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Par Agnieszka Kumor

La France est la deuxième puissance électronucléaire au monde derrière les États-Unis. Depuis cinquante ans la filière nucléaire est inscrite profondément dans son paysage industriel. Mais quelle est son importance réelle, à combien on chiffre ses emplois et qui fait quoi dans cette longue chaîne de production ?

La centrale nucléaire de Fessenheim, près de Colmar, la plus ancienne d'EDF
La centrale nucléaire de Fessenheim, près de Colmar, la plus ancienne d'EDF

REUTERS

 

Le nucléaire est aujourd'hui la première source de production brute d'électricité en France. Plus de 75% de l'électricité est issue du nucléaire, 13% vient de l'hydraulique et de l'éolien, et 11% des centrales thermiques.

Deux acteurs principaux, deux entreprises publiques, assurent la chaîne de production sur le territoire français : EDF et Areva. Si la première de ces entreprises produit de l’électricité, la seconde intervient sur toutes les chaînes de valeur du nucléaire. Comme l’explique Nicolas Goldberg, consultant senior chez SIA Conseil, le domaine d’activité d’Areva s’étend « de l’extraction de l’uranium jusqu’à son enrichissement. Cet uranium enrichi sert de combustible dans les centrales. Mais elle construit également les centrales, assure leur maintenance, procède au recyclage des déchets et au démantèlement des centrales. » De son côté, Electricité de France exploite ces centrales, et parfois sur certains chantiers, elle coordonne tous les travaux dont elle est responsable pour fournir le produit fini, c’est-à-dire la centrale nucléaire.

Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), acteur majeur de la recherche, du développement et de l'innovation, complète ce tandem.

Une chaîne de production

Mais depuis la production du combustible jusqu'au recyclage des déchets bien d'autres acteurs interviennent. Du côté des grands : les industriels, tels que Bouygues qui construit le nouveau réacteur nucléaire EPR de Flamanville, en Normandie, Vinci, ou encore Alstom, fournisseur des composants de centrales nucléaires. Du côté des petits : des centaines de PME agissent en amont ou en aval de la production. Des sous-traitants assurent la tuyauterie et la maintenance de produits spéciaux, mais aussi le retraitement des combustibles usés, ou finalement le démantèlement des centrales.

On chiffre à 125 000 emplois directs la filière nucléaire française, autant que l'aéronautique et le militaire réunis. En y incluant les emplois indirects ce chiffre passe à 410 000, selon une étude réalisée par le cabinet PWC à l’initiative d’Areva, en mai 2011. Grâce à son parc de réacteurs nucléaires d'une puissance installée de 63 200 mégawatts, la France assure 78% de sa production d'électricité, ce qui lui permet d'atteindre un taux d'indépendance énergétique voisin de 50% (source : Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, CEA). Cette suprématie du nucléaire est un cas presque unique dans le monde.

Post-Fukushima

Sans aucun doute l'accident de Fukushima influencera à l’avenir la conception des réacteurs et l'approche globale du nucléaire. L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire a rendu son verdict dans un rapport publié en septembre 2011. Si aucune des centrales nucléaires françaises n'a besoin d'être fermée, les critères de sûreté doivent être durcis. Et neuf d’entre elles nécessitent une attention particulière. Selon Martial Jorel, Directeur de la sûreté des réacteurs à l’IRSN : « Les centrales de Fessenheim, de Bugey et de Civaux devront réexaminer les normes de séisme ». Face au risque d’inondation l’institut estime que les travaux devront avoir lieu, notamment à Fessenheim. A Tricastin et à Cruas des canaux adjacents devront être renforcés. Et enfin, des marges de protection pourraient être améliorées à Chinon et à Saint-Laurent.

Fukushima a aussi changé la donne politique et économique. L'Allemagne notamment a décidé de fermer progressivement son parc nucléaire et le Japon a momentanément fermé certaines de ses centrales pour des raisons de sécurité. Cela n’a pas été sans conséquence pour la production hexagonale. La France fournissait à ces pays du combustible, et notamment du MOX (Mélange d’oxyde de plutonium et d’oxyde d’uranium). La décision brutale de Berlin et les arrêts des réacteurs nippons « ont freiné les exportations de combustible enrichi et recyclé de la France », note Nicolas Goldberg. Mais les Allemands devront bien se chauffer, et donc ils achèteront de l’électricité en France. Les tensions sur le réseau sont redoutées pour cet hiver quand tous les radiateurs tournent à plein régime.

Le nucléaire pose des questions environnementales, politiques, mais aussi économiques. Jusqu'à présent il a fourni à la France l'électricité la moins chère d'Europe. Mais avec le renouvellement du parc et les nouvelles normes de sécurité, cet avantage diminue de jour en jour.

source: rfi

Tag(s) : #ACTUALITES

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