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BORDEAUX – Paul François, un agriculteur charentais, et la firme américaine Monsanto vont s’affronter lundi devant la justice à Lyon, M. François accusant le géant de l’agrochimie d’être responsable de son intoxication en 2004 par un puissant herbicide, interdit en France depuis 2007.
L’audience se tiendra à partir de 13H30 devant la 4e chambre civile du tribunal de grande instance de Lyon.
C’est un soulagement de voir que la justice a pris notre argumentation au sérieux, qu’un petit paysan peut faire valoir ses droits face à une multinationale, a expliqué à l’AFP M. François.
A ma connaissance, c’est la première fois qu’un particulier assigne Monsanto devant la justice en France, a affirmé son conseil, Me François Lafforgue.
L’histoire du combat judiciaire de Paul François, 47 ans, contre l’un des plus puissants groupes agrochimiques du monde, débute le 27 avril 2004, sur son exploitation de Bernac (Charente) où il cultive en conventionnel des céréales.
Alors qu’il ouvre la cuve d’une machine à pulvériser, il reçoit en plein visage des vapeurs de Lasso, un puissant désherbant produit par Monsanto.
J’ai eu des pertes de connaissance dans les heures qui ont suivi, se souvient-il. Hospitalisé, il doit cesser ses activités pendant quasiment un an. Les problèmes de santé s’amoncellent (pertes de mémoire, de connaissances, problèmes neurologiques), que les médecins peinent à expliquer.
En mai 2005, près d’un an après avoir inhalé les vapeurs, des analyses mettent en évidence dans son corps des traces de monochlorobenzène, un solvant présent dans le Lasso.
Deux mois plus tard, il entame des démarches pour faire reconnaître ses affections comme maladie professionnelle par la Mutualité sociale agricole. En octobre 2008, le tribunal des affaires de sécurité sociale d’Angoulême lui donne raison, décision confirmée par la cour d’appel de Bordeaux en janvier 2010.
En février 2007, il enclenche la procédure à l’encontre de Monsanto qui aboutira, au bout de plusieurs années d’échanges d’arguments entre les deux parties, à l’audience de lundi à Lyon, siège du groupe en France.
Son conseil entend y soutenir la faute de Monsanto, double à ses yeux : d’abord, la firme n’aurait pas indiqué la composition exacte du Lasso sur l’étiquette, notamment la présence du monochlorobenzène; ensuite, Monsanto n’aurait pas respecté l’obligation de vigilance en mettant sur le marché un produit que l’entreprise savait pourtant être dangereux.
Le Lasso a été retiré du marché au Canada, en Angleterre et en Belgique, parfois depuis les années 80. En France, il ne l’a été qu’en 2007, rappelle Me Lafforgue pour qui les déboires de santé de M. François sont liés à l’exposition au Lasso.
Je veux que la responsabilité de Monsanto soit déclarée, martèle Paul François pour qui la firme a engrangé des bénéfices au détriment de la santé des agriculteurs.
Désormais invalide à 50% et suivi de très près par les médecins, il n’a pas renoncé à la chimie, même s’il dit avoir considérablement réduit l’utilisation de pesticides.
Celui qui préside également l’association Phyto-Victimes veut briser le silence au sein du monde agricole : à chaque fois qu’on a avancé dans cette affaire, des agriculteurs sont sortis de leur mutisme, explique-t-il, redoutant qu’avec les pesticides, on est peut-être proche d’un scandale comparable à celui de l’amiante.
Joint par l’AFP, l’avocat de Monsanto, Me Jean-Philippe Delsart, n’a pas souhaité faire de commentaires, indiquant que les arguments de la multinationale seraient développés devant le tribunal.
Le jugement devrait être mis en délibéré.
Afp
 
Tag(s) : #NATURE - ECOLOGIE

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