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Le président du MoDem et celui de l'UDI ont tenu une conférence de presse, mardi, pour officialiser le rapprochement de leurs mouvements.

François Bayrou (C) et Jean-Louis Borloo (D), lors d'un conseil national de l'UDF, le 26 janvier 2002 à Paris. François Bayrou (C) et Jean-Louis Borloo (D), lors d'un conseil national de l'UDF, le 26 janvier 2002 à Paris. (FREDERICK FLORIN / AFP)


 

Onze ans après leur séparation, les frères ennemis du centre, François Bayrou et Jean-Louis Borloo, enterrent officiellement la hache de guerre. Au cours d'une conférence de presse, le président du MoDem et celui de l'UDI ont officialisé, mardi 5 novembre, le rapprochement de leurs mouvements, sous le nom de "L'Alternative". Pour quelles raisons les deux protagonistes ont-ils décidé de se rabibocher ? Francetv info vous apporte des éléments de réponse. 

Parce que l'aventure solitaire de Bayrou a échoué

Pour comprendre le remariage de François Bayrou et de Jean-Louis Borloo, il faut comprendre leur divorce. En 2002, le premier décide de défendre les couleurs de l'UDF à la présidentielle. Le second est alors son porte-parole. L'échec est cuisant : François Bayrou ne recueille que 6,84% des suffrages. Jean-Louis Borloo décide de rejoindre la toute jeune UMP, créée par Jacques Chirac. Pour Bayrou, qui s'accroche à sa ligne du "ni droite, ni gauche", les choses sont claires : Borloo l'a trahi.

Après cinq années de disette, François Bayrou retrouve des couleurs. En avril 2007, il rassemble 18,57% des voix au premier tour de l'élection présidentielle. Un score qui le persuade un peu plus que sa stratégie du ni-ni est la bonne. Refusant de faire le choix entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal au second tour, il en paye pourtant le prix fort : entre 2007 et 2012, l'élu du Béarn reste sur la touche, et son nouveau parti, le MoDem, doit faire face à une hémorragie d'élus et de militants.

Résultat : pour sa troisième candidature à la présidentielle, il retombe, sans surprise, sous la barre des 10%. Esseulé, il fait le choix de soutenir François Hollande au second tour, mais ne voit rien venir en retour. Car le président de la République préfère soigner sa majorité de gauche traditionnelle avec les Verts, plutôt que de se tourner vers le centre. Bayrou n'a plus le choix : il doit acter son échec, et changer de cap.

Parce que la droitisation de l'UMP déplaît au centre droit

De son côté, Jean-Louis Borloo est plutôt dans une dynamique positive. Après avoir quitté le gouvernement en 2010, l'élu de Valenciennes a décidé de voler de ses propres ailes, en créant l'Union des démocrates et indépendants (UDI). Pas fan du discours de Grenoble en 2010, pas fan de la droitisation de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, l'ancien ministre a préféré claquer la porte de l'UMP. 

"Il y a derrière ce symbole l'échec de l'UMP, qui aspirait à être un grand parti de droite et de centre droit, décrypte pour francetv info le politologue Alexis Massart, directeur de l'Ecole européenne de sciences politiques et sociales (Espol). Et cet échec s'explique par un manque de volonté de la part de la branche historique du RPR à accorder une place de choix au centre droit." 

En attendant, Jean-Louis Borloo est aujourd'hui à la tête d'un parti qui compte plusieurs milliers d'adhérents, soixante-dix parlementaires, et d'importants relais dans les fédérations. Et le député du Nord aspire à "aller plus loin", explique-t-on dans son entourage. 

Parce que l'échec de Hollande et la poussée du FN laissent de la place pour le centre

Aujourd'hui, François Bayrou et Jean-Louis Borloo se rapprochent avant tout parce qu'ils font un constat commun : à leurs yeux, les Français sont massivement déçus par François Hollande, ne font pas confiance à l'UMP pour répondre à leurs attentes, et se tournent de plus en plus vers le Front national. Il y a donc devant eux "une fenêtre de tir", explique l'historien Jean-Pierre Rioux, spécialiste des centres, cité par Le Figaro (article payant). "Historiquement, cette alternative a déjà existé. Et il n'est pas exclu que ce pari de la ressusciter réussisse", acquiesce Alexis Massart.

"Sur le papier, on ressent effectivement une envie d'autre chose, confirme à francetv info le politologue Emmanuel Rivière, directeur du département opinion chez TNS-Sofres. Le PS et l'UMP semblent discrédités, et le FN reste contraire aux valeurs d'une majorité de Français." Problème : "Aujourd'hui, les électeurs s'intéressent plus aux idées qu'aux constructions politiques, souligne Emmanuel Rivière. Or, les deux valeurs fondamentales du centre – l'Europe et la décentralisation – ne sont pas des idées qui ont le vent en poupe…"

Parce que Borloo et Bayrou veulent davantage d'élus

L'Europe, c'est justement ce qui accélère le rapprochement entre François Bayrou et Jean-Louis Borloo. Dans six mois et demi, les Français seront appelés aux urnes pour élire leurs députés européens. Alors que le PS et l'UMP ont traditionnellement une ligne hésitante sur la question, il peut y avoir "une vraie ligne de tension entre un centre pro-européen et un FN anti-européen", fait valoir l'historien Richard Robert, auteur de La Possibilité d'un centre (Ed. Michalon) en 2007 et contacté par francetv info.

Avec des listes communes et un projet commun, Jean-Louis Borloo et François Bayrou espèrent faire de meilleurs scores, et avoir davantage d'élus à Strasbourg. Pour Bayrou, qui a perdu son siège de député en juin 2012, prendre la tête de la liste centriste dans le Sud-Ouest serait également un moyen de retrouver un mandat électif, alors qu'une candidature aux municipales à Pau semble beaucoup plus risquée.

Tout est pourtant loin d'être réglé. A l'UDI, alliée traditionnelle de l'UMP, beaucoup ne pardonnent pas François Bayrou d'avoir soutenu François Hollande en 2012. Et s'agacent de voir qu'à cinq mois des municipales, de nombreux élus locaux du MoDem préfèrent rester alliés au PS, comme à Paris, Lille ou Dijon. A l'UDI, on constate aussi que les poids lourds centristes de l'UMP (Jean-Pierre Raffarin, Marc-Philippe Daubresse, Jean-Claude Gaudin, Jean Leonetti...) ne semblent pas prêts à changer de crèmerie. Enfin se posera la question de la candidature centriste à la prochaine élection présidentielle. Une primaire pour départager les prétendants – option la plus probable – aurait le mérite de mettre tout le monde d'accord. Mais pourrait aiguiser un peu plus des egos déjà à fleur de peau.

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Tag(s) : #POLITIQUE

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