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Fukushima : un vaste chantier nucléaire
Structure autour du N°1 Six mois après la catastrophe, la centrale nucléaire dévastée de Fukushima Dai-ichi s’est muée en un vaste chantier sur lequel plus de 10.000 travailleurs sont déjà intervenus.(Photo, la structure métallique installée autour du réacteur N°1 sur laquelle sera posée une couverture métallique pour empêcher la diffusion de radioactivité dans l'environnement).


Mission d’urgence : stabiliser et refroidir les réacteurs fondus et les piscines où se trouvent les combustibles usés et très radioactifs, éliminer les sources d’émissions de matières radioactives. A plus long terme, démanteler les installations et surtout évacuer les combustibles des piscines afin d’éviter un nouveau drame en cas de séisme de grande ampleur. Où en sont les Japonais dans ce long et douloureux cauchemar ?

Les réacteurs. Les trois cœurs fondus lors de l’accident (les réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale, le 4 était vide et les 5 et 6 à l’arrêt) sont refroidis par l’injection d’eau directement dans les cuves, avec un débit de 4 à 9 m3/h. Leur température diminue petit à petit, et approche des 100°C , parfois passe en dessous à certains endroits du réacteur N°3, mais il faudra encore plusieurs mois pour un arrêt complet «à froid», à moins de 100°C au niveau du coeur lui même. Un tel arrêt est nécessaire pour stopper toute émission de vapeur avec laquelle des particules radioactives peuvent encore sortir des bâtiments. Il est toujours impossible de savoir si les corium (les matières nucléaires et metalliques fondues) sont restés au fond des cuves où si une partie s’en est échappée pour se répandre sur le béton des radiers. De l’azote est injecté dans les enceintes de confinement afin d’éviter toute nouvelle explosion à l’hydrogène.

Le traitement de l’eau contaminée. Fin juin, il y avait près de 150.000 m3 d’eau Décontamination de l'eau fortement contaminée dans les parties basses et souterraines de la centrale. Cette eau avait été déversée sur les réacteurs pour les refroidir, d’abord de l’eau de mer puis de l’eau douce. Une première unité de traitement a été mise en service en juin (photo de droite). En août, une deuxième installation de décontamination et de dessalinisation a été mise en service. Plus de 78.000 m3 ont été décontaminés à ce jour, et 31.000 m3 désalinisé. Une partie de cette eau est ensuite réutilisée pour les opérations de refroidissement. A ce rythme, il faudra encore un ou deux mois pour retraiter complètement l’eau contaminée.

Les piscines à combustibles. Celles des réacteurs 1, 2 et 3 sont désormais refroidies par des circuits fermés et des moyens redondants. Celle du réacteur 4 a toujours besoin d’un apport d’eau en sus. Elles affichent des températures entre 30°C et 40°C alors qu’elles dépassaient les 80°C auparavant. La piscine du réacteur 4, endommagée par l’explosion d’hydrogène début mars, a été renforcée par des piliers de métal et du béton. Des dispositifs anti-tsunami ont été installés, des moyens de production électrique implantés en haut de la falaise qui surplombe le site… ce qu’il aurait fallu faire avant le séisme et le tsunami du 11 mars penseront les critiques avisés.

Les émissions radioactives. Si la centrale n’a plus connu d’émissions massives comparables à celles survenues entre le 15 et le 20 mars, une émission diffuse se poursuit. Projection de résine La balise de la porte principale du site mesurait le 8 septembre 30 microsieverts/h alors qu’elle enregistrait des pics à 12.000 microsieverts/h le 15 mars lors des émissions massives. De la résine a été pulvérisée sur les sols et les bâtiments afin de fixer les poussières radioactives. Une couverture intégrale - une structure métallique recouverte de plastique voir photo en tête de note - est en cours d’installation sur le bâtiment du réacteur n°1. Une opération similaire est prévue sur les bâtiments 3 et 4. Les fuites massives de radioactivité vers l’océan ont été stoppées comme le montrent les mesures effectuée devant la centrale, mais un flux significatif persiste par les infiltrations dans le sol et les conduites d’effluents.

