Si la presse parle du remplacement du PDG d'Areva en France, elle ne parle pas du tout des conséquences de l'accident sur le site de Fukushima. Tout est donc rentré dans l'ordre ? Pas du tout ! C'est ce que démontre le blog économique et social, notamment en donnant des chiffres sur l'augmentation du taux de radioactivité en France.

( Dessin Louison )


Cette semaine un paysan de Fukushima s'est suicidé. Retrouvé pendu à une poutre de sa grange samedi 11 juin 2011, il avait inscrit des mots justifiant son geste : « j'aurais préféré qu'il n'y ait pas de centrale dans ma région [...] Gardez le courage face au nucléaire, ne tombez pas comme moi ». Ce paysan était à bout, car il avait dû jeter tout son lait contaminé et devenu dangereux, puis ses 30 vaches qui elles aussi étaient condamnées. Cas isolé ? Victime collatérale de l'accident comme tous les autres paysans de la zone, d'autres drames de ce genre sont surement à prévoir dans les semaines et les mois prochains. Qui parlera d'eux en France si on ne le fait pas dans ces colonnes ?

Le gouvernement japonais a décidé de distribuer 35.000 dosimètres (appareil basique qui mesure la dose cumulée de radiation reçue par la personne qui le porte) aux enfants de la préfecture de Fukushima. Les enfants ont été choisis, car les jeunes organismes sont plus sensibles aux radiations que les adultes. Mesure de désespoir étant donné que le taux de radiation, très aux dessus des normes, dans la préfecture ne peut être combattu. Les dosimètres ne serviront qu'à constater les dégâts et éventuellement mettre au « vert » les enfants les plus exposés. Si tous les dosimètres finissent par dépasser les valeurs maximums raisonnables, que va faire le gouvernement japonais de ces 100.000 personnes (les enfants et leur famille) ? C'est la vraie question...

Les centaines de milliers de tonnes d'eau fortement contaminées suite aux arrosages massifs des réacteurs endommagés : 720 000 milliards de becquerels seraient déjà partis dans l'océan. Comme je le signalais dans de précédents articles sur l'accident, c'est un point d'inquiétude majeur. Le plancton sera contaminé, les mollusques également, les poissons aussi, puis les oiseaux qui mangent ces poissons, leurs déjections contaminées seront rejetées en partie sur les terres. À terme toute la chaine sera contaminée. La seule question est de sa voir à combien cette contamination s'élèvera. Tepco communique qu'il est en train de stocker l'eau fortement contaminée à présent afin de la filtrer avec l'aide d'une usine construite par Areva. Pourtant si le processus n'est pas encore complètement fonctionnel, les problèmes arrivent déjà : une des cuves de stockage à un défaut de conception et fuie déjà. Il faut que l'usine construite par Areva soit opérationnelle très rapidement, car on sait déjà que le 20 juin (lundi prochain) les cuves de stockage seront pleines. Ceci veut dire que l'eau contaminée sera de nouveau rejetée dans l'océan... De plus, le processus n'élimine pas la radioactivité mais la divise par 1000 à 10.000 selon Areva. D'un rendement maximal théorique de 1.200 tonnes par jour, l'usine serait capable de traiter les nouvelles eaux contaminées (500 tonnes par jour) et de résorber progressivement le stock actuel en 6 ou 7 mois... Résultat du processus : 2.000 m3 de boues fortement radioactives que Tepco ne sait pas encore ce qu'il en fera...

J'avais souligné un autre danger : les 33 tonnes de MOX en cours de refroidissement dans les piscines est un produit (français) très dangereux puisqu'il contient du plutonium, un poison très violent puisqu'un microgramme de plutonium peut tuer un homme. Ces piscines ont judicieusement (sic) été construites en hauteur. Or dans la presse japonaise, on apprend que Tepco a des inquiétudes pour la solidité du béton qui porte ces piscines. Que l'ensemble vienne à s'effondrer et c'est l'ile du Japon tout entière qui sera rayée de la carte par une contamination mortelle.

Nous avons appris également que 3 des cuves qui isolent le combustible nucléaire étaient percées. Nous savons maintenant qu'elles se sont percées durant les 17 premières heures après le tremblement de terre. Pourquoi apprenons-nous cela seulement maintenant ? Pourquoi un perçage si rapide de ces cuves ? Contrairement à ce qui a été indiqué, ce ne serait donc pas la coupure des générateurs Diesel qui en serait à l'origine... Maintenant que nous les savons percées, le plus important est de savoir ou se trouve la boule de combustible en fusion. Sur le plancher en béton ? Combien de temps tiendra-t-il ? Que se passera-t-il lorsque la boule creusera le sol et atteindra les nappes phréatiques ? Explosion fatale ? Contamination des eaux potables seulement ? Tristes questions auxquelles personne ne répond tant elles sont taboues et que les experts n'en savent rien vu que ce n'est jamais encore arrivé... Quand saurons-nous ?

