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Ce mardi, les dirigeants européens et chinois se rencontrent à Pékin. Crise de la dette, réévaluation du Yuan... La bataille risque d'être serrée.

Un garde chinois devant l'ambassade de l'Union européenne à Pékin.

 

 

Alain Wang

 

Alain Wang est sinologue et enseignant.

Ancien rédacteur en chef d’Asia Magazine, il est co-auteur de La Chine nouvelle : être riche est glorieux (Larousse, 2007 - édition actualisée prévue pour mars 2012).

 

 

 

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Atlantico : Lundi, à la veille de son sommet avec l’Union Européenne, la Chine a déclaré que la crise de la dette en Europe traversait "un moment crucial". Dans ce contexte, quel est l’enjeu de la rencontre de ce mardi ?

 

Alain Wang : Pour l’Europe, l’enjeu de cette rencontre se situe autour du déficit commercial des 27 par rapport à la Chine. Nous sommes aux alentours de 132 milliards de dollars de déficit pour 2011.

Il y a aussi la question du taux de change du yuan par rapport à l’euro : l’Europe l’estime sous-évalué de 25% à 40%. L’ouverture du marché chinois est elle aussi un enjeu. Aujourd’hui, il y a encore beaucoup de barrières pour les entreprises européennes qui s’installent en Chine, des obligations de transfert de technologies qui permettent aux entreprises chinoises d’accaparer certaines technologies européennes, comme avec le TGV. Il y aura enfin la demande de réciprocité sur le plan des affaires entre la Chine et l’Europe. Cette demande porte entre autres pour les marchés publiques, puisqu’il y a une préférence nationale. On a vu en Europe la possibilité pour une entreprise chinoise de répondre à des appels d’offre, comme ce fut le cas d’une autoroute en Pologne par exemple.

 

Du côté chinois, il y a plusieurs impératifs. Il y a l’obtention pour la Chine du statut d’économie de marché, ce qui la protègera beaucoup plus par rapport à l’OMC. L’enjeu porte aussi sur l’accès aux technologies européennes à un coût réduit. Le dernier point sera certainement pour la Chine la possibilité de racheter des entreprises européennes. Pour l’instant, l’Europe se protège vis-à-vis de certaines entreprises chinoises qui pourraient s’accaparer des technologies européennes avancées.

 

La Chine va jouer sur la dette européenne. Selon un chiffre qui n’a pas été confirmé, la Chine possèderait actuellement 150 milliards de dollars de dette européenne, ce qui me semble beaucoup. Les Européens veulent que la Chine participe de manière conséquente au mécanisme de stabilité qui se mettra en place en juin prochain. Cela va être une bataille serrée.

A-t-on une idée du montant de la participation chinoise au Mécanisme européen de stabilité ?

Plusieurs chiffres ont circulé. On a d’abord entendu dire que la Chine était prête à mettre 100 à 150 milliards de dollars d’investissement dans le fond européen de soutien financier. Aujourd’hui, le chiffre est plus autour de 40 milliards de dollars d’achat des dettes espagnole, grecque, italienne, etc. Cela me paraît plus probable.

La Chine ne va pas financer ce mécanisme sans demander quelque chose en retour. Cela sera sûrement la possibilité accrue de racheter des entreprises européennes sur le plan technologique. C’est cela qui est crucial pour le pays.

Le moyen d’éviter cette concession serait une pression conjointe des Européens et des Américains sur la réévaluation du Yuan. S’il y avait déjà une cohésion au sein de l’Europe, peut-être que les Chinois seraient au pied du mur. Cela les pousserait à mettre de l’argent dans ce fond européen. Pour le moment il y a beaucoup d’annonces, mais pas grand-chose de concret. Beaucoup de chiffres sont publiés, mais confirmés nulle part. Avec d’un côté l’Europe, de l’autre côté les États-Unis, la Chine est prise entre deux négociations importantes. Les concessions qu’elle va faire à l’Europe, peut-elle les faire sans les faire aux Américains ? C’est là que va être la question pour eux : jusqu’où avancer sans faire trop de concessions à la partie occidentale. Il faut voir ça comme un jeu de go : les Chinois vont se livrer à un jeu tactique, en avançant d’un pied, sans trop l’avancer de l’autre côté...

 

La Chine peut-elle imposer son statut de superpuissance à l’Europe ?

 

Non, la Chine en est encore loin. Il se pose d’importants problèmes sociaux à l’intérieur du pays. Je vois mal la Chine mettre tous ses pions à l’extérieur alors que l’intérieur est peu stable. Au moment où la Chine a soulevé la question du rachat de la dette européenne, les blogs chinois se sont enflammés. On pouvait y lire "On ne peut pas acheter de la dette extérieur alors que nous n’avons aucune garantie sur le plan social : pas de protection sociale, pas d’accès à l’éducation… Pourquoi financer une dette européenne qui ne nous regarde pas ? Pourquoi ne pas financer en Chine tout ce qui aiderait les Chinois à mieux vivre ?" Je ne pense pas que le gouvernement puisse faire n’importe quoi vis-à-vis de son opinion publique, même si on est dans un pays autoritaire.

Un garde chinois devant l'ambassade de l'Union européenne à Pékin. Crédit REUTERS/David Gray

Tag(s) : #Crise de l'Euro

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