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Un plateau de jeu des Aventuriers du rail (Phil Romans/Flickr/CC)

Ce vendredi 9 décembre, le prof d'histoire-géo ne sait plus à quels chiffres se fier. Europe 1, dans son journal de 8 heures, parle d'une nuit qui a accouché d'une Europe à 17 ; France Info parle d'une Europe à 23 .

Lors de ce seizième sommet européen (en moins de deux ans), un accord à 17 a été trouvé, mais six autres pays sont « pressentis » pour rejoindre les précédents. Pour couronner le mal de crâne du prof, la Croatie vient aussi de signer son adhésion pour 2013.

« On est malmenés par l'actu »


L'Europe des 12 (Europa)

« L'Europe à 27, c'est fini ! », titre en une Le Monde. Du temps de Maastricht, on en était à 12, et pour ceux qui ont cessé de s'intéresser aux cours d'histoire et à ceux de leurs enfants, l'Europe des 12 reste une référence.

Ceux qui ont passé leur bac il y a un peu plus de dix ans se sont arrêtés à l'Europe des 15.

Les plus vieux se souviennent des prémices de la construction européenne avec seulement six pays colorés.

Mais en décembre 2011, les manuels scolaires les plus récents sont bloqués à 27.

Christophe, professeur au lycée Racine dans le VIIIe arrondissement de Paris, ne se repose pas sur ses cours de fac :

« On est malmenés par l'actu, il faut être aux aguets. C'est la folie depuis un ou deux ans. »

Alors les profs suivent. La germanophobie, la crise, les potentielles nouvelles entrées (ou sorties) : « L'UE nous dépasse, parfois », avoue Christophe. « Et en géo, les manuels sont rapidement dépassés. »

« Monsieur, les Grecs, faut les aider ? »

Pour Christophe comme Jeoffrey, prof au collège Anjou à Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), l'exercice d'actualisation est « périlleux » :

« On n'a souvent pas assez de recul pour une analyse critique. »

Il faut pourtant répondre aux interrogations des élèves. Difficile car il faut rester neutre, y compris face aux questions d'opinion. Une classique, ces dernières semaines :

« Monsieur, les Grecs, faut les aider ou pas ? »

Jeoffrey a sa technique : « La langue de bois. » Méthode : contourner la réponse en rappelant l'une des valeurs fondamentales de la construction européenne, le principe de solidarité entre Etats. Une science inexacte : parfois, l'actu contredit la théorie. Comme sur la question du référendum de Papandréou. Jeoffrey raconte :

« On leur dit que le peuple a la souveraineté mais dans les médias, les dirigeants expliquent que ce n'est pas normal. On est un peu gênés et on s'en sort par une pirouette. »

Difficile de mémoriser les 27

L'attention des élèves sur l'Europe croît avec la crise, juge Jeoffrey. Mais les élèves de Christophe (qui plaisantent volontiers sur la Grèce) s'ennuient plutôt au chapitre Europe. Le premier :

« On vulgarise des choses difficilement vulgarisables. Ce sont des notions pas très claires – même pour nos dirigeants. »

Le jeune professeur liste les sujets flous pour la génération née avec l'Europe :

  • l'euro ;
  • les institutions, « à l'image des Français » ;
  • la citoyenneté européenne.

Les organisations supranationales : casse-tête (Aaker/Wikimedia Commons/CC)

Autre écueil de taille : la fameuse frise chronologique avec pactes, traités et différentes adhésions. Au-delà de quinze pays, difficile de tout mémoriser. Alors Christophe explique s'en tenir aux « principaux jalons » dans ses cours : le traité de Rome, Maastricht (d'ailleurs impossible pour beaucoup à orthographier) et – plus ambitieux – Amsterdam et Nice.

En 2012, le programme d'histoire-géo sera actualisé. A la prochaine rentrée, l'Europe au collège ne sera plus enseignée en quatrième mais en troisième. Avec un nouveau chapitre intitulé « Réalités et limites de la puissance de l'Union européenne ». Christophe réagit : « C'est une démarche critique que l'on n'a pas, actuellement. »

source: rue89.com

Tag(s) : #Crise de l'Euro

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