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Après l’élection de François Hollande du Parti socialiste comme président français, les annonces de plans de licenciements se multiplient dans de nombreux secteurs.  Elles  avaient été maintenues sous le boisseau, le temps de la campagne, pour permettre le passage à un gouvernement d’austérité de « gauche », sans que la classe ouvrière intervienne.


Les licenciements touchent en particulier l’industrie. Selon un observateur économique on a déjà recensé 106 fermetures d’usines pour les quatre premiers mois de 2012 contre 66 sur la même période en 2011. Il y a selon la même source la perte nette d’une dizaine d’usines par mois depuis le début de l’année 2012.

Hollande a nommé dans son gouvernement d’intérim  Arnaud Montebourg ministre du « Redressement productif », un ministère nouvellement créé et dont la mission selon le Journal officiel est de « préparer et mettre en ouvre la politique en matière de compétitivité de l’économie française, d’attractivité du territoire.. ».

La compétitivité et l’attractivité du capitalisme français doit se faire en bloquant toute lutte indépendante de la classe ouvrière avec l’aide des syndicats appuyés par les partis de pseudo-gauche. Ceci permettra au gouvernement et au  patronat de baisser les salaires et les conditions de travail en France plus rapidement que ceux des travailleurs des autres pays.

Le but immédiat est effectivement d’empêcher que les travailleurs unissent leurs luttes et que celles-ci se développent en lutte contre le gouvernement Hollande avant qu’une majorité parlementaire n’émerge des élections législatives des 10 et 17 juin prochains.

Montebourg fait actuellement le tour des usines menacées de fermeture et de licenciements. Le Monde du 28 mai cite dans un article intitulé « Mission: sauver une industrie française en perdition » des « dirigeants socialistes » anonymes: « Son ministère, c’est le ministère de la parole », et « Il risque de devenir le ministre des usines qui ferment. »

Ces remarques cyniques sont confirmées par les termes mêmes de sa mission. Dans le contexte de la récession en Europe, du ralentissement de la croissance économique mondiale et de la crise de la dette,  « compétitivité de l’économie française »  et « attractivité du territoire » ne peuvent signifier qu’une attaque en règle contre les salaires et les acquis sociaux et la surexploitation de la classe ouvrière.

Montebourg ne pouvait être plus clair lors de sa visite à Fralib: « Nous ne souhaitons pas soutenir artificiellement des entreprises qui seraient condamnées par avance. » Lors de sa visite à l’usine Fralib, à Geménos près de Marseille, le 25 mai, il a présenté comme un succès aux ouvriers qui occupent à nouveau leur usine, la reprise de « négociations » avec le propriétaire du site, Unilever, et la nomination par lui d’un « médiateur » censé étudier divers scénarios de « reprise » de l’activité, y compris celui d’une « reprise par les ouvriers » mise en avant par les syndicats.

La politique de « reconquête industrielle » est à voir dans le contexte de l’offensive internationale de l’aristocratie financière pour détruire, au nom de la compétitivité,  ce qu’il reste d’obstacles juridiques à une exploitation intensifiée en reprenant aux travailleurs d’Europe les acquis sociaux de décennies. C’est à dire  créer les conditions pour que le capital international fasse du profit en France, soit en y installant des entreprises soit en y reprenant celles qui « délocalisent ».

C’est aussi le sens de la nouvelle loi que le gouvernement Hollande veut faire passer cet été au nom de la « lutte contre la délocalisation ». Elle ferait que les propriétaires d’entreprises à la recherche d’une rentabilité accrue hors de l’hexagone, seraient légalement tenus de les vendre à un repreneur censé poursuivre l’activité en France.

Mais la loi est avant tout une mesure protectionniste. Elle ne remet pas en question la propriété de l’entreprise, ni n’imposera de conditions au « repreneur ». S’il s’en trouve un, il rendra l’entreprise qui restera en France « concurrentielle » sur le dos des salariés.  Elle ne défendra en rien les salaires ni les emplois des travailleurs.

Quant au projet d’empêcher « les licenciements boursiers » lancé récemment par le nouveau ministre du travail Michel Sapin, il est surtout destinée à obtenir le soutien du Front de gauche (FG) et éventuellement du NPA. Ces deux formations préconisaient dans leur programme électoral une « interdiction des licenciements boursiers » (FG) et « Interdiction des licenciements » par l’Etat.

Hollande, s’est déjà prononcé sur le droit des employeurs de licencier sans motif économique dans le cas de la décision de la Cour de cassation qui a débouté l’appel des salariés de Viveo contre leur licenciement. Il a dit qu’il n’est « pas utile de modifier ce cadre juridique qui est aujourd’hui bien bordé en jurisprudence. »

Un article du NPA daté du 19 mai et intitulé « Viveo: le droit du travail bafoué » accuse la classe ouvrière et exonère les syndicats: « les difficultés et les faiblesses des mobilisations entreprise par entreprise, les procédures juridiques sont souvent la principale ligne de défense des syndicats et des salariés. »  Il continue par un soutien implicite à Hollande et au PS: « Un changement de majorité parlementaire devrait ouvrir la voie à des transformations de la législation… »

La bureaucratie syndicale et la pseudo-gauche  veulent que les travailleurs frappés par les licenciements renoncent à une véritable lutte pour les emplois. Une lutte efficace pour les emplois nécessite que les travailleurs défendent leurs usines avec ténacité, engagent une lutte pour renverser le gouvernement d’austérité et s’unissent internationalement. Ce sont les seuls moyens qui permettraient de répondre aux licenciements massifs prévus dès cet été.

La liste qui suit ne fait état que d’une fraction des suppressions d’emplois envisagées.

  • Dans l’industrie automobile, PSA, le plus grand producteur automobile français, envisage de supprimer 6.000 emplois en Europe, principalement en France. A  Aulnay-sous-Bois, ville au Nord-Est de Paris, 3.300 travailleurs craignent la fermeture de leur usine quand finira la fabrication de la Citroën C3. L’avenir de l’usine de Valencienne, dans le Nord, est incertain.
  • Renault, envisage des licenciements dans ses usines de Maubeuge et de Douai (Nord) où sont produits les modèles Scénic et Kangoo.   L’usine General Motors de Strasbourg où travaillent un millier de salariés est, elle aussi, menacée
  • L’usine d’Arcelor Mittal à Florange (Moselle) est menacée de fermeture avec la perte de 5 000 emplois dont 3 000 ayant des contrats CDI.
  • Air France a annoncé un plan de transformation prévoyant des suppression pouvant aller jusqu’à 5000 emplois. D’autres suppressions d’emplois sont envisagées dans l’aviation et le transport, y compris la Société Nationale Corse-Méditerranée (SNCM). Privatisée en 2006 après négociation avec la CGT pour devenir une filiale de Veolia, elle menace à présent de supprimer 800 emplois sur 2 000.
  • La grande distribution envisage aussi des suppressions d’emplois à grande échelle. Selon des informations du syndicat Force Ouvrière, Carrefour, Leclerc, Casino, Intermarché, Système U, entre autres, prévoient l’élimination d’un total de 12.000 emplois.
  • Trois grandes banques ont annoncé la suppression à cours terme de 6.000 emplois. Le Crédit Agricole veut supprimer 2 350 emplois sur 160 000 dans le monde, dont 850 en France, la Société Générale 1.580 postes dont 880 en France et la BNP 1.400 dont 370 en France.
  • La raffinerie (LyondellBasell ), le nucléaire (Areva), la téléphonie, le tourisme, la distribution de la presse sont aussi touchés.

Source : Mondialisation.ca

Tag(s) : #ECONOMIE - FINANCE

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