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Kadhafi mort, quel avenir pour Assad et Saleh?

Les présidents syrien et yéménite sont-ils les prochains à tomber, après Kadhafi, Moubarak et Ben Ali? C'est ce que suggère cette pancarte brandie par une activiste libanaise à Beyrouth ce vendredi.REUTERS/ Mohamed Azakir


Par avec AFP et Reuters

En Syrie comme au Yémen, les manifestants semblent galvanisés par la fin du dictateur libyen. Les présidents syriens et yéménites entendront-ils le message?

 

Ben Ali a fui la Tunisie, Moubarak est jugé en Egypte, Kadhafi est le premier dirigeant non seulement renversé mais tué pendant le "printemps arabe". Le New York Times note d'ailleurs ce vendredi que le sort des tyrans déchus est "chaque fois un peu plus extrême". Et regarde désormais en direction de la Syrie et du Yémen, les deux pays où la contestation est la plus vive actuellement. "On ignore encore quelles leçons vont en tirer Bachar el-Assad et Ali Abdallah Saleh", qui s'accrochent encore au pouvoir à Damas et à Sanaa.

"Ali ton tour est arrivé, avec celui de Bachar"

Les manifestants, eux, savent déjà quel enseignement retenir, ou plutôt quelle question poser: à qui le tour? En Syrie, un même cri résonne dans les rues et sur les réseaux sociaux, ce vendredi: "Kadhafi est parti, à ton tour Bachar." "Prépare-toi Bachar!", reprennent en choeur les manifestants anti-Assad, à Damas et Homs, comme dans les provinces d'Idlib et de Deir al-Zor, note Reuters.

"Plus le tyran résiste, plus son châtiment est horrible. (...) Il semble que Bachar sera crucifié au centre de Damas", prédit de son côté un internaute mentionné par l'AFP. Sur leur page Facebook, les contestataires syriens s'adressent à leur président en lui demandant: "Est-ce-que tu vas fuir comme Kadhafi et ton peuple te poursuivra de maison en maison?". Une allusion limpide à un discours du "Guide" libyen, qui promettait de débusquer ainsi tous ses opposants.

Au Yémen aussi, la mort de Kadhafi semble enhardir les protestataires. "Ali ton tour est arrivé, avec celui de Bachar", ont scandé des dizaines de milliers de Yéménites, dans la capitale pour réclamer le départ du président Saleh. "Toute dictateur a une fin", ont espéré les manifestants, sur le boulevard Sittine dans l'est de la ville, scandant aussi un autre slogan refusant "toute immunité et toute garantie" au chef de l'Etat et aux membres de sa famille.

 

"La mort de Kadhafi a galvanisé tous les révolutionnaires dans le monde et au Yémen en particulier", estime Walid al-Ammari, l'un des porte-parole de la coordination des jeunes qui organisent les manifestations. La colère du peuple yéménite est sans doute également alimentée par la perspective du vote d'une résolution condamnant la répression au Yémen, ce vendredi justement.
Quatre mains, trois drapeaux libyen, yéménite et syrien.

Quatre mains, trois drapeaux libyen, yéménite et syrien.

REUTERS/Mohamed al-Sayaghi

Du Caire à Rabat, la presse arabe rebondit aussi sur l'événement historique de jeudi. "Le troisième tyran, mort dans un trou", titre le quotidien égyptien Al-Masry Al-Youm. "Quarante-deux ans de Kadhafi au pouvoir s'achèvent en deux balles", relève le quotidien libanais An Nahar. "C'est une leçon également pour les peuples qui ne doivent plus applaudir des chefs qui deviennent leurs bourreaux". Pour le quotidien palestinien Al Qods, "ces tyrans doivent savoir que du moment où vous pointez les armes contre votre propre peuple, vous perdez votre légitimité".

 

Le quotidien britannique The Guardian estime de son côté "qu'il n'aurait pu y avoir de signe plus prophétique pour les tyrans encore en place que celui du corps de Kadhafi emmené à l'arrière d'un camion". "C'est le sort qui pourrait attendre Assad, ainsi que Saleh, et il faut qu'ils le sachent", écrit encore le journal.

Assad et Saleh resteront-ils "aveugles"?

 

Mais les deux hommes comprendront-ils le message? Jusqu'à présent, le régime Assad a répondu par une répression sanglante qui a fait 3000 morts depuis le début de la contestation en mars, dont 13 ce vendredi. L'ONU a haussé le ton, mais n'a toujours pas trouvé les mots pour la condamner dans une résolution. Elle devrait les trouver, ce vendredi donc, pour répondre à Saleh, mais avec quel impact? Blessé dans un attentat à la bombe à Sanaa, hospitalisé de longues semaines en Arabie saoudite, le dirigeant yéménite est néanmoins revenu sur le sol yéménite, promettant de mettre en place la transition... sans que cela aboutisse.

 

Les dictateurs sont "aveugles", par définition, estime Hilal Kashan, professeur de sciences politiques à l'Université américaine de Beyrouth. "Ils ne voient pas les choses de la même manière que le peuple, qui les voit de l'extérieur. Ils sont déconnectés de la réalité. Ils pensent qu'ils vont survivre." Le colonel Kadhafi le croyait aussi et appelait les Libyens à manifester "par millions" contre le nouveau pouvoir, deux semaines avant sa mort. Ce sont bien des millions de Libyens qui sont descendus dans les rues de Tripoli et de Syrte, ce jeudi. Mais c'est sa fin qu'ils célébraient, et l'avènement d'une nouvelle Libye. Sans lui.

source: Lexpress.fr

Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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