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L’homme le plus riche du Japon affronte le lobby du nucléaire

Mayasoshi Son

Bouleversé par la crise de Fukushima, Masayoshi Son, l’emblématique patron de Softbank, veut mettre sa fortune personnelle et son influence au service des énergies renouvelables. Mais il doit lutter contre le conservatisme des élites et la toute-puissance des électriciens de l’Archipel.

 

Le mardi 22 mars, onze jours après le séisme et le tsunami, Masayoshi Son, l’homme le plus riche du Japon, a quitté Tokyo et le poste de télé où il guettait, heure par heure, l’évolution de la catastrophe nucléaire pour se rendre dans la préfecture de Fukushima, à la rencontre des familles tout juste évacuées des villages situés près des réacteurs en perdition.

« J’avais peur. On ne savait pas ce qui se passait dans la centrale. Dans le centre de réfugiés, il y a avait des mères et leurs enfants. J’ai presque pleuré en les suppliant de partir plus loin de la zone », se souvient, encore ému, le PDG de Softbank, le troisième opérateur mobile du Japon. « Ce jour-là, j’ai réalisé que la situation était extrêmement grave et qu’il fallait changer les choses. »

Huit mois plus tard, l’homme d’affaires de cinquante-trois ans, connu dans le pays pour ses méthodes iconoclastes, vient de lancer, à Tokyo, sa Fondation pour l’énergie renouvelable, avec laquelle il espère révolutionner la très conservatrice politique énergétique de l’Archipel.

Après avoir puisé 10 milliards de yens (96 millions d’euros) dans sa fortune personnelle pour venir en aide aux victimes du drame et débloqué 1 milliard de yens supplémentaire pour lancer sa fondation, le dirigeant a annoncé qu’il allait investir de 10 à 20 milliards de yens dans l’énergie renouvelable, qui n’assure pour l’instant que 1 % de la production de courant dans le pays.

Plaidant pour un arrêt rapide des centrales nucléaires les plus âgées, il propose de participer avec sa fondation et Softbank au financement de la construction d’éoliennes et de fermes solaires. Selon ses premières projections, un réseau national mêlant des panneaux photovoltaïques sur les toits des bâtiments et des centrales solaires, construites sur des terres agricoles en friche, permettrait de générer 100 millions de mégawatts à l’horizon 2020.

« Bien sûr, cette électricité coûtera 8 % ou 10 % plus cher, mais qu’est-ce que cela pèse au regard des vies humaines ? » s’emporte Masayoshi Son, qui enchaîne les réunions pour plaider la cause du renouvelable auprès d’un pouvoir central plutôt sceptique. « Déjà 35 des 47 gouverneurs de préfecture de l’Archipel soutiennent mon initiative », assure-t-il.

Vif et visionnaire

Né au Japon de parents coréens, l’entrepreneur s’est, tout au long de sa vie, frotté aux préjugés et au conservatisme des élites nippones.

Décrit comme vif et visionnaire par ses partenaires, il a gagné son premier million de dollars aux Etats-Unis à la fin des années 1970. Encore étudiant à Berkeley, il inventa, à dix-neuf ans, un petit traducteur de poche dont il vendit le concept à Sharp, avant d’investir ses profits dans l’achat de grosses consoles japonaises de jeux Space Invaders, qu’il implanta, avec succès, dans les cafétérias et dortoirs des campus californiens.

A son retour dans l’Archipel, il fonde Softbank pour se concentrer sur l’importation de logiciels américains, avant d’oser bousculer le géant domestique des télécommunications NTT, tout juste privatisé, en proposant un système permettant aux abonnés de changer d’opérateurs pour profiter de tarif de ligne fixe avantageux.

Puis, en 2001, il bouleversera les géants de l’Internet en offrant des modems gratuits et en cassant le coût des abonnements. Il appliquera plus tard la même politique agressive avec ses services de téléphonie mobile.

« Jusqu’ici, je ne croyais pas au changement de la politique énergétique japonaise. Mais, depuis Fukushima et avec une personnalité comme Masayoshi Son, je pense pour la première fois que c’est envisageable », souffle l’influent écologiste américain Amory Lovins.

Si quelques rares élus japonais soutiennent publiquement l’idée d’une poussée des énergies renouvelables dans le pays, peu ont encore osé s’attaquer au puissant « village nucléaire », où se retrouvent les grands électriciens du pays, tels que Tepco, l’opérateur de Fukushima-Daiichi, des industriels et des élus ayant massivement misé sur cette énergie.

« Il est toujours impossible aux producteurs d’énergie renouvelable de vendre leur électricité sur le réseau contrôlé par les électriciens », résume Hiroshi Takahashi du Fujitsu Research Institute.

« C’est mon prochain combat. Il faut que nous obtenions un découplage de la production et de la distribution d’électricité dans le pays », martèle le patron de Softbank, qui salue le vote, en août, d’une première loi encourageant le développement des énergies renouvelables.

Le texte veut contraindre les électriciens à acheter la production des centrales solaires ou des champs d’éoliennes, mais ne fixe ni grille de tarif ni calendrier. « C’est un début », souffle Mayasoshi Son. « Ma mission est de créer un monde meilleur. Je dois au moins ça à la société japonaise. »

 

 

Auteur : Les Echos

Source : www.japonation.com via "Terre sacrée"

Tag(s) : #ACTUALITES

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