Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Greenwashing : Leclerc crée son label "conso-responsable" (vidéo)
 
Le label conso-responsable de Leclerc
La mise en place par Leclerc d’un visuel « consommation responsable » pose question. Elle fait penser d’une part à une démarche de progrès multi-critères élaborée, afin de réduire l’impact sur l’environnement -super !- et à la fois à une réponse facile et peu qualitative à la concurrence entre les distributeurs qui cherchent le consommateur responsable. -sic !-
Devant la multiplication des signes de qualité (et la confusion notable qu’ils ont entraînée chez les consommateurs), les distributeurs ont de facto un rôle de facilitateur dans la reconnaissance des initiatives environnementales. Ces logiques économiques (et non philanthropiques) doivent capter toujours un peu plus une cible aux préoccupations environnementales et sociales grandissantes.

 
Comment un produit peut obtenir ce logo « Conso-responsable » ?
Sur le site web dédié, E.Leclerc présente 5 critères : composition, fabrication, emballage, usage et information. Pour obtenir le logo « Conso-responsable » les produits doivent démontrer leurs performances sur au moins 2 de ces critères. Sauf que les critères sont tellement flous qu’on ne peut rien en tirer et que le seuil d’acceptabilité de ces performances n’est pas défini...
« Toute la performance d’un label, c’est la crédibilité qu’on peut lui associer. Elle dépend de la vérification que l’on peut faire des critères définis dans le cahier des charges. C’est pour ça qu’il existe des certificateurs extérieurs » [1]
Leclerc (et non un organisme extérieur qui les vérifierait) a donc défini 38 critères regroupés au sein de cinq grandes familles. Pour être « Approuvé Conso Responsable » E.Leclerc, les produits doivent démontrer leur performance sur au moins deux de ces critères.
On osera le rapprochement avec d’autres cahiers des charges. C’est comme si un agriculteur biologique ne devait respecter que 40% de son cahier des charges. De quoi laisser le champ libre pour éviter les difficultés.
Mieux, oui. Mais quel mieux ?
La performance de chacun des critères n’est en vérité pas évaluée. La notion de performance implique la définition de seuil d’acceptabilité. C’est-à-dire, et nous en revenons à cette notion du mieux (mieux oui, mais quel mieux ?).
Il est très facile de dire que l’on fait mieux à partir de l’instant où l’on n’a pas à définir de seuil à partir duquel le mieux est significatif, c’est à dire à partir duquel ce mieux est performant. Or ces seuils ne sont définis nulle part. Lorsque l’on observe les produits retenus dans le cadre de l’opération, on en ressort avec l’impression d’un inventaire de l’existant.
Faire un peu mieux à partir d’un produit qui cumule tous les pires impacts environnementaux ne le rend pas meilleur, il le rend moins pire.
La notion de critère équilibré est trompeuse puisqu’à partir du moment où l’entreprise obtient 2 critères sur 5, elle obtient le « label ». Le critère « information » semble systématiquement accordé. Il reste à répondre à un deuxième critère (être inscrit par exemple au Plan Nutrition Santé) et l’entreprise prétendante devient membre du club très ouvert et largement accessible de la consommation responsable défini par Leclerc.
Autant dire qu’avec ce système, beaucoup de produits qui n’étaient pas qualifiés « consommation responsable » sont désormais inscrits et en voie d’être inscrits dans cette rubrique sémantique valorisante. Orangina, Heineken, BN, Heudebert : les nouveaux produits « responsables »

La démarche semble donc bien plus avoir comme objectif de faire entrer dans le cercle de la consommation responsable des produits qui ne l’étaient pas (et qui peut-être n’ont jamais été dans la démarche d’y accéder).
Avec une méthodologie et des critères si peu transparents, on en arrive à orienter le consommateur vers des produits qui n’étaient pas particulièrement responsables en faisant croire maintenant au consommateur qu’ils le sont.
Leclerc cherche à introduire la notion d’évaluation multi-critères auprès des consommateurs, ce qui est en soi une bonne chose. Mais la rigueur que l’on attendrait d’une telle démarche n’est pas au rendez-vous. Quel cabinet d’étude ? Que sont ces 38 critères ? Sont-ils pertinents ? Quels sont les seuils d’acceptabilité ? Qui les certifie ? Etc.
La « consommation responsable » VS la consommation irresponsable.
Entendons le simplement, sans animosité aucune. Tout cela n’est qu’une histoire de communication. Qu’apporte Leclerc sinon davantage de flou ? Au niveau du choix des produits, des modes de production ou d’approvisionnement, rien, strictement rien. Rien ne change par rapport à avant. Tous les produits sélectionnés étaient déjà présents auparavant. L’offre de Leclerc est rigoureusement la même, seule change la façon de présenter les produits, de les mettre en scène. Il ne s’agit que d’apparence… et de communication.
Pour les critères : la totale !
  • Utilisation de déclarations vagues
  • Référence à un aspect restreint du cycle de vie
  • Utilisation d’allégations trompeuses
  • Manque d’information sur la portée exacte de la déclaration
  • Utilisation de visuels trompeurs
Nous avons ici très largement raccourci les deux excellentes analyses réalisées sur le sujet. Nous vous encourageons vivement à lire en détail ces argumentations sur les sites de leurs auteurs : l’Observatoire indépendant de la publicité et ekitinfo.org.

Note :
[1] Fabrice Larceneux, chercheur au CNRS et spécialiste des labels
 
 
 
Auteur : Fédération des associations d’environnement
Tag(s) : #VIE QUOTIDIENNE

Partager cet article