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Le directeur de l’AIEA Yukiya Amano.
Le directeur de l’AIEA Yukiya Amano.

Reuters/Herwig Prammer

Par Blaise Gauquelin

Le 17 novembre 2011, se fondant sur des documents des services de renseignement français, le directeur général de l'Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait affirmé, pour la première fois devant les journalistes, que l' « Iran a mené des activités liées au développement d'un dispositif explosif nucléaire ». De plus en plus isolé, l’Iran rend la France partiellement responsable.

De notre correspondant à Vienne

Pour la première fois, l’Iran pointe Paris du doigt à l’AIEA. Depuis des années, la République islamique, soupçonnée de vouloir se doter de la bombe atomique sous couvert d’un programme nucléaire civil, prend soin de réserver ses attaques verbales au Royaume-Uni, aux États-Unis et à Israël, qu’elle accuse de mener une campagne de dénigrement à son égard en fournissant des éléments de preuve « fabriqués » à l’agence de Vienne.

Dans son discours du 18 novembre, prononcé à huis clos devant le conseil des gouverneurs de l'AIEA et dont RFI a obtenu une copie, Ali Asghar Soltanieh a reproché aux services de renseignement français d'avoir livré à son tour à cet organisme onusien de nombreux documents secrets, très largement compromettants pour son pays. Il a nommé la France à quatre reprises. « Il semble que maintenant la France coopère avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis, lorsqu'il s'agit de donner des éléments à l'Agence », nous confirme-t-il.

Analyse d’un diplomate en poste à Vienne : « Le fait que de nombreuses informations confidentielles sur le programme nucléaire clandestin à visée militaire de l’Iran proviennent de Paris et d’autres nations bien identifiées comme étant ni les États-Unis ni Israël a été déterminant pour convaincre un certain nombre de pays clés de voter une résolution contre l’Iran ». Vendredi 18 novembre, le conseil des gouverneurs de l’AIEA a condamné politiquement l’Iran à une très large majorité.

Guerre de l'ombre

Dans son dernier rapport rendu aux délégations, dont RFI a pu consulter une copie, le directeur général de l’AIEA Yukiya Amano a insisté sur la diversité des sources lui permettant d’affirmer que la République islamique a travaillé à l’élaboration d’une bombe. Une manière de couper court aux critiques, de nombreuses délégations accusant traditionnellement l’AIEA de prendre pour argent comptant les seules informations transmises par Israël et les États-Unis, alors que parallèlement à l’action diplomatique, une guerre de l’ombre a lieu entre Israël et l’Iran depuis 2010.

« Ce dernier rapport a eu un impact énorme dans les pays arabes », précise un autre diplomate, rappelant que l’Égypte, pays toujours leader en pleine transformation politique, a notamment voté avec les Occidentaux pour condamner la course à la bombe des Iraniens, alors qu’elle accuse régulièrement l’AIEA de politisation. « Le fait que tout cela soit écrit noir sur blanc, cela leur a donné une peur bleue [aux pays arabes]. Les Jordaniens et les Saoudiens ont réellement compris qu’ils étaient aux premières loges ».

Les États-Unis et la Grande-Bretagne, soucieux de ne pas apparaître seuls à la pointe du combat diplomatique contre l’Iran, laissent une marge de manœuvre inhabituelle au président français Nicolas Sarkozy, qui gère personnellement le bras de fer des occidentaux avec l’Iran depuis son palais de l’Élysée. Ce dossier géostratégique crucial était toujours discuté au plus haut niveau de l’État, entre les cinq grandes puissances et l’Allemagne. Huit jours avant le vote de la dernière résolution, Barack Obama lui-même a arraché l’accord de Dmitri Medvedev, le président russe.

L'ambassadeur américain auprès de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) se félicite de travailler main dans la main avec Paris : « La France est en première ligne », nous a confié Glyn Davies, en marge du dernier conseil des gouverneurs. La prochaine réunion doit se tenir à Vienne, à partir du 5 mars prochain.

source: rfi

Tag(s) : #ACTUALITES

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