Des informations qui inspirent à l'experte australienne en nucléaire Helen Caldicott, l'estimation que la catastrophe de Fukushima est pire que celle de Tchernobyl : « Jamais auparavant, six réacteurs nucléaires d'une centrale n'ont été gravement endommagés au même moment. Ces réacteurs sont condamnés. ». Le combustible est très dangereux : « Il ne faut pas oublier la dangerosité de ces barres: elles sont tellement radioactives que si vous les approchez, vous décédez en quelques minutes. Vos cheveux tombent, des hémorragies internes se déclarent et vous mourrez comme un malade du sida ». « Mais Tchernobyl n'est rien par rapport à ce qui s'est passé à Fukushima. L'un des éléments les plus meurtriers est le plutonium, qui vient de Pluto, dieu des enfers. Un millionième de gramme vous donne le cancer, si vous l'inhalez. Si vous répartissez un demi-kilo de plutonium à travers le monde, c'est toute la population mondiale qui souffrira d'un cancer. Fukushima contenait 250 kilos de plutonium... C'est suffisant pour dire adieu à l'hémisphère nord. »

Enfin, on n'en parle peu, mais les taux de radioactivité dans l'air augmentent progressivement en France. Ce qui signifie que l'usine de Fukushima relâche de plus en plus de polluants radioactifs. J'ai lancé une étude à l'aide d'un ami et avec les moyens du bord, pour mesurer tous les jours, à la même heure et au même endroit (ile de France) le taux de radioactivité sur une demi-heure. La mesure est faite à midi, tous les jours, depuis le 16 mars 2011. Hors accident, dans la zone de mesure le chiffre moyen est de 0,10 µSv/h. Après l'accident les chiffres se sont stabilisés autour d'une valeur moyenne de 0,13 µSv/h avec des valeurs instantanées allant jusqu'à 0,135 µSv/h. Cette augmentation est clairement due à l'impact de l'accident. Ces dernières semaines nous avons eu de pics de la valeur moyenne à 7 jours de 0,15 µSv/h avec plusieurs valeurs instantanées allant jusqu'à 0,18 µSv/h ! Pas de panique, car la limite acceptable est beaucoup plus haut : 0,3 µSv/h. Mais ceci indique probablement que les rejets à Fukushima se sont intensifiés récemment. Probablement, car il est difficile de faire la part de choses dans ces mesures dues aux vents, à l'accumulation des polluants depuis l'accident, aux rejets supplémentaires locaux et au hasard. Le plus préoccupant : l'accumulation. Pourtant, cette thèse semble démentie par les mesures parfois basses comme celle d'aujourd'hui : 0,10 µSv/h, qui ressemblent à la valeur avant accident. Les rejets locaux peuvent avoir une incidence : comment savoir si l'industrie française du nucléaire ne profite pas de Fukushima pour relâcher un peu plus de polluant ? Toutes proportions gardées, l'hypothèse de la force et de la direction des vents est la plus probable et nous pouvons effectivement dire sans erreur que Fukushima rejette plus depuis des semaines.

La presse nipponne indique que des retraités japonais s'étaient portés volontaire pour aider à Fukushima. N'ayant que quelques années à vivre, ils se proposent d'aider au lieu de condamner des jeunes ouvriers. Ils veulent rendre un dernier service à leur pays et se sentent responsables de la politique nucléaire passée du Japon. Sur 1300 personnes, 274 personnes de plus de 60 ans ont été sélectionnées.

Au Japon comme dans tous les autres pays, un débat à lieu concernant le devenir du nucléaire. Comme partout où il y a un lobby du nucléaire, les journaux soulignent l'augmentation nécessaire du prix de l'électricité en cas de sortie du nucléaire. Certains journaux avancent un chiffre : 1000 yens par mois et par famille soit 10 euros environ. Évidemment pour certaines familles 10 euros par mois représente beaucoup, mais peut-on choisir entre la vie et le porte-monnaie ? La suppression du nucléaire serait un coup de sifflet donné pour l'exploration et la recherche vers de nouvelles sources d'énergie qui à terme pourraient être peu chères par le biais des nouvelles découvertes et par l'effet d'échelle. On dit que la suppression des centrales provoquera la construction de centrale au charbon et donc une forte pollution de l'air par le CO2. C'est vrai, c'est préoccupant, mais pourquoi ne parle-t-on pas de la contamination de l'air, de la terre et de l'eau par les déchets et les accidents nucléaires. Contamination qui implique notre responsabilité pour des millions d'années parfois ?

Dans ce débat sur l'avenir du nucléaire, est peu évoqué l'impact de la décision de certains pays comme l'Allemagne et l'Italie. Sortir du nucléaire implique arrêter sur 10 ou 15 les centrales et les démanteler sur une période de 20 ans. Ainsi, toute décision prise aujourd'hui nous engage encore pour 40 ans ! Enfin si le monde entier ne se désengage pas en même temps du nucléaire, les risques seront les mêmes. Pourquoi ? Simplement, car il n'y a aucune garantie pour qu'un pays comme la France qui n'a pas abandonné le nucléaire ne construise de nouvelles centrales pour fournir de l'électricité pas chère à ses voisins. Dans ce cas nous concentrerions donc tous le nucléaire des pays autour de nous qui y aurait renoncés. Ce qui pour nous serait grave. Pour les pays qui ont officiellement abandonné les nucléaires, ce serait hypocrite, car un accident à leur frontière les contaminerait également.

Ainsi, DSK a éclipsé durablement Fukushima pourtant la situation est aussi, voir plus préoccupante que la première semaine de l'accident, car maintenant nous commençons a en voir la gravité. Nous savons que le Japon mettra des dizaines (des centaines ?) d'années à gérer ce problème. Beau cadeau pour leurs enfants. Et nous ? Que voulons-nous faire ?

Enfin, pour les amateurs de sensations fortes, voici un lien qui montre en direct les images de l'usine via une webcam : Webcam Fukushima