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Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan.

Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan.AFP/ADEM ALTAN

La Turquie a annoncé, mardi 6 septembre, la suspension de ses échanges avec Israël en matière de défense et l'intensification de ses patrouilles navales en Méditerranée orientale, signe d'une dégradation persistante des relations entre les deux pays. Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a prévenu que "d'autres mesures de rétorsion" contre Israël seraient prises, sans préciser lesquelles.

En menaçant d'envoyer des navires de guerre dans les eaux où opère la marine israélienne, le chef du gouvernement turc prend le risque d'un affrontement naval entre deux pays dont les liens se sont distendus en raison de l'opposition d'Ankara à la politique d'Israël envers les Palestiniens. "La Méditerranée orientale n'est pas pour nous une zone étrangère. Aksaz et Alexandrette, ces lieux ont les moyens (...) de fournir des escortes", a dit Tayyip Erdogan à la presse, à Ankara, se référant à deux bases navales turques. "Bien entendu, nos navires seront beaucoup plus souvent visibles dans ces eaux", a-t-il ajouté.

La tension croissante entre les deux pays inquiète l'administration américaine. "Nous sommes inquiets à propos de l'état actuel de la relation" et Washington s'emploie auprès des deux pays à favoriser "une désescalade" et à "éviter les confrontations à l'avenir", a déclaré, mardi, Victoria Nuland, la porte-parole du département d'Etat.

 

Ankara avait déjà annoncé, vendredi 2 septembre, l'expulsion de l'ambassadeur d'Israël et la suspension des accords militaires bilatéraux, après la publication dans la presse d'extraits du rapport de l'ONU sur la mort de neuf militants turcs pro-palestiniens en mai 2010 dans l'assaut d'un bateau chargé d'aide et dont l'équipage voulait forcer le blocus de la bande de Gaza. Ankara a demandé en vain des excuses officielles et a fait savoir son intention de saisir la justice internationale pour contester la politique israélienne à Gaza.

CONTRATS GAZIERS AVEC CHYPRE

Selon des médias turcs, Tayyip Erdogan a eu un entretien, mardi, avec le général Necdet Ozel, chef d'état-major des forces armées, sur l'évolution des relations avec Israël. Selon des commentateurs turcs et israéliens, Ankara pourrait, à l'occasion de son différend avec Tel-Aviv, instaurer des patrouilles navales entre Israël et Chypre, dont le Nord sécessionniste n'est reconnu que par la Turquie.

Ankara a vivement dénoncé la conclusion récente de contrats gaziers entre Chypriotes et Israéliens, aussi la présence de navires turcs dans cette zone aurait-elle un impact menaçant.

Ehoud Barak, ministre de la défense israélien, dont les propos ont été diffusés, mardi, avant ceux du premier ministre turc, a noté qu'Israël et la Turquie étaient "les deux pays les plus forts et, à beaucoup d'égards, les plus importants du Proche-Orient".

"Il y a entre nous des divergences, mais il importe aussi que dans les divergences les deux parties agissent avec leur tête et non de façon viscérale – ce sera mieux pous nous tous et pour la stabilité régionale", a ajouté M. Barak.

ISRAËL EST UN "ENFANT GÂTÉ" SELON ERDOGAN

Un représentant des services de M. Erdogan a déclaré à Reuters que le premier ministre parlait exclusivement des liens commerciaux relevant du secteur de la défense, et non de l'ensemble des échanges commerciaux, qui ont atteint l'an dernier 3,5 milliards de dollars. Lundi, le ministre de l'économie, Zafer Caglayan, déclarait que la Turquie ne ferait rien "pour le moment" de nature à bouleverser ses relations économiques avec Israël.

Le chef du gouvernement a par ailleurs évoqué la possibilité de se rendre dans l'enclave palestinienne à l'occasion de son prochain voyage en Egypte, mais en précisant qu'il devait encore consulter les autorités du Caire. M. Erdogan a précisé qu'Israël "s'est toujours comporté comme un enfant gâté". Une telle visite dans la bande de Gaza, dirigée par le mouvement radical palestinien Hamas, risquerait d'envenimer encore les relations entre la Turquie et Israël, anciens alliés stratégiques dans la région, en froid depuis plus de deux ans.

Le chef du gouvernement turc se rendra aussi à New York ce mois-ci pour la session de l'Assemblée générale de l'ONU, où l'on s'attend à le voir prendre position pour la reconnaissance d'un Etat palestinien dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée, une initiative à laquelle s'oppose Israël.

Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a déclaré devant la presse, à Ankara, aux côtés de Nabil Chaath, émissaire du président palestinien, Mahmoud Abbas, qu'une telle reconnaissance était "le droit le plus naturel des Palestiniens, une dette que le monde doit verser au peuple palestinien".

Ankara a pris ces sanctions contre Israël à la suite de la publication, jeudi 1er septembre, d'un rapport d'enquête commandité par l'ONU qui établit que l'armée israélienne a eu recours à une force "excessive et déraisonnable" au cours du raid contre le ferry Mavi-Marmara, tout en reconnaissant la légalité du blocus naval mis en place par Israël autour de Gaza. Tel-Aviv a adopté avec quelques "réserves" ce rapport, et a refusé de s'excuser auprès d'Ankara pour ce raid meurtrier.

Interrogé sur les déclarations de M. Erdogan, un responsable israélien a répondu, sous couvert de l'anonymat : "Israël ne veut pas d'une nouvelle détérioration de ses relations avec la Turquie." "Ces derniers mois, il y a eu de nombreuses tentatives pour créer une dynamique positive dans cette relation", a-t-il ajouté, déplorant que ces efforts aient échoué jusqu'à présent. Un autre responsable israélien a fait état d'une inquiétude suscitée par les dernières sanctions annoncées par M. Erdogan contre Israël.

La Turquie et Israël étaient des alliés depuis la signature, en 1996, d'un accord-cadre de coopération militaire. Israël a été chargé de gros projets de modernisation de l'armée turque.

 

 

Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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