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Pentecôte, l'Ascension et le 15 août pourraient être convertis en jours de congés modulables. (DURAND FLORENCE/SIPA)

Pentecôte, l'Ascension et le 15 août pourraient être convertis en jours de congés modulables. (DURAND FLORENCE/SIPA)

Les jours fériés de Pentecôte, de l'Ascension et du 15 août sont-ils sur le point de disparaître ? Même si l'Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH) ne va pas aussi loin, elle a proposé vendredi 29 juin la "banalisation" de ces trois jours fériés à l'issue de ses assises annuelles, en présence du ministre du Travail Michel Sapin. Ces jours fériés seraient convertis en jours de congés qui pourraient être posés à la convenance des salariés.

Toussaint, Noël et Pâques maintenus

L'association propose de "neutraliser trois des six jours fériés d'origine chrétienne (Pentecôte, Ascension, 15 août), afin que les salariés puissent les prendre comme ils le souhaitent, sous réserve des nécessités de services et/ou des caractéristiques de l’entreprise".

Les jours fériés de la Toussaint, Noël et Pâques seraient maintenus, les directeurs des ressources humaines considérant que "ces fêtes revêtent désormais une forte dimension sociétale. Les conserver constitue donc un facteur de cohésion sociale". L'ANDRH relève : 

Dans l’entreprise, tous les jours fériés sont d’origine chrétienne. Aussi, lorsque les fêtes religieuses des autres confessions apparaissent, les salariés relevant de celles-ci ont tendance à demander des autorisations d’absence au nom de leur conviction et au nom de l’égalité de traitement avec leurs collègues".

Dilemme, frustrations et productivité

Cette proposition découle d'une observation des DRH qui constatent une recrudescence des demandes d'autorisation d'absence des salariés pratiquants lors de certaines fêtes religieuses non-chrétiennes. Selon l'ANRDH, cette situation entraîne deux types de réactions :

La montée d’un sentiment de discrimination lorsque l’entreprise refuse aux salariés de pratiquer leur conviction religieuse et l’apparition d’un sentiment d’inégalité de traitement de la part des salariés non pratiquants, si ces autorisations d’absence sont accordées".

"Ce dilemme" a priori insoluble avec le calendrier existant, constitue selon l'association "l’un des principaux points de cristallisation des frustrations qui peuvent naître dans les organismes et les entreprises". Frustrations qui seraient un frein à la productivité des salariés, et donc à la compétitivité des entreprises françaises.

Conscients de la nature potentiellement explosive de leur proposition, les directeurs des ressources humaines proposent un plan en trois points : l'ouverture d'un débat national, suivi d'"une enquête 'test' pour ne pas perturber le climat social auprès d’un panel d’entreprises volontaires des différents secteurs concernés". En cas de succès de cette enquête, des négociations seraient alors ouvertes pour conclure des accords secteur par secteur dans "les endroits où une telle mesure est possible".

Les catholiques ne sont pas "propriétaires d'un calendrier"

Concerné au premier chef, le porte-parole de la Conférence des évêques de France, Bernard Podvin, a assuré dans une une interview accordée à Europe 1 vendredi matin que "les catholiques ne se sentent nullement propriétaires d'un calendrier. La République est laïque. C'est elle qui, en fonction du droit du travail, a posé les jours fériés. La signification religieuse, nous y sommes attachés, mais le respect de la diversité, c'est certainement une des sources de paix de la société".

Les juifs saluent une idée "bonne sur le principe"

Le président du Crif (Conseil Représentatif des Institutions juives de France), Richard Prasiquer, a indiqué au "Nouvel Observateur" qu'il trouvait "l'idée bonne sur le principe", tout en se demandant si cette proposition est applicable dans les faits. "Ce serait une bonne chose pour beaucoup de Juifs de ne pas travailler certains jours, quitte à les rattraper", reconnaît-il. Richard Prasquier explique : 

Cette proposition est positive pour une majorité de salariés de confession juive qui respectent les grandes fêtes comme Rosh ha-Shana, Yom Kippour ou Pessah. Le cas de ceux qui ont à cœur de respecter l'ensemble des fêtes peut poser cependant problème au sein de l'entreprise. C'est une décision individuelle qui doit s'inscrire dans un cadre républicain".

Richard Prasiquer craint toutefois l'apparition d'un "système à deux vitesses avec d'un côté les entreprises dans lesquelles ce système pourrait être mis en place, et de l'autre, celles pour lesquelles cette modulation serait trop contraignante". Petite précision : cette proposition des DRH n'est pas la réponse à une quelconque revendication de la part de la communauté juive. 

Les musulmans enthousiastes mais prudents 

Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman, s'est lui aussi déclaré favorable à la proposition de l'ANDRH sur Europe 1 vendredi matin. Il rappelle toutefois que les salariés peuvent déjà "demander une absence les jours de fête religieuse qui ne sont pas fériés, à condition que l'absence ne désorganise pas le service". Et modère : 

Il ne faudrait pas que ce soit au détriment de nos concitoyens de confession chrétienne ou de l’activité économique de notre pays".

Le président du Conseil français du culte musulman a aussi précisé sur Europe 1 qu'"un calendrier quinquennal des fêtes religieuses musulmanes, qui permettrait aux administrations et aux entreprises de connaître les fêtes religieuses cinq années à l’avance" est actuellement en cours d'élaboration.

Reste à Michel Sapin de trancher, sur l'ouverture oui ou non d'un débat public sur la question. 

Julie Guérineau - Le Nouvel Observateur

Tag(s) : #VIE QUOTIDIENNE

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