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Par Renaud Pradenc le mercredi, mai 26 2010

Voilà un sujet qui revient régulièrement dans les émissions de reportages, pour dénoncer «les pratiques honteuses de ces multi-nationales qui nous poussent à acheter toujours du neuf».

La plupart du temps, et comme la majorité des gens, je ne connais rien aux sujets abordés par ces émissions; mais quand arrive un tel sujet, que j'ai étudié à l'école et vu dans ma vie professionnelle, cela rend flagrant à quel point ces journalistes ne cherchent que le sensationnalisme.

Scoop: les industriels limitent la durée de vie des appareils

Ma séquence préférée est celle du journaliste qui obtient la confidence d'un ingénieur flouté que «la durée de vie d'un appareil est prédéterminée lors de sa conception». La voix off, chargée de trémolo sans perdre ses accents de Vincent Marronnier, nous laisse imaginer que le reporter a bataillé dur pour obtenir l’information, à coup de chantage, de corruption et de poules de luxe. Pourtant, en ouvrant n’importe quel livre sur la fiabilité des composants, on peut voir ce diagramme, dit «en baignoire»:

Diagramme en baignoire



Ce diagramme est un modèle qui s’applique aux composants électroniques ou mécaniques, et par voie de conséquence, à tout système entier. Comme c’est un modèle statistique, il faut bien évidemment disposer d’un échantillon assez grand pour qu’il soit représentatif.

La phase (1) correspond à la jeunesse.
Quand on monte 10 000 téléviseurs, on sait qu’un certain nombre, disons cinq, va tomber en panne dans les premières heures de fonctionnement. Le constructeur veut éviter que l’appareil tombe en panne chez le client car rapatrier l’appareil lui coûte cher, et cela donne une mauvaise image de sa compagnie. On laisse donc souvent les appareils vieillir à l’usine (il existe des moyens d’accélérer le vieillissement).

La phase (2) est la durée de vie nominale de l’appareil. Dans cette phase, les pannes existent, mais leur probabilité reste contenue. C’est la durée de cette phase qui est prédéterminée à la conception.

La phase (3) correspond à la fin de vie de l’appareil. Il devient de plus en plus probable que surgisse une panne. Cependant, notez bien que certains appareils produits dépasseront de longtemps la durée de vie nominale.

Décider de la durée de vie nominale

Il est certes dérangeant de découvrir que la durée de vie d’un appareil est choisie dès sa conception, mais extrapoler en prétendant que les constructeurs limitent volontairement l’espérance de vie de leurs appareils est malhonnête ! La volonté des ingénieurs est plutôt de garantir que l’appareil atteindra un âge minimum, en balance avec des problématiques de coût.

La durée de vie nominale est effectivement décidée par les services marketing, qui prennent en compte:

  • Le prix que le client est prêt à payer. Ce prix est déterminé par rapport à la concurrence et au positionnement de la marque.
  • La durée de vie exigée par le client. Par exemple, qu’une télé tombe en panne au bout de cinq ans ou qu’un lave-linge au bout de sept, paraît raisonnable à beaucoup de clients.
  • La vitesse des évolutions technologiques
. Un téléphone portable qui a trois ans est dépassé ! Beaucoup de clients l’auront déjà renouvelé de toute façon: ils n’auront pas attendu la panne.

Ce ne sont pas les constructeurs, mais les clients qui déterminent l’âge que doit atteindre un appareil électronique. N’en déplaise aux journalistes d’Envoyé spécial ou Capital. Si un constructeur vous garantissait une durée de vie deux fois plus longue, seriez-vous prêt à payer deux fois plus cher ? Cinquante pour cent plus cher ? Trente pour cent plus cher ?

Les constructeurs se sont seulement adaptés à notre mode de consommation.

 

source : renaudpradenc

Tag(s) : #VIE QUOTIDIENNE

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