial a fait place à l'anxiété. Quelque 40.000 personnes selon les autorités sont «déplacées» à New York, personne ne sait combien pourront rentrer chez elles, ni à quelle date.

L'île de Staten Island, située juste en face de Manhattan, nourrit toujours un peu de rancœur envers New York, dont elle avait tenté de faire sécession il y a vingt ans. Les résidents n'ont vu ni Fema, ni secours pendant les trois premiers jours après la tempête. La moitié des 45 victimes new-yorkaises ont été retrouvées sur l'île. Depuis, les choses vont beaucoup mieux, des armées de soldats, secouristes et volontaires ont investi les quartiers dévastés. Mais des milliers de personnes restent sans électricité et les autorités leur interdisent de rentrer dans leurs maisons endommagées, de peur que le froid ne fasse de nouvelles victimes.

Un gobelet de soupe à la tomate dans la main, Elfa Bagnan attend son tour dans la queue de la compagnie d'assurance locale qui enregistre les demandes d'indemnisation. «J'ai peur que les vandales ne viennent piller notre maison et je me demande si je vais être suffisamment indemnisée pour faire reconstruire le rez-de-chaussée détruit par l'eau, la Fema renvoie à l'assurance qui renvoie à la Fema», dit-elle.

La solidarité des New-Yorkais

Dans la file d'attente, on reste très courtois malgré la tension qui se lit sur les visages. Jean Farrell, transie de froid, se réchauffe avec un café chaud. Elle loge depuis deux semaines avec une vingtaine d'autres personnes chez sa sœur et son beau-frère. «Je dors la nuit assise sur un fauteuil et à ce stade je préférerais aller à l'hôtel», explique la native de l'île âgée de 55 ans. Mais depuis quelques jours, tous les hôtels pris en charge par la Fema affichent complet et les autorités sont déjà en train de préparer la transition vers des logements à plus long terme.

La prison de Staten Island, fermée depuis un an, est évoquée comme possibilité. «Quelle horreur! s'écrie Jean, jamais de la vie.» Pour beaucoup ici, se retrouver à la rue, dépendre du gouvernement et du bon cœur des autres pour survivre n'est pas chose facile à accepter, même si les New-Yorkais font preuve d'une incroyable solidarité. «La plupart d'entre nous sommes propriétaires de nos maisons, nous sommes la classe moyenne typique, nous avons travaillé dur sans jamais rien demander, alors se retrouver ici à venir manger dans un camp, vous comprenez…», confie Jean Farrell, la gorge nouée. Les militaires souriants en treillis veillent à la sécurité tandis que les employés de la ville en bleu marine distribuent nourriture, produits d'hygiène et couvertures.

Le traumatisme de l'ouragan

New York, new York


Le spectacle des sans-abri enveloppés dans des couvertures et des volontaires portant des masques chirurgicaux à quelques kilomètres seulement de la frénésie de Times Square a quelque chose de surréel. Mais les camions ambulants de nourriture gratuite rappellent que nous sommes bien à New York. «Je vous conseille le camion de poulet épicé, il est délicieux», lance Robert Delmer, regrettant d'avoir pris une pizza. Le grand gaillard de 40 ans a perdu une partie de sa maison dans la tempête. «L'océan est entré par la porte de devant et est ressorti par celle de derrière. J'ai bien cru mourir», dit-il, encore subjugué par la scène. Robert cherche un endroit pour ses deux tantes âgées qui n'ont pas supporté le refuge de la Fema. «Elles s'y sont fait voler leurs médicaments et ne veulent plus y retourner.»

Dans le reste du quartier, les volontaires ont accompli un travail de titan pour nettoyer les rues et les appartements endommagés. Une gigantesque montagne de détritus s'est dressée en bord de plage. À quelques centaines de mètres de là, un couple de retraités est venu passer quelques heures dans sa maison, malgré l'interdiction des autorités. Un camion gît, retourné à l'envers, sur le parking voisin tandis qu'une voiture, soulevée par les vagues, a enfourché le mur mitoyen juste au bord de leur fenêtre. À l'intérieur, l'odeur de moisissure empeste, mais Robert Sabbotino, 81 ans, et sa femme Jean, 75 ans, gardent le moral en se réchauffant près de la gazinière, où tous les feux sont allumés. «Nous sommes en vie, c'est l'essentiel», rappelle Jean encore bouleversée par la mort de deux petits garçons arrachés des bras de leur mère le soir de l'ouragan.

Leur voisin, Anthony Larocca, lui, veut fuir Staten Island et refaire sa vie ailleurs. Le toit de sa maison est sur le point de s'effondrer, le bateau à moteur sur lequel il passait ses étés avec ses enfants à pêcher dans l'océan est détruit. «Je vais tenter ma chance dans le Sud, reconstruire une maison et repartir à zéro», dit-il avant de s'en aller sans fermer sa porte à clef. Juste en face, un beau voilier nommé Mooeak est échoué depuis deux semaines sur la plage. Nul ne sait s'il reprendra un jour la mer.  SOURCE

 

à lire aussi  : Le ministère russe des situations d'urgence envoie une aide humanitaire à New York

Tag(s) : #USA

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