Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Yves Montenay


"H for Hope", une raison de plus de ne pas voter François Hollande

Ca y est, le T-shirt orné de "H for Hope" est lancé comme emblème de la campagne ! Nous avions échappé au "Yes we Kahn", déjà dessiné et aujourd’hui au pilon.Sur internet

L’inutile anglomanie des entreprises

Dieu est multilingue Car je me lance ici dans un défi ardu, pardon, un challenge (belle torture de la prononciation française), à savoir expliquer aux lecteurs des Échos, donc à des responsables économiques, qu’on ne joue pas sans danger avec la langue de leurs concitoyens, qui est aussi celle de leurs employés.

 

Ancien chef d’entreprise internationale, j’ai eu à gérer la diversité culturelle. Consultant d’autres responsables sur ce sujet, je me suis entendu répondre : « ce n’est pas mon problème, moi je parle bien anglais », « je travaille dans plusieurs pays, c’est déjà compliqué, alors n’en rajoutons pas : l’anglais pour tout le monde », « le passage à l’anglais est inévitable », « ce n’est pas un problème, c’est un progrès », voire pour les plus cyniques ou les plus francs : « c’est mon intérêt, ça me donne une image moderne, ça me fait appartenir à une sorte de race supérieure et me met à l’abri de la racaille : dans les colonies, ce n’était pas en langue locale que l’on faisait carrière ». Remarquons la confusion entre entreprise et carrière personnelle, fréquente dans les grands groupes, et qui a mené aux abus financiers que nous constatons.

Pour moi ce sont des propos de salon, excusables de la part de ceux dont l’entreprise travaille justement surtout dans des salons : Christine Lagarde, célèbre pour son anglais parfait a vécu dans les luxueux bureaux des avocats américains, et y a fait un excellent travail. Mais dans la plupart des entreprises, la grande majorité du personnel ne travaille pas dans les salons. Elle est dans les usines, dans les bureaux d’études, sur les chantiers. Elle doit en permanence réussir des réorganisations, apprendre des techniques nouvelles et en concevoir.

Pour cela il faut d’abord bien se comprendre, ensuite bien argumenter, se livrer à des « remue-méninges » (pardon, brainstorming) créatifs etc. Or tout cela se fait bien mieux dans la langue maternelle ou de formation des intéressés. J’ai vu une comptable claquer la porte d’une formation après s’être fait regarder d’un air méprisant : elle avait levé les sourcils lorsque l’animatrice lui avait dit que cela lui apporterait de l’empowerment. Or il s’agissait de lui faire accepter une réorganisation dont elle devait théoriquement bénéficier.

Mais, dira-t-on, quid du contact avec les étrangers ? Eh bien ça se gère ! Quelques bons biculturels à l’interface valent mille fois mieux que des cours d’anglais coûteux et inefficaces, ou que le recrutement d’anglophones sachant mieux se vendre en anglais qu’un ingénieur ou qu’un créatif pourtant bien plus compétent ! Et « biculturel » signifie d’abord avoir travaillé dans les deux pays, et donc ne se réduit pas à une compétence linguistique. Quant au travail en anglais entre nationalités différentes, soit disant plus simple, il masque d’immenses incompréhensions dues à la culture sous-jacente et aux inévitables différences de niveau linguistique, sans parler des accents texan ou philippin ! Ce n’est pas en niant un problème qu’on le résout : la diversité des langues et cultures est un fait qu’il faut manager comme le reste. Google travaille en 120 langues parce que le coût en est inférieur aux bénéfices.

Je suis loin la campagne présidentielle ? Pas du tout, car la coupure entre le peuple et l’élite (François Hollande est énarque, et il n’est pas certain que ce soit une qualité pour le Français de base), entre les électeurs et les hommes politiques est aggravée par la coupure linguistique. J’ai été consterné de lire dans un hebdomadaire de bonne réputation intellectuelle : « j’ai honte d’être représenté par un président qui parle si mal anglais ». J’estime au contraire que c’est une grande chance : si Nicolas Sarkozy le parlait moyennement bien, comme la plupart des soi-disant bilingues, il aurait la tentation de se passer d’interprète, avec toutes les catastrophes que cela pourrait entraîner. J’ai constaté cela dans mille discussions commerciales délicates, plombées par des responsables qui ne résistaient pas au snobisme d’étaler leur bon anglais. « Bon », certes, mais pas autant que celui de l’avocat de Boston, et de toute façon non formaté common law.

Quant au reste de la classe politique, un comportement à la « H for hope » la fait passer pour ce qu’elle est, une suiveuse de modes préférant les clins d’oeil aux initiés à ce qui manque le plus à notre pays : quelques repères solides pour la partie de la population qui en manque cruellement, avec des répercussions catastrophiques dans tous les domaines et notamment son employabilité. Les employeurs en sont réduits à multiplier cours de français et d’expression aux débutants. Or tout ce qui dévalorise le français, en suggérant que ce n’est pas la langue qui compte, sabote le travail de l’école. Mais on préfère mettre l’échec scolaire sur le dos des « sortants ».

Il en va de même pour les bientôt quelques centaines de millions de personnes ayant le français comme langue d’usage ou officielle se superposant à d’autres langues nationales ou locales. Afficher que l’anglais est une langue plus moderne et plus utile que le français peut logiquement les faire changer de cap, détruisant un avantage très important en faveur des entreprises françaises, avantage ignoré parce que non chiffré. A été chiffrée par contre la montagne de milliards de dollars que Bruxelles apporte à l’économie britannique par le simple usage préférentiel de l’anglais, alors que l’Angleterre a toujours veillé à avoir le bénéfice de l’Europe tout en étant dispensée de ses inconvénients, comme l’illustre une fois de plus leur écart de l’affaire de l’euro.

Mais dira-t-on, le français « compte » effectivement moins que l’anglais à l’échelle planétaire. Mais en quoi cela change-t-il les problèmes concrets en France et dans bien d’autres pays ? Cela sous-entend-il qu’il faut changer de formation depuis la maternelle, c’est-à-dire déqualifier toutes les générations actuellement au travail, et même quelques générations futures, puisque le corps professoral à l’école et celui des échelons intermédiaires des entreprises ne pourront pas travailler en anglais avant de nombreuses années. Bref un siècle de sous-développement et d’injustice professionnelle en perspective.

C’est bien ce qu’ont constaté les pays qui ont joué avec leur langue d’enseignement, comme le Maghreb, Madagascar et bien d’autres. L’histoire nous apprend qu’un changement linguistique sans gâchis de la population en place demande au moins 4 générations, et d’ici là, qui nous dit que l’anglais sera aussi utile qu’aujourd’hui ? Les États-Unis font moins de 5 % de population mondiale, une partie importante de leur force de travail n’est pas particulièrement qualifiée, et ce n’est donc pas les injurier que de prévoir que leur poids mondial va continuer à fortement diminuer.

Revenons à la campagne présidentielle : l’intégration de jeunes, leur employabilité, le développement du pays et une part de son activité internationale méritent bien d’être débattus ! Et « H for hope" ; ne me paraît pas de bon augure.

http://lecercle.lesechos.fr/presidentielle-2012/221141978/h-for-hope-raison-plus-voter-francois-hollande

source: comite-valmy

Tag(s) : #Présidentielles 2012

Partager cet article