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Article dédicacé à Mouhamet ...
La Terre voit venir le changement d'ère

 

Selon «Nature», l'action de l'homme sur son environnement mène la planète à un point de basculement.

Le dernier date de 12 000 ans.

D'ordinaire, à Hollywood, la fin du monde se présente, au choix, sous la forme d'une météorite géante, d'un cataclysme ou d'une guerre nucléaire.

Dans une étude parue dans la revue scientifique Nature, elle n'a jamais autant ressemblé à la main de l'homme. Pas celle qui appuie sur le bouton rouge mais celle de tous les hommes unis dans la pression qu'ils exercent sur les écosystèmes.

Publié en juin par une équipe pluridisciplinaire et internationale d'une vingtaine de chercheurs, l'article n'y va pas par quatre chemins : nous approchons à grands pas d'un effondrement imminent et irréversible des écosystèmes, dont les civilisations humaines dépendent. S'ils s'effondrent, notre destin est plus qu'incertain. Parmi les chercheurs, certains avouent être «terrifiés» par leurs conclusions.


Inconnu. La biosphère est au bord d'un changement d'état, d'une sorte de basculement vers l'inconnu. Plusieurs phénomènes se télescopent : accélération de la perte de la biodiversité, intensification des épisodes climatiques extrêmes, modifications rapides des flux de production et de dépense d'énergie...

«Lorsqu'on modifie les modalités de fonctionnement d'un écosystème, on est dans ce qu'on appelle un changement d'état, explique Bruno David, chercheur au labo de biogéosciences du CNRS, à Dijon. Nous sommes actuellement à la veille d'une de ces modifications brutales.»

 

Dans les crises passées, c'est la biogéochimie de la Terre, des éruptions volcaniques ou une météorite gigantesque qui ont déclenché des changements radicaux. Cette fois, les chercheurs pointent du doigt l'homme.

Pour le groupe de Tony Barnosky, paléo-écologiste, qui a coordonné les travaux des chercheurs, nous sommes «suffisamment puissants» pour faire basculer les conditions de vie sur Terre, en modifiant radicalement des écosystèmes et des climats locaux.

«En clair, ce sont les comportements et les besoins humains qui précipitent le changement d'état», d'après Steve Carpenter, de l'Université du Wisconsin.

Ces changements d'état peuvent être infimes et locaux, se limiter à un lac, un étang... «Ceux-là, on les comprend assez bien. Mais les plus gros points de basculement sont encore difficiles à cerner», explique Marten Scheffer, pionnier de la recherche dans ce domaine. Surtout, Scheffer n'est pas convaincu qu'un seul point de basculement est imminent. «Il y a eu d'énormes points de basculement planétaires dans le passé et il y en a en cours. La différence, aujourd'hui, c'est qu'on les voit arriver...»Deux choses provoquent un changement d'état : l'effet de seuil ou l'effet de masse. Le premier est difficile à prévoir, puisque le seuil critique est atteint par palier, et qu'on ne connaît jamais la valeur de la criticité d'avance.

 

En revanche, l'effet de masse ne vient jamais par surprise : comme, par exemple, la destruction d'une forêt par un bulldozer. Or, les humains modifient la composition des espèces locales et les fonctions des écosystèmes, provoquant des changements à petite échelle, lesquels combinés les uns aux autres forment une cascade alimentant une bascule plus globale.

Ricochet. Pour l'équipe de Barnosky, c'est d'abord le changement d'usage des terres qui est à l'origine du problème et seulement ensuite le changement climatique. Au cours de son histoire, l'humanité a modifié 43% des terres émergées de la planète, rasant les forêts pour y développer l'agriculture intensive, balayant les espaces naturels pour y implanter les villes.

«Par ricochet, cela affecte quasiment toutes les surfaces restantes : un tiers de l'eau potable est détourné pour les usages humains et 20% de la production terrestre primaire sont réservés aux besoins humains», explique Barnosky.

Pour la planète, c'est loin d'être une première. Des basculements se sont produits sur les récifs coralliens ou dans le désert du Sahara, zone luxuriante et fertile il y a encore 5 500 ans. Sauf que celui qu'évoque l'équipe de Berkeley sera brutal : les pires changements pourraient survenir au cours de ce siècle, peut-être avant 2050.

«Les preuves sont assez nettes. Nous ne pouvons pas ignorer certaines réalités biologiques», insiste Barnosky. D'ordinaire, les changements d'état se déroulent sur des milliers, voire des millions d'années. En l'espace de 500 millions d'années, la Terre a ainsi connu cinq grandes crises ayant conduit à cinq extinctions massives. La dernière a eu lieu il y a 65 millions d'années et a conduit à la fin des dinosaures.

Autre exemple : il y a 12 000 ans, le passage de l'ère glaciaire à l'ère interglaciaire s'est déroulé sur un millénaire. Depuis, le climat est globalement stable, ce qui a permis à l'homme de se développer, jusqu'à pouvoir aller sur la Lune.

 

Que va-t-il se passer ?
On assistera probablement à de vastes mouvements d'espèces sur des parties inhabitées de la Terre, des pertes colossales de biodiversité, l'émergence de nouveaux biotopes et, pourquoi pas, des forêts tropicales en Antarctique.

«La dernière fois que c'est arrivé, il y a 12 000 ans, la moitié des mammifères de plus de 50 kg ont disparu», raconte Barnosky. «Les changements d'état contiennent de nombreuses surprises, mais nous en savons assez pour savoir que le monde sera très différent de ce qu'il a été durant les 11 000 dernières années, prévient-il. Et, à 7 milliards d'humains sur Terre, nous allons probablement en sentir les effets.»

 


 

Auteur : Laure NOUALHAT

Source : www.liberation.fr

Article relayé par : kannie via Terre Sacrée

Tag(s) : #NATURE - ECOLOGIE

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