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Le Pr Jeanne Brugère-Picoux, spécialiste de la pathologie du bétail à l’Ecole nationale de Maisons-Alfort, assistait vendredi à Francfort au congrès annuel de l’association France-Allemagne Vétérinaire. L’occasion de revenir sur l’épidémie de la bactérie Eceh.

FRANCE-SOIR Dans quel est l’état d’esprit se trouve la population allemande ?
JEANNE BRUGÈRE-PICOUX A Hambourg, la situation est catastrophique. Les hôpitaux sont débordés. Les médecins recommandent aux personnes qui se rendent dans la région de ne pas consommer de crudités. Hier, nous avons dîné dans un restaurant de Francfort avec d’autres praticiens français et allemands. Il y avait un plat de crudités avec des concombres, des tomates et des salades. La majorité des personnes n’en a pas mangé.

F.-S. Quelle est l’origine de la bactérie Eceh ?
J. B.-P. A priori, ce sont des crudités qui sont à l’origine de la contamination humaine. Mais il est très difficile de connaître son origine exacte. Si la bactérie se trouvait dans la viande, la traçabilité de la filière permettrait d’identifier les lots contaminés. Tout le monde a déjà entendu parler des rappels de stocks de steaks hachés, par exemple. Tandis que pour la filière légumes, cette traçabilité n’existe pas. Il est donc très difficile de savoir quand a eu lieu la contamination. La seule possibilité, c’est de réaliser des enquêtes cas-témoin, en regardant ce qu’ont pu manger les gens malades par rapport aux gens qui n’ont pas de symptômes.

F.-S. Des cas ont été détectés dans plus de seize pays. Existe-t-il un risque en France ?
J. B.-P. A l’heure actuelle, l’épidémie est très localisée. On est donc relativement rassuré pour le moment. La majorité des cas qui ont été détectés à l’étranger sont des personnes qui avaient séjourné dernièrement dans la région de Hambourg. Le problème, c’est que cela n’a pas l’air de s’arrêter. De nouveaux cas se déclarent chaque jour. Ce qui est le plus inquiétant, ce sont les cas de contamination d’homme à homme, liés au fait que des mesures d’hygiène élémentaires ne sont pas appliquées.

F.-S. Cette bactérie peut donc se transmettre d’homme à homme ?
J. B.-P. Un cas de contamination inter-humaine a déjà été détecté. Il s’agit de personnes qui ont pu être contaminées, sans pour autant tomber malade. Ils sont porteurs de la bactérie mais n’ont aucun symptôme. La contamination est toujours d’origine fécale-orale. Par exemple, si ces personnes ne se lavent pas bien les mains, elles peuvent contaminer d’autres personnes qui, elles, réagiront différemment.

F.-S. Quels conseils donner aux consommateurs français inquiets ?
J. B.-P. Ils peuvent continuer de consommer des produits français car la filière française n’est pas touchée. Il faut éviter de tomber dans la psychose comme cela a été le cas avec la grippe aviaire, la grippe porcine. Le concombre français ne présente aucun risque. Par contre, je me méfierai plus de la filière bio, qui utilise parfois des engrais naturels d’origine animale.

F.-S. Quels sont les symptômes de cette maladie ?
J. B.-P. Cette souche est très agressive et la période d’incubation est en général de trois à quatre jours. Les premiers symptômes sont la diarrhée, qui devient rapidement hémorragique, ainsi que des vomissements. Et surtout, de façon plus exceptionnelle, des crises nerveuses du type épilepsie. Il peut y avoir des complications au niveau des reins, nécessitant une dialyse, voire même une greffe pour les cas les plus graves.

F.-S. Qui sont les personnes les plus vulnérables ?
J. B.-P. Les personnes immuno-déprimées sont les plus sensibles. Il s’agit des personnes âgées, des femmes enceintes ou encore des personnes malades. Ce qui est surprenant, c’est que ce genre de bactérie touche habituellement les enfants de moins de 6 ans. Là, ce n’est pas le cas. On observe également plus de cas chez les femmes. Peut-être parce que c’est la période des régimes et qu’ils sont généralement à base de crudités.

F.-S. Peut-on imaginer qu’il s’agit d’une attaque terroriste bactériologique ?
J. B.-P. Ce n’est pas plausible. Il est très difficile de créer une nouvelle souche aussi pathogène. En général, le bioterrorisme cherche plutôt des toxines botuliques pour contaminer massivement.

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Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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