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Surpêche: l’étiquetage comme cache-misère

Le 02 mai 2012 par Romain Loury source via "incapable de se taire"

Tromperie sur la marchandise ?
Tromperie sur la marchandise ?

L’effondrement des stocks de poissons, lié à la surpêche, favorise l’étiquetage abusif d’espèces de moindre qualité, présentées pour ce qu’elles ne sont pas, dénonce l’alliance Ocean2012, qui regroupe des ONG militant pour une pêche durable.

Devant une demande croissante des consommateurs et des stocks marins de plus en plus maigres, «de plus en plus de poissons importés se retrouvent sur les marchés européens, parfois vendus sous des dénominations frauduleuses», indique Stéphane Beaucher, coordinateur d’Ocean2012 dans un communiqué (http://assets.ocean2012.eu/content_files/files/188/original/20120426-Mangez-vous-vraiment-le-poisson-que-vous-croyez-avoir-achete.pdf).

Selon l’alliance [1], 28% des morues vendues en Irlande n’en sont pas: il s’agirait en réalité de lieu jaune, de lieu noir ou de merlan. Une fraude révélée en juillet 2011, suite à des séquençages d’ADN menés sur des produits vendus en supermarchés, poissonneries et restaurants «fish and chips».

«Le fait de paner, fumer, enrober les filets de pâte à frire permet de masquer l’apparence, l’odeur et le goût de ces imposteurs», ajoute Ocean2012 dans un court rapport (http://assets.ocean2012.eu/publication_documents/documents/260/original/quality-impacts-briefing-FR.pdf). Le consommateur, souvent incapable de différencier deux poissons, n’y voit que du feu; quant aux contrôles, ils sont «peu nombreux, étant donné la dispersion des points de distribution».

Autre exemple, celui du merlu, dont les Espagnols sont particulièrement friands. Présentés comme d’origine européenne, 31 à 39% de ceux vendus en Espagne seraient en réalité pêchés en Afrique. Ce qui permet d’en doubler quasiment le prix, de 6,79 euros le kilogramme en moyenne pour le merlu africain, contre 11,72 €/kg pour l’européen.

Autre conséquence de la surpêche, le recours au panga, ou poisson-chat du Mékong, a explosé: de 2.000 tonnes en 1999, les importations européennes de ce poisson d’élevage sont passées à 220.000 t en 2009. «Certains consommateurs ont été trompés: en 2009, plusieurs ‘fish and chips’ britanniques ont été poursuivis après avoir fait passer du panga pour de la morue».

«L’Union européenne bénéficie des zones de pêche figurant parmi les plus riches au monde, mais nous n’avons pas su les gérer de façon durable. Les consommateurs ont maintenant la responsabilité de choisir soigneusement ce qu’ils mangent et d’encourager les décideurs à prendre des mesures pour faire cesser la surpêche», estime Stéphane Beaucher.

Dans un document (http://ec.europa.eu/fisheries/partners/consultations/fishing_opportunities/consultation_document_fr.pdf) publié en mai 2011, la Commission européenne fait pourtant part d’une amélioration depuis quelques années: le taux de stocks européens en surpêche est passé de 94% en 2004 à 63% en 2009. La situation demeure très critique en Méditerranée, où 82% des stocks sont surexploités: pour la deuxième année consécutive, les chalutiers ont accepté de rester à quai 35 jours.

[1] Parmi ces 158 ONG, pour la plupart européennes mais aussi africaines et nord-américaines, figurent 9 françaises, dont les associations Bloom, A l’écoute de l’océan, SOS Grand bleu, la Fédération française d’études et de sports sous-marins (FFESM) et, plus inattendue, la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

Tag(s) : #VIE QUOTIDIENNE

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