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Europe : l'insurrection qui vient ?

 

Avec la crise, les nouveaux révolutionnaires ont le vent en poupe.

 

Enquête en France, en Italie et en Grèce,

11 juin  sur Canal +.

 

Lorsque l’on parle d’ultragauche, on pense à Action directe, aux Brigades rouges. Ces mouvements étaient classés comme terroristes, kidnappaient des gens, commettaient des assassinats. Aujourd’hui, le phénomène recouvre une réalité plus complexe, plus subjective, et plus floue. Thierry Vincent, qui avait déjà réalisé “Tarnac : enquête sur l’ultragauche” pour Canal+, se propose de nous en dire plus sur cette mouvance qualifiée d’“anarcho-autonome” par les services de renseignement français.

 

 

Depuis une dizaine d’années, un peu partout en Europe, les incidents se multiplient entre la police et de jeunes anticapitalistes radicaux. Cagoulés, vêtus de noir, ils harcèlent les forces de l’ordre et s’en prennent aux symboles du capitalisme et de l’autorité. A la différence de l’extrême gauche, ils n’ont pas de chef, pas d’organisation structurée, ils ne se reconnaissent dans aucun parti ou syndicat. Ces électrons libres rejettent l’Etat, perçu comme un appareil répressif destiné à assurer la domination du capitalisme.

 

 

L’enquête débute en douceur. Rencontre avec un premier contact, militant parisien de longue date. A 49 ans, il préfère rester anonyme. Travaille dans l’édition. A déjà commis des violences lors de manifestations. Non sans candeur, l’encagoulé précise l’objectif poursuivi : “L’essentiel, c’est une société sans classe, sans Etat et sans argent. Qui met fin à l’exploitation et qui vit… heu… de façon autonome.”

 

 

L’anarcho-autonome est de nature méfiante. Pas facile de l’approcher, nous explique-t-on. Après des mois de prise de contact, deux jeunes militants acceptent de parler au journaliste. Eux aussi ont participé à des manifestations violentes. L’un des deux, Jeff, était même à Strasbourg, en avril 2009, lors du 21sommet de l’Otan. Une date marquante : 49 blessés légers, 300 personnes interpellées, d’importants dégâts matériels. La confiance s’établissant, le journaliste est invité à assister à une réunion chez Jeff. Ronan et Chloé sont là, du même âge.

 

 

Ils n’ont rien de marginaux. Sympathique appartement avec cheminée, canapé en cuir. Parents enseignants, chercheurs, syndicalistes. Ils exhibent leur panoplie : cagoule, lunettes noires, masque à gaz, fronde. “Avec des billes d’acier, ça cogne !”, s’exclament-ils joyeusement. Ils sont prêts à se battre “pour que ça change”, mais pas à tuer des flics – juste leur “casser la gueule”.

 

 

Travaux pratiques à Valognes (Manche), où passe le train transportant les déchets nucléaires de La Hague. Mêlée confuse dans un nuage de gaz lacrymogène, cordon de police, hélicoptère, vaches affolées. Bilan de l’opération : le train a été retardé de trois heures, et il y a eu trois blessés, dont un policier. Une victoire.

 

 

Tout cela ne fait pas de nos Ravachol en herbe des terreurs, et pourtant le pouvoir (sarkozien lors du tournage) les tient à l ‘oeil. Et a la main lourde au moindre acte de délinquance impliquant un anarchiste. La hantise des autorités, c’est qu’en cette période de crise, le mécontentement des ouvriers licenciés, des banlieues et de la jeunesse ne fasse boule de neige.

 

 

En 2001, à Gênes, lors du sommet du G8, quatre jours de manifestation se sont soldés par 600 blessés et un mort. Pris de panique, un carabinier a tiré une balle dans la tête d’un jeune homme. La répression de Gênes est un événement fondateur pour beaucoup d’ultragauchistes. En Italie, on les appelle des autonomes. Ils sont dix fois moins nombreux que dans les années 1970 où ils occupaient des usines, des quartiers entiers. Pour Gianluca, militant nostalgique de cet “âge d’or” (qui culmina avec l’assassinat du chef de la Démocratie chrétienne Aldo Moro), la violence politique reviendra inéluctablement. La majorité de ses compatriotes n’est pas favorable à l’ultragauche qui a laissé des souvenirs mitigés. 

 

 

Le seul pays d’Europe où les contestataires bénéficient d’une assise populaire, c’est la Grèce, où nombre de citoyens approuvent les anarchistes. A Athènes, où la violence dépasse parfois le combat de rues, les manifestations ont déjà fait plusieurs victimes et des bombes ont explosé. C’est cela que les pouvoirs redoutent : un mouvement insurrectionnel alimenté par la crise économique. C’est pour cela qu’ils observent avec attention la radicalisation de la jeunesse grecque, et le basculement de certains groupuscules vers un activisme de plus en plus violent.

 

Nouvel Observateur

Tag(s) : #Crise de l'Euro

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