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Gazeta Wyborcza Varsovie        

 

Kazanevsky

Que ce soit le projet de traité européen, la dégradation de neuf pays par Standard & Poor’s ou les remontrances à la Hongrie, tout démontre actuellement que dans l’UE, les plus forts sont en train d’imposer leur loi aux plus petits, déplore un éditorialiste polonais.

Les événements des trois dernières semaines ont fait définitivement tomber l'hypocrisie de l'Union européenne, qui consiste à faire croire que les Etats qui la composent sont égaux, bien que différents.

Premièrement, la zone euro a décidé de se réunir, de délibérer et de prendre des décisions en comité restreint. Sans les autres et donc sans nous [les Polonais]. Cela sape et limite aussi bien le rôle de la Commission européenne, qui s'appuie depuis sa création sur le principe de l'égalité entre les Etats, que celui du Parlement dont les sièges sont distribués entre les pays membres en proportion de leur population.

Si le pacte européen de stabilité est adopté sous sa forme actuelle, on créera une union dans l'Union. Pour bon nombre de questions, cette union restreinte dictera ses conditions aux autres, comme le fait aujourd'hui "Merkozy".

Les 26 ne pourront plus rien contre l'Allemagne

Deuxièmement, la décision de dégrader les notes financières de 9 pays de la zone euro, n'aura pas nécessairement de répercussions sur le coût de leur dette (la baisse de la note des Etats-Unis n'a eu aucune influence de ce genre; quant à la dette de l'Italie, elle est aujourd'hui moins chère que lorsque le pays bénéficiait d’une meilleure note).

Cette dégradation influencera en revanche très certainement la hiérarchie informelle entre les Etats membres et le poids de leur voix au sein de l'Union. Ainsi, le leadership de l'Allemagne, qui a conservé sa note, se voit clairement conforté. Tout comme l'est la politique allemande d'austérité prudente. L'Allemagne pourra vraisemblablement emprunter encore moins cher et stimuler davantage le marché, en creusant encore un peu plus son avantage économique sur le reste de l'Europe.

En conséquence, les critères quantitatifs du traité de Lisbonne (le calcul de la majorité qualifiée au sein du Conseil européen sur un double critère : le nombre d’Etats et le poids démographique) perdront en importance face au rôle croissant des critères qualitatifs (qualité de l'Etat et de l'économie).

On va même assister au déclin de "Merkozy", déséquilibré par le poids d'une Merkel trop puissante face à Sarkozy. Il sera encore plus difficile d'entreprendre quoi que ce soit en Europe sans l'Allemagne. Quant aux 26 autres pays membres, ils ne pourront rien contre les Allemands (sauf faire exploser l'Union).

Des différences institutionnalisées

La procédure de décision et la répartition des voix au sein du Parlement, de la Commission et du Conseil, si laborieusement négociées dans le traité de Lisbonne, volent en éclats. Pendant un certain temps, l'Union sera comme le football à l'époque où tout le monde jouait, mais où seule l'Allemagne gagnait.

Troisièmement, le durcissement de la rhétorique et des décisions politiques envers la Hongrie démontrent que dans l'Union, certains pays peuvent se permettre plus de choses que d'autres. Certes, Orbán tient une rhétorique détestable et conduit une politique économique stupide. Mais institutionnellement, il n'a rien fait qui ne serait pas toléré dans d'autres pays.

Son assaut sur les médias n'est pas plus anti-libertaire que ce que ont fait Sarkozy avec la télévision publique française, et précédemment, Berlusconi avec les médias italiens. Quant à la BBC, elle dépend, depuis toujours, directement du gouvernement concernant la nomination de ses dirigeants.

De même, la Banque centrale hongroise ne sera nullement plus dépendante du gouvernement que ne l'est la Banque d'Angleterre ou la Fed américaine. La communauté internationale a tranquillement toléré et tolère toujours de semblables procédés en France, en Italie, en Angleterre, ou aux Etats-Unis, non pas parce qu'ils sont passés inaperçus, ni même par sa timidité devant de grandes puissances, mais tout simplement parce qu’elle n'y voyait rien de répréhensible.

Les vieilles et grandes démocraties, tout comme les obligations allemandes, profitent du capital de confiance qui a toujours fait défaut aux jeunes et petites démocraties.

Dans une certaine mesure, ces différences ont toujours existé et ont toujours compté. Sauf qu'à présent, on les exprime ouvertement et on n'hésite pas à les institutionnaliser. On ne sait pas quelles en seront les conséquences à long terme pour la Pologne et pour l'UE. Généralement, l'adaptation de la forme (institutionnelle) au contenu (par exemple économique) a pour effet de rationaliser les institutions. Mais aujourd'hui, on a affaire à des émotions, c'est-à-dire à la politique.

Les différences amplifiées émotionnellement et politiquement, les différences divulguées et institutionnalisées, deviennent inconfortables pour tout le monde. De nombreux pays auront encore plus du mal à accepter la position de l'Allemagne dans l'Union. L'Allemagne, elle, aura encore plus du mal à accepter le maintien de ses efforts de solidarité et de retenue [dans l'exercice de sa puissance].

Cela signifie qu'en dehors des tensions économiques et de politiques intérieures, il faut nous attendre à de grandes tensions internationales et à des problèmes décisionnels majeurs. Au moins jusqu'à ce qu'une nouvelle logique ne remplace l'hypocrisie du mythe fondateur de l'Union. Cela ne se fera ni rapidement ni sans peine.

Traduction : Lucyna Haaso-Bastin

Tag(s) : #EUROPE

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