L’évacuation des combustibles usés. L’industriel qui exploitait le site, la TEPCo, a annoncé qu’elle ne pourrait entamer l’évacuation des combustibles usés des piscines de stockage que dans trois ans. Un délai qui s’explique par l’infernal mikado de poutrelles métalliques et de débris de béton qui parsème l’étage supérieur des bâtiments réacteurs où elles se trouvent. Mais également par la destruction des moyens de manutention en place lors des explosions et par le niveau de contamination radioactive des lieux qui complique toute intervention humaine.
Il faudra donc concevoir et fabriquer des outils spéciaux pour manipuler ces combustibles très radioactifs qui ne doivent pas être exposés à l’air libre dans l’opération. Or, tant qu’elle ne sera pas complètement réalisée, le risque d’un nouveau séisme survenant sur des structures fragilisées menacera d’un nouvel accident. Quant à l’évacuation des cœurs fondus et le démantèlement des réacteurs détruits, il suppose de concevoir des outils spéciaux et personne n’imagine une quelconque opération avant dix ans au plus tôt. Les experts réalistes en ajoutent dix de plus en soulignant que pour noyer complètement les cœurs détruits… il faudrait déjà rétablir l’étanchéité des cuves.

Travailleurs posant du béton L’exposition des travailleurs. La contamination du site, très élevée et sans commune mesure avec celle que subissent les populations, rend les interventions très difficiles malgré les équipements de radioprotection (photo ci-contre, intallation de renforts de béton). Des zones demeurent interdites à toute présence humaine, en particulier dans les bâtiments des réacteurs. Des débris très radioactifs n’ont pas encore été tous stockés à l’écart malgré le nettoyage progressif du site à l’aide de bulldozers dotés de protection biologique pour les conducteurs ou d’engins télécommandés.
Les équipes doivent donc surveiller en permanence les doses reçues et travaillent toujours avec la limite de 250 millisieverts dite de situation d’urgence, signe clair de l’impossibilité de respecter la limite habituelle de 20 mS/an en situation normale d’exploitation d’une centrale nucléaire.

Au 9 septembre, le bilan officiel publié par la TEPCo montre que 10.700 personnes sont intervenues sur le site depuis l’accident. Leur bilan radiologique complet (au 10 août) - mesures dosimétriques lors des interventions puis anthropogammamétrie intégrale (une mesure réalisée régulièrement pour les travailleurs intervenant en zone contrôlée dans l'industrie nucléaire française) - montre que 103 travailleurs ont reçu une dose supérieure à cent millisieverts dont 81 entre 100 et 150, quatorze entre 150 et 200, deux entre 200 et 250 et six au-delà de 250, le maximum allant à 678 millisieverts. Deux personnes sont décédées - une crise cardiaque et une leucémie aiguë - parmi ces 10.700 travailleurs, décès dont les causes ne sont pas évidentes même si la radioactivité peut déclencher une leucémie (pour la leucémie aiguë on compte trois décès pour 100 000 personnes par an, en trouver un pour 10.000 sur six mois n'est pas extraordinaire). Ce que signifie ce bilan en termes qualitatif, c'est que les intervenants, malgré les dispositifs de radioprotection, sont parfois en situation d'augmenter de quelques pourcents le risque statistique de développer un cancer dans la suite de leur vie (3% pour les doses les plus fortes enregistrées).

Je publierai bientôt (demain dans l'idéal), une note sur la contamination radioactive au Japon. L'avancée du chantier sur la centrale nucléaire ne change en effet pratiquement rien à la menace radioactive qui pèse sur les populations japonaises. Elle découle essentiellement des émissions massives de césium entre le 15 et le 20 mars (pour l'iode, le problème n'est plus d'actualité car plus de 99,99% des atomes émis se sont transformés en atomes stables) dont la période de 30 ans fait que l'intensité des rayonnements va rester longtemps presque inchangée. Il est donc toujours nécessaire de maintenir l'évacuation des zones trop contaminées - 80.000 personnes environ ont quitté logement, école et travail ce qui donne les dimensions de la catastrophe. De poursuivre la cartographie plus fine des contaminations afin de détecter des "points chauds" en dehors des zones évacuées afin de les traiter ou de des évacuer. De décontaminer les sols des lieux publics et en priorité les écoles. Et surtout de surveiller la chaîne alimentaire, d'éliminer les productions trop contaminées...

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Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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