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Depuis les allusions de Wolfgang Schäuble, le Ministre allemand des finances,  envisageant une prise en charge des conséquences des crises européennes sans intervention du FMI, le débat sur le rôle du Fonds Monétaire International est ouvert. Cette déclaration est à mettre dans un contexte électoral allemand : Herr Schäuble a reconnu ce mercredi, sous la pression de l’opposition, qu’une troisième tranche de financement de la Grèce était en préparation. Le FMI l’estime à 11 milliards d’euros. La Commission l’estime à 4 milliards d’euros.

Le FMI a été créé en juillet 1944, lors d’une conférence des Nations Unies tenue à Bretton Woods aux États-Unis. Les quarante-quatre gouvernements représentés à la conférence voulaient établir un cadre de coopération économique qui permettrait d’éviter que ne se reproduise le cercle vicieux des dévaluations compétitives qui avaient contribué à la grande crise des années 30. (Site du FMI)

Dans l’esprit de ses fondateurs, il s’agissait d’interventions de l’hémisphère occidental au service des économies émergentes. Il y a cependant des précédents: le FMI a dû intervenir dans le passé en Italie et en Grande Bretagne. Plus de quarante pour cent des capitaux du fonds émanent des Etats-Unis (17,69%), des cinq plus importantes économies européennes (17,08%) et du Japon (6,56%).


L’avenir de la troïka serait compromis.

Ce n’est pas la première fois que l’avenir de la troïka est remis en question. Il y a quelques mois, le FMI avait reconnu des erreurs commises par la troïka (FMI, Commission Européenne, Banque Centrale Européenne) dans la gestion de la crise grecque. C’était honnête, mais pas du goût du Commissaire européen en charge, Olli Rehn qui défend l’approche des membres européens de la troïka.

Si le Ministre des Finances allemand devait être suivi par l’Eurozone,  cela signifierait que les négociations sur les conditions et les interventions de sauvetage des pays surendettés se situeraient exclusivement dans un contexte intra-européen.

Cela risquerait d’affaiblir considérablement la capacité dont disposait la troïka : celle de définir des mesures qui seraient approuvées par la communauté internationale et de s’appuyer sur l’expérience des équipes du FMI.


Le coût des interventions européennes augmenteraient

Pour pouvoir assurer cette indépendance d’action, l’Europe devra se passer des interventions financières du FMI. La facture d’éventuelles interventions de soutien ou de sauvetage se verrait augmentée de 50% (la part du FMI était d’un tiers). Si l’Italie ne doit pas être soutenue, il est probable que l’Europe est en mesure de faire face à ces interventions.

Mais, même si l’Europe est le seul bailleur de fonds de ses Pays Membres, il ne faudra pas oublier que le FMI gardera une voix au chapitre en raison de ses encours Portugais, Grecs et Irlandais.

La hausse du montant des interventions européennes aurait également pour conséquences un renchérissement du coût de ses emprunts, et peut-être un impact sur sa notation internationale.


L’Europe n’a pas besoin des capitaux  du FMI, mais de son expertise.

 Avoir fait appel au FMI est une des décisions les moins honorables qu’a prise le Conseil Européen. De bailleur de fonds pour les pays émergents, l’Union Européenne s’est transformée en emprunteur impécunieux. Ce fut, à l’époque, une condition imposée par l’Allemagne.

Il est heureux que l’Europe envisage de reprendre son autonomie et assume ses responsabilités et la solidarité intra-européenne.

Le risque d’une telle décision réside cependant dans une forme de dilution de la discipline nécessaire au retour des pays à un équilibre financier. L’Europe n’a pas les structures décisionnelles qui lui permettent de forcer un emprunteur à accepter ses conditions.

A un moment où de nombreux pays rechignent à exécuter les engagements qu’ils ont pris, la tentation de revenir en arrière sera importante. Nul doute que les partisans d’une relaxation de la discipline financière y verront une occasion de tenter de diluer les principes qui ont présidé aux sauvetages précédents et que le conflit Nord-Sud risque de devenir plus intense, voire de s’exacerber : l’Allemagne sera le dernier rempart.

Il faudrait donc trouver un accord avec le FMI, qui reste partie prenante de la réforme européenne, pour que sa rigueur et son expertise soient disponibles à travers la troika.

source


En pensant à l’intervention du FMI, cet extrait des Fourberies de Scapin de Molière me revient à l’esprit.


 SCAPIN: C'est à vous, Monsieur, d'aviser promptement aux moyens de sauver des fers un fils que vous aimez avec tant de tendresse.

GÉRONTE: Que diable allait-il faire dans cette galère?

SCAPIN: Il ne songeait pas à ce qui est arrivé.

Tag(s) : #Crise de l'Euro

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