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Avec al-Shabab, des dizaines d'Américains rejoignent al-Qaida

C'est une fusion dangereuse. Al-Qaida s'est associé à son cousin somalien, le groupe d'insurgés-terroristes al-Shabab, qui est parvenu à recruter plus d'Américains dans ses rangs que toutes les autres franchises d'al-Qaida.

Vue d'artiste d'un trou noir / NASA

- Vue d'artiste d'un trou noir / NASA -

L'AUTEUR

Les articles signés Foreign Policy ont d'abord été publiés en anglais sur Foreign Policy, magazine en ligne américain de Slate Group, spécialisé dans les affaires étrangères et l'économie.
Ses articles
Le 13 février dernier, des centaines de Somaliens se sont réunis à la périphérie de la ville de Mogadiscio pour célébrer l'union d'al-Qaida avec son cousin somalien, le groupe d'insurgés-terroristes al-Shabab (aussi orthographié al-Shabbab ou al-Shabaab ou chebab, NDLE). Les médias n'ont pas vraiment su comment traiter la nouvelle de cette fusion officielle entre les deux groupes, d'abord annoncée la semaine précédante.

De nombreux reporters avaient déjà l'habitude de les considérer comme le même groupe. D'autres se sont efforcés d'intégrer cette information au message selon lequel«al-Qaida perd du terrain» –message dominant depuis la mort de Ben Laden, en mai 2010.

«Des dizaines d'Américains rejoignent al-Qaida»

Ils y seraient sûrement mieux parvenus avec un titre tout simple: «Des dizaines d'Américains rejoignent al-Qaida.»

La vérité, aussi dérangeante qu'elle puisse être, c'est qu'al-Shabab est parvenu à recruter plus d'Américains dans ses rangs que toutes les autres franchises d'al-Qaida. Ce nouveau venu officiel dans la famille du réseau terroriste comprend environ 40 membres américains [PDF], en plus de dizaines occupés à mener des activités de soutien sur le territoire américain, et de ceux qui ont des liens plus ténus avec les États-Unis. La présence des Américains au sein de ce réseau dépasse largement celle au sein d'al-Qaida-Central, éliminé en grande partie après les attentats du 11-Septembre.

Vu le nombre de membres d'al-Shabab et son important réseau de soutiens, al-Qaida est maintenant mieux placé pour mener des frappes sur le territoire américain qu'à aucun autre moment ces dix dernières années. La plupart des recrues américaines d'al-Shabab sont des Somaliens de souche –des immigrés de la première et deuxième génération, qui ont encore des liens profonds avec la terre de leurs ancêtres–mais le groupe bénéficie également d'un soutien important de personnes converties à l'islam et radicalisées, qui ont des origines diverses et sont attirées par son désir de créer un domaine régi par une interprétation radicale de la loi islamique.

La confusion des médias quant aux relations entre al-Shabab et al-Qaida n'a rien de surprenant. Étant donné le manque de clarté des définitions d'al-Qaida et de ses franchises, il peut être compliqué, même pour des experts, de déterminer ce que signifie l'appartenance à ce groupe, comment le distinguer d'un simple allié et quel est le véritable poids de ces différentes incarnations.

Après le problème des définitions, vient celui des informations. Si les estimations de la taille et de la composition des groupes djihadistes ne manquent pas, fournies généralement par des sources anonymes au sein de divers gouvernements, on dispose en revanche de très peu de chiffres précis.

Toutefois, de ce que l'on sait, la fusion d'al-Shabab avec l'organisation terroriste la plus tristement célèbre de l'histoire doit être source d'inquiétude. Selon nos estimations les plus fiables, jamais autant d'Américains ne se sont considérés comme membres d'al-Qaida.

Il existe un mythe bien connu selon lequel le nombre d'Américains sous l'emprise de l'idéologie djihadiste a fortement augmenté depuis les attentats du 11-Septembre. Bien que leurs rangs se soient très certainement renforcés, la plupart des débats sur ce problème surestime le nombre d'Américains impliqués à l'heure actuelle dans le djihadisme, sous-estime terriblement le nombre de ceux qui étaient déjà actifs avant le 11-Septembre, et assimile toute activité djihadiste à al-Qaida.

La franchise al-Qaida

Depuis sa création, il y a plus de 23 ans, environ 25 citoyens américains seraient devenus membres ou employés à plein temps d'al-Qaida-Central –l'organisation qui a commis les attentats du 11-Septembre 2001 aux États-Unis– selon les dossiers des tribunaux, les rapports des services de renseignement et les documents internes et vidéos de propagande d'al-Qaida. Plus globalement, environ 25 autres Américains ont bénéficié d'un important soutien financier ou logistique d'al-Qaida-Central en tant que membres du Djihad islamique égyptien ou du groupe militant Gamaa Islamiya.

Aujourd'hui, al-Qaida n'est plus une seule entité, mais un ensemble de franchises. Bien que chaque franchise se concentre sur une scène locale différente, elles se coordonnent entre elles et reçoivent leurs instructions d'al-Qaida-Central. Elles font partie d'un tout. Avec l'arrivée d'Al-Shabab, ce tout est devenu beaucoup plus américain.

Aucune des autres franchises d'al-Qaida n'est parvenue à attirer autant d'Américains dans ses rangs qu'al-Shabab. Al-Qaida en Iran et al-Qaida au Maghreb islamique, qui opèrent dans et autour de la région du Sahel, en Afrique du Nord, comptent peu de membres américains, voire aucun.

Les estimations du nombre d'Américains au sein d'al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa), qui est surtout actif aujourd'hui au Yémen, varient grandement. Selon les estimations basses de la Commission des affaires étrangères du Sénat des États-Unis, une trentaine de citoyens américains ayant un passé carcéral [PDF] ont voyagé au Yémen pour se former avec Aqpa. Ces recrues ne sont pas forcément toutes restées au sein de l'organisation et certaines ont été tuées ou arrêtées, mais on peut penser de façon assez certaine qu'Aqpa compte au minimum 10 à 20 Américains dans ses rangs.

Les activités d'al-Shabab étaient déjà fortement alignées sur celles d'al-Qaida avant l'annonce de la fusion, mais cette alliance créera de nouvelles priorités, selon l'experte de la lutte contre le terrorisme Leah Farrall, l'une des références sur le fonctionnement interne d'al-Qaida et chercheuse associée au centre d’étude des États-Unis de l'université de Sydney.

SOURCE

Tag(s) : #ACTUALITES